2 - Réflexions...


Il y a plus d'un siècle que la langue bretonne est en souffrance. Et, après les 20 premières années de ce nouveau siècle, on peut constater que l'avenir de notre langue reste très incertain... Cette époque critique pour le breton qui se traduit par une coupure de sa transmission concerne principalement 3 générations.(2)

La première génération ayant disparu, il reste la deuxième génération, âgée de 70 ans au moins, qui possède le breton comme langue maternelle.

Après elle, on trouve la troisième génération dont les personnes sont considérées comme « locuteurs passifs » selon Fañch BROUDIC(3) : « Leur connaissance du Breton est, le plus souvent résiduelle, et ne constitue guère, en l'état actuel des choses, un point d'appui pour le maintien ou pour la progression de la langue régionale »

Puis viennent les personnes assez jeunes, jusqu'à 50 ans environ, ne sachant pratiquement pas le breton.

Pour compléter, on peut mentionner, leurs propres enfants qui est la génération montante d'aujourd'hui située en « opposition » aux « jeunes de Diwan » ; c'est-à-dire, une génération dont les membres les plus jeunes sont des enfants et des adolescents qui ne savent pas ou à peine, pour la plupart d'entre eux, qu'il existe une langue bretonne.., malheureusement pour le breton.

Ainsi, entre les deux premières générations, dont beaucoup ont décidé de ne pas transmettre leur langue, et la jeunesse actuelle, il nous faut hélas admettre que le breton se trouve, aujourd'hui, dans une mauvaise situation. Et, malheureusement, il ne semble pas possible, d'arrêter ce processus de destruction. Pour autant, on peut considérer avec une grande importance la pensée d' Émile MASSON ( linguiste, philosophe impliqué en politique ) écrite il y a un siècle «...la langue bretonne est en Bretagne la question la plus importante de toutes...»(4)


Mais, est-ce une vérité dans le monde d'aujourd'hui ?

Ce point de vue concerne t-'il la vie économique en Bretagne ? L'économie s'appuierait sur la langue ? Absolument pas, au moins jusqu'à ce jour, car 1600 emplois ne pèsent pas sur les décisions, même si ces emplois sont très importants pour aider à la normalisation de la langue en Bretagne. Denez PICHON (5) nous explique le coût élevé d'une langue et que, pour peser sur le monde économique, il faut à cette langue la capacité de nourrir la communication entre les gens d'une façon la plus large possible. On comprend que dans le cas du breton, on est loin du compte aujourd'hui...

A propos du monde culturel ? La langue lui est intimement liée depuis toujours. C'est une évidence et il n'y a rien de nouveau sur ce terrain-là.

De plus, la langue est-elle un enjeu de la résistance politique ? Quelquefois, certains expriment des revendications pour mettre sur le devant de la scène politique les problèmes liés au breton mais force est de constater que cela est resté le plus souvent inefficace jusqu'à ce jour.

Dans un autre registre, la langue est-elle une bonne chose pour l'identité bretonne ? On est tenté de répondre que c'est une affaire complexe ; Le cours de Ronan ar C'HOADIG ( Sociologue et enseignant à l'université de Rennes ) démontre que l'identité des gens est un « nœud » difficile à délier et à comprendre. Beaucoup de facettes constituent l' identité et la langue ne défini pas à elle-seule une identité. En revanche, on peut justement dire, que la langue, en tant que marqueur de l'identité d'un peuple, est un obstacle à sa propre survie, en France pour le moins.

Il est assez facile de comprendre cet obstacle pour les langues minoritaires quand on connaît la réponse de Jacqueline GOURAULT, ministre du gouvernement, à propos du statut de langue officielle réclamé pour le corse, en janvier 2018 : « Il n'est pas envisageable que la langue corse devienne une langue co-officielle avec le français ».

(2) Je ne peux pas dire si il y a plus de générations qui ont vécu ou vivent les difficultés du breton aujourd'hui ; cela dépend de ce qui détermine une génération.

(3) « Parler breton au XXI siècle », Fañch BROUDIG, écrivain, journaliste.

(4) « La France incréée », Ar Falz n° 89 2016 , Emile MASSON, écrivain, philosophe.

(5) « Normalisation d'une langue régionale dans la sphère économique : de l'utopie à la réalité, le cas de la langue bretonne » Denez PICHON, entrepreneur. 


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Quand Yves PERSON ( historien de l'Afrique, conseiller de F. MITTERAND en 1981 ) explique ( en 1976 ) que les minorités nationales ( ce qui est le cas de la Bretagne entre autres ) sont des groupes à personnalités historiques et linguistiques, on perçoit bien le risque pour l'état français qui nie depuis la révolution française les peuples qui le composent. Reconnaître les langues, c'est reconnaître les peuples originels.., avec les implications politiques que cela engendre : l'émergence d'un avenir fédéral par exemple.

En fait, toutes ces questions participent à la réalité de la langue bretonne. Elles transcrivent surtout des problèmes propres au breton qui existent depuis longtemps déjà : l'état de pauvreté de la société bretonne, l'inutilité de la langue considérée comme un frein au développement économique, etc... Une fois ces difficultés bien assimilées, sensément liées avec leur langue, il devenait « naturel » aux Bretons d'accueillir la formidable « époque formica », symptomatique de la vie moderne, dite de progrès… Et de se laisser conduire, bon gré mal gré, à délaisser leur culture celtique dont la langue en est le pilier le plus important.

Cependant, le fait de délaisser sa langue, même si la vie dure d'autrefois pouvait faire la part belle aux langues dominantes, peut-il être considéré comme un comportement naturel pour un peuple ? Il est assez difficile de le croire. Ainsi, on peut se demander ce qui a pu nourrir cette image si dramatique de la langue bretonne ? Et par extension, quelle(s) influence(s) a pu faire en sorte que les Bretons ne puissent pas garder leur langue en bonne santé ? Et dans quel but ?

L'idéologie du « siècle des lumières » est à l'origine de cette influence. Celle-là même qui a souhaité, par la suite, s'exercer dans le monde entier... Voici ce que précise Yves PERSON sur cette influence : « J'ai seulement voulu dénoncer le grand mythe de l'unité française, présenté comme un fait naturel et non comme un processus historique plein de brutalité et d'abus de droit, comme tous les processus de ce genre » (6)

Dans les faits, la population bretonne, comme d'autres sur le territoire, a été écrasée par deux phénomènes :

Tout d'abord, l'idéologie française promue au rang de croyance religieuse. Jean Guy TALAMONI président de l'assemblée de Corse nous explique ce fait : «... De droite ou de gauche, un sujet accorde tous les gouvernements français dans une forme d'hypersensibilité chronique, suscitant chez eux les mêmes réactions épidermiques...oser mettre en avant les vertus , voire faire la promotion d'une autre langue reviendrait à attaquer celle-ci... La question de la langue ne ressort pas de la politique mais relève quasiment de la théologie » (7)

En second lieu ce processus de domination qui a engendré de cruelles souffrances aux peuples soumis a été occulté. Ainsi, dans le journal « Ouest-France », édité le mardi 4 octobre 2017, on peut lire l'opinion de Patricia LEGRIS, universitaire de Rennes dans « Politique: le retour en force du roman national ». Elle avait écrit un livre sur le thème « Qui écrit les programmes d'histoire ? », PUG 2014 qui nous explique que « cette démarche ne relève pas de la science historique, c'est une démarche idéologique ».

Ainsi, on devine assez bien la loi du silence et du déni systématique adoptés dans la stratégie du monde politique, en France, depuis si longtemps. De telles observations sur l'utilisation de l'histoire donnent plus de force encore au message de Yves PERSON.


(6) « la France incréée », Erwann PERSON, historien.

(7) « Avanzà! La Corse que nous voulons », Jean Guy TALAMONI, président de l'Assemblée de Corse.

( Remarque : L'attitude de Patricia LEGRIS m'a étonné au moment des controverses sur l'exposition celtique au musée de Bretagne en juin 2022 ; en quelques sortes, le musée de Bretagne avait entrepris une démarche de remise en question des origines celtiques des Bretonnes et des Bretons. Patricia LEGRIS avait alors pris part à un groupe de scientifiques qui se sont opposés à d'autres scientifiques, spécialistes de la matière celtique et qui trouvaient l'exposition très manipulatrice.

Ainsi, au-delà de ce qu'elle nous explique à propos de l'idéologie qui imprègne la construction des programmes, je me demande comment elle peut avoir un tel point de vue et, en même, temps être contre des scientifiques qui prouvent que l'exposition du musée de Bretagne n'est absolument pas neutre ? Il y a ici une contradiction selon moi ou alors, doit-on supposer que seule l'histoire de France peut avoir une existence ? )


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Dans le cas de la langue bretonne, que lui est-il arrivé?......

La « francisation » a commencé avec la noblesse au début du 12ème siècle, suivie par celle de la bourgeoisie (6) jusqu'à la 2ème guerre mondiale, au moins... Petit-à-petit, l'influence des gens de la ville sur ceux de la campagne devint de plus en plus forte. Il fallait être moderne ce qui n'était pas du tout une réalité, à cette époque, pour le monde paysan, par exemple. Les travaux de Pêr HELIAS témoignent de cet aspect-là malgré qu'il soit lui-même plutôt considéré comme un opposant à la société bretonne de l'époque par les gens de son propre pays.

Il est utile de mentionner ici que l'influence de la francisation n'a pas été aussi forte en Corse (6). Et, on perçoit très bien aujourd'hui qu'il est possible au peuple corse d'initier un changement politique profond justement. Selon Yves PERSON, la francisation n'a pas obtenu de résultat véritable sur la population bourgeoise de Corse.

Par ailleurs, combien de comportements de haine contre le peuple breton ou contre d'autres peuples qui n'ont pas accepté, au cours de l'histoire, d'obéir à l'autorité française, ont pu se traduire par des évènements dramatiques et par certains discours ou propos que l'on peut qualifier, sans équivoque, de racistes ?

De plus, l'armée des maîtres d'école de la République et plus largement l'administration, garante d'une sorte de « caution morale », faisaient ce qu'ils voulaient pour franciser le pays. Échapper à cette oppression devait être très difficile, voire même impossible.

On peut donc supposer les résultats suivants :

Une oppression sur les familles obtenue d'une part, du fait du bilinguisme forcé, basé à cette époque sur la hiérarchisation des langues et d'autre part, sur l'image, si mauvaise, de la société paysanne bretonne quasiment instituée par la bourgeoisie et les gens de la ville.

Une oppression sur les enfants par l'éducation scolaire organisée de façon à bien conditionner les jeunes esprits et les éloigner de leur culture... Ainsi, le « symbole » qui conduisait les enfants à dénoncer leurs camarades et à dénigrer leur propre langue et leur propre appartenance est lourd de signification en terme de conditionnement.

Et puis, il y a le poids et l'influence des idéologies politiques qui ont partagé le peuple breton, entre autre, sur l'avenir de la Bretagne ; On peut faire ici référence à la philosophe Simone WEIL et à sa lettre : « Note sur la suppression des partis politiques » 1940. Elle nous explique que l'animation politique n'est pas une réalité démocratique parce qu'il n'y a pas un véritable débat offert aux adhérents. Pour elle, seules les idées relevant d'une idéologie forment la réalité du débat à l'intérieur d'un groupe politique. Pour alors, il n'y a plus de liberté de penser, pour exprimer des points de vus différents de l'opinion générale du parti.

Ainsi, on peut percevoir la difficulté pour les Bretons d'échanger naturellement entre-eux et de faciliter les discussions sur des thèmes sensibles quand sont apparus les groupes politiques. Et, on peut penser que la société s'est alors considérablement compliquée, après la seconde guerre mondiale, avec la présence des partis politiques.

Le documentaire « Des pierres et des fusils » réalisé sur la résistance au projet de centrale nucléaire envisagée sur la commune de Plogoff, montre, dans quelques images précises, l'impossibilité pour les Bretons de débattre, sans que soit présente l'influence des partis politiques... Ils s'expriment mais à travers une appartenance politique. Pourtant, la société bretonne d'autrefois était capable de parler de ses propres difficultés et d'imaginer ses propres solutions. Avec violence hélas, ou plus calmement parfois, des évolutions se faisaient grâce au peuple lui-même, sans que ne soient mises à mal les relations entre les personnes du fait d'idées « hors sol » issues d'idéologies extérieures à la société bretonne...

Un autre exemple de cette influence hypocrite et bien trop intéressée des partis politiques se ressent pleinement dans la révolte paysanne qui a eu lieu en Pays Bigouden au cours du moi de Juin 1961; révolte qui s'étendra à tout le territoire français et qui donnera un élan non négligeable aux propositions d'Alexis GOURVENEC. Voici les réactions des groupes politiques de l'époque selon Bernard BRUNETEAU , professeur à l'université Rennes 1, dans son ouvrage « De la violence Paysanne à l'organisation agricole. Les manifestations de juin 1961 en Pays Bigouden ».

(6) « la France incréée », Erwann PERSON, historien.


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-Pour le P.C.F : « ceux-ci accèdent à une véritable conscience politique en « combattant la politique agricole gaulliste » et leur action nécessite donc plus que jamais une présence active du Parti, pour éclairer et aider à orienter le mouvement» dans « France nouvelle 21-27 juin 1961 »

- « La S.F.I.O. se félicite de voir les paysans finistériens condamner le régime libéral dont sont victimes à la fois les producteurs agricoles et les consommateurs et favoriser la naissance d'un syndicalisme agricole plus orienté vers les réformes de base et des solutions plus socialistes. » Dans « Le populaire, 9 juin 1961 »

- « Le M.R.P explique que ce mouvement relève les contradictions d'un régime qui fait perdre aux Français le goût et le respect des lois » Dans « Forces nouvelles 1er juillet 1961 ».

-Les Gaullistes traitent de manière paternelle cette révolte qu'il faut savoir comprendre... « Ces mouvements sont, avant tout autre chose, des manifestations de la poussée démocratique, c'est-à-dire de la poussée gaulliste» dans « Notre république du 15 juillet 1961 ».

Aucun d'entre eux ne traite le problème mais tous instrumentalisent la colère des paysans Bigoudens... Voici le commentaire précis de Bernard BRUNETEAU : « Et la récupération politique ; de l' extrême gauche à l'extrême droite, il n'est pas de parti qui ne voit dans les syndicalistes finistériens des militants attachés à la victoire de sa cause »



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Aujourd'hui, pourtant, on peut penser différemment l'avenir de la langue bretonne. Et avoir un regard externe sur sa réalité ! Il n'est plus question d'idéologie mais bien plus d'une manière différente de vivre que chacun se sent libre d'adopter ou pas. Peut-être que les racines de cette nouvelle attitude sont celles qui suivent ?

Un phénomène qui caractérise un pouvoir nouveau : celui des réseaux sociaux

Ainsi, la langue bretonne peut-elle être considérée étonnante et vraiment plaisante, par d'autres peuples, quand elle est valorisée à l'international dans un film à succès..... Aux États-Unis, par exemple, a été diffusé le film « Black hawks down » dont la mélodie principale est celle écrite et chantée par l'artiste Denez PRIGENT. « Gortoz a ran » est le nom de cette chanson qui a eu énormément de succès hors de Bretagne...

Dans la série « South Park », aussi, on trouve le même phénomène. Voici quelques réactions que l'on peut trouver sur la chaîne « Youtube » :

- « Am extremely excited to share this song ! The language i'm singing in is called Breton, spoken by less than 200,000 people. It's considered an endangered langage !» Georgia Eyes, 18 février 2018.

- « Beautiful song and fantastic video - the language is very interesting. » airwolf8087. Il y a trois ans d'après la vidéo diffusée par Mdragon1801.

- « Very lovely song, enjoyed reading the lyrics. Very well done. »Squincegoddess, il y a trois ans.

- « Almost kill my self year ago listen this beautiful song in a moment of depression and I did not know what does this song mean ,or even what was the lyrics mean and now I know I was right !!! » Olaiz Olais, il y a un an.

Il est étonnant de constater : de vraies informations échangées entre les gens qui ne savent rien sur la langue bretonne – une langue jugée intéressante et donc utile (contrairement à l'image qu'on nous en a donnée) – des gens motivés qui cherchent à mieux connaître le message apporté par cette langue – l'émotion profonde qu'elle véhicule... liée, bien sûr, à la façon de chanter mais aussi à la culture celtique...

Finalement, le bilan de son image est bien accueilli à l'étranger... Et pour aller plus loin, on trouve ici une nouvelle manière de percevoir le breton... Un point de vue qui nous est extérieur est peut-être né ! Un point de vue à enrichir certainement : La curiosité pour la langue bretonne mais aussi, celle pour toutes les langues tout simplement.


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A propos des droits internationaux:

Voici, ici, un passage de la : « résolution 2347, du 24 mars 2017, par le Conseil de sécurité des Nations Unies »

« La destruction délibérée du patrimoine est un acte criminel mais aussi, que désormais l'atteinte délibérée et avérée à l'identité d'une population, aux témoignages de son passé, aux signes de sa civilisation constitue un acte criminel de la plus haute gravité(...) que ces crimes sont imprescriptibles...» mise en avant par Charlie GRALL, à l'occasion de la fête du livre à Carhaix.

De plus en plus de droits naissent pour la protection des cultures dans le monde entier. Les travaux de l'Université de Moncton au Canada et particulièrement ceux de Fernand de VARENNES vont dans ce sens-là... Fernand de VARENNES étudie et propose des règles de droit internationale qui montrent qu'une langue est un marqueur d'identité des peuples. Ainsi, on comprend qu' apparaissent, peu à peu, de nouvelles racines afin de nourrir une vraie caution morale alors établie sur la dignité humaine et non pas sur une idéologie quelconque.

Par exemple : A été voté il y a peu une « Résolution du Parlement européen du 7 février 2018 sur la protection et la non-discrimination des minorités dans les États membres de l'Union européenne »

Règle selon le « Cadre juridique de l'Union sur les minorités : défis et potentialités »

4. « engage tous les États membres à signer, à ratifier et à assurer l'application de la convention-cadre du Conseil de l'Europe pour la protection des minorités nationales, du protocole nº12 à la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la charte européenne des langues régionales ou minoritaires, ou à actualiser les engagements pris dans le cadre d'accords internationaux en la matière ; souligne que les minorités autochtones et linguistiques devraient être traitées selon les principes énoncés...»


Règle selon la « Protection et défense des langues minoritaires »

16. « engage les États membres à s'assurer que le droit d'utiliser une langue minoritaire est garanti et à protéger la diversité linguistique au sein de l'Union en vertu des traités de l'Union ; »

17. « estime qu'il convient de respecter les droits linguistiques dans les communautés où il existe plus d'une langue officielle, sans restriction des droits d'une langue par rapport à une autre, conformément à l'ordre constitutionnel de chaque État membre; »

Le droit international avance mais, en dépit d'une volonté et d'une réflexion basée sur l'identité Européenne elle-même ainsi que sur les droits de l'homme, on constate que l'esprit de ces avancées reste assez faible avec des phrases telles que « conformément à l'ordre constitutionnel de chaque État membre ». Il n'y aura donc pas avant quelques temps encore une véritable loi internationale en Europe pour contraindre les États. Chacun peut faire à son idée selon sa propre constitution… Une telle commodité pointe malheureusement l'immaturité de nos représentants ou leur hypocrisie en matière de droits de l'homme.

La question principale qui se pose donc me semble être : Est-ce que les Bretons auront assez de force ( où les bretonnants surtout ) pour garder vivante leur langue jusqu' à l'assise réelle et complète de ces droits internationaux ? Voici pourquoi l'attitude des Bretons à-propos de leur langue est extrêmement importante, aujourd'hui et demain, pour la sauver et pour sauver dans le même temps l'identité bretonne.

Face à ces enjeux, on peut essayer de savoir si la troisième génération prise dans le processus de destruction du breton est encore en situation d'aider véritablement notre langue ? Voici quelques questions qu'il est important de vérifier pour en savoir plus sur l'opinion commune de cette génération :


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S'il a été transmis de génération en génération que le destin de la langue était sa probable disparition, pour ne pas dire souhaitable disparition, on peut se demander si ce point de vue est toujours le même, aujourd'hui, pour cette génération ?

D'après ce que l'on entend ou d'après ce qu'on peut lire dans tel ou tel article, il est vrai que l'on fait, maintenant, un accueil très favorable à la langue bretonne, jusqu'à en faire, même, une affaire importante.

Alors pourquoi la génération des personnes âgées entre 50 et 75 ans n'utilise pas ou peu le breton aujourd'hui en 2019 ?

Cette question me pousse à étudier ce qui est arrivé à cette génération d'autant plus que j'en fait parti. Par ailleurs, s'il est précisé avec Fañch BROUDIC que notre génération n'est pas «..., en l'état actuel des choses, un point d'appui pour le maintien ou pour la progression de la langue régionale.», je pense, tout de même, qu'elle est en mesure d'apporter une expérience importante pour tous. Si elle ne se donne pas le droit de s'exprimer, elle prend, cependant, une part encore très active au monde économique, ce qui lui donne la possibilité d'aider assez bien la langue Bretonne. Les idées de Denez PICHON, par exemple, vont dans ce sens...

Au-delà de ça, je pense que notre génération à la responsabilité de faire en sorte que ne s'arrête pas la transmission entre les générations de bretonnants.

C'est, au final, une affaire d'attitude et de comportement vis-à-vis de la langue bretonne..

Cependant, croyons-nous en l'avenir de la langue bretonne, justement ? La disparition du breton est-il déjà une réalité pour notre génération ? Ou au contraire, est-ce qu'il lui reste l'espoir que notre langue soit sauvée ?

Deux questions se posent donc sur les relations de notre génération à la langue bretonne:

Quelles influences, par rapport à la pratique de la langue bretonne, ont été vécues par notre génération dans sa jeunesse ?

Est-ce qu'il y a une autre influence, peut-être externe à la langue elle-même qui s'exerce, aujourd'hui sur notre génération ?


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- MÉTHODE -


Point 1- Réaliser un questionnaire. Les thèmes que je cherche à éclairer sont :

1- La manière de penser qui existait dans les années 1960 / 1980 et les attitudes des personnes en charge de l'éducation de la jeunesse : dans les familles – à l'école – dans la société.

2- Le point de vue de cette génération aujourd'hui.


Point 2- Faire un appel auprès des gens du Pays Bigouden afin qu'ils puissent apporter leurs témoignages en participant à ce questionnaire.

Les caractéristiques :

1- Le lieu de vie autrefois :

      - Les personnes qui vivaient à la campagne.

      - Les personnes qui vivaient près de la côte.

      - Les gens qui vivaient en ville.

      - Les Bretonnes et Bretons expatriés...

2- Des femmes et des hommes de chaque lieu de vie, si possible : le cours de Ronan Le COADIG propose l'idée qu'il y avait des attitudes différentes entre les genres à propos de la langue. Peut-être que des comportements différents vis-à-vis du breton existaient aussi au sein de notre génération en Pays Bigouden ?

3- L'âge qui peut correspondre aux personnes recherchées se situe, plus ou moins entre 50 et 70 années aujourd'hui.

4- Le rang social.

- Milieu des gens modestes.

- Milieu bourgeois.


Point 3- Analyser les réponses.


Point 4- Tirer de l'enquête les tendances générales pouvant exprimer une opinion commune, propre à cette génération et qui prend toute son importance quand on comprend que cette époque a été primordiale dans l'avenir de la langue bretonne.

Cependant, l'échantillon de témoignages n'est pas assez important pour tirer de réels enseignements. Le travail ainsi proposé n'est pas complet. Formant le projet d'étudier le point de vue de cette génération à propos du breton, il est nécessaire que ce travail soit donc approfondi et élargi dans un avenir proche. La passation du questionnaire pourrait ainsi être faite pour chaque Pays breton.


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