6 - Conclusions



LA LANGUE ET CE QU'ELLE REPRÉSENTE...



Voici une définition de ce qu'est une langue selon Philippe BLANCHET. 

Référence : « Entre droits linguistiques et glottophobie, analyse d'une discrimination instituée dans la société française », Les cahiers de la LCD, vol. 7, no. 2, 2018, pp. 27-44. (32)

  • « Les langues et façons de parler sont des attributs des personnes : les langues et les expressions linguistiques des personnes contribuent de façon primordiale à leur socialisation, à leur développement éducatif et culturel, à leur personnalité, à leur(s) identité(s) individuelle(s), à leur façon d'être au monde et de l'interpréter, à leurs relations humaines et sociales : ce ne sont pas des outils extérieurs à la personne. Amener ou forcer une personne à s'exprimer dans une ou d'autres langues que celle(s) qui la constitue(nt) en personne spécifique revient à imposer à la personne de se transformer en profondeur, de devenir étrangère à elle-même ( on appelle aussi cela l'aliénation ).»

  • Les langues et façons de parler sont des attributs des groupes : les personnes vivent sauf exception dans des communautés sociales, et les langues et expressions linguistiques contribuent à la constitution de ces relations sociales, à leur développement, à l'expression et à l'identification des appartenances, aux particularités et créativités de ces communautés ; et ceci d'autant plus quand il s'agit d'une communauté linguistique, car si les caractéristiques linguistiques qui la constituent disparaissent, la communauté disparaît en tant que telle ( on appelle aussi cela un ethnocide ).

  • Les langues et façons de parler sont des ressources culturelles : la créativité intellectuelle et la transmission des patrimoines culturels spécifiques issus de cette créativité spécifique sont fortement liées aux langues (chants, oraliture, littérature, inventions, ethnosciences et ethnotechniques, éducation…); or il existe des droits culturels qui impliquent la reconnaissance de droits linguistiques, d'autant qu'une expression culturelle est fortement modifiée, voire annihilée si son ressort linguistique est détruit ou remplacé ( on appelle aussi cela un ethnocide ).


On comprend donc très facilement les enjeux qui sont liés de manière très intime à une langue. Par rapport au breton, il est gravement question de sa disparition définitive et par là-même de la disparition des Bretons tels qu'on les reconnaît chez nos ancêtres,... mais aussi chez nos grands-parents,... puis chez nos parents... mais nous-mêmes, nous reconnaissons-nous Bretons?

Nos modes de vies sont différentes et on ne voit plus le monde comme on le faisait autrefois. Nous sommes loin des pensées d'Angela DUVAL... Avec l'oubli des vieilles expressions imagées par la vie animale, par la terre et plus généralement par la nature. Notre langue est sur le point de mourir alors que cet héritage naturel du peuple breton a été transmis depuis si longtemps. Qu'en avons nous fait ? Qu'avons-nous fait de cette vieille langue ? D'aucuns disent 1500 ans d'existence mais, n'est-ce pas plutôt 2 millénaires au moins... Jules César n'a t'-il pas combattu les Bretons quelques dizaines d'années avant Jésus Christ?. L'origine de notre langue se trouve peut-être dans une forme très ancienne du « predenneg » ou bien dans une autre forme ayant évoluée plus tard sous celle du « predenneg ». Pourquoi, laissons-nous mourir notre langue ? Nous ne sommes donc plus Breton ?


(32) « Entre droit et glottophobie, analyse d'une discrimination instituée dans la société française », Philippe BLANCHET, Professeur de sociolinguistique et didactique des langues. Les cahiers la LCD vol 7, n° 2.2018. pp 27-44


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C'est peut-être malheureusement vrai quand on considère la langue comme un véritable « organe » ; selon les propos de P. BLANCHET « ce ne sont pas des outils extérieurs à la personne », sous-entendu que les langues sont intimes à l'être-humain lui-même. Aussi, qui des Bretons d'aujourd'hui, sera d'ici peu capable de parler un breton d'enfance émanant de la langue parlée du pays ? Que devient son intimité avec la langue?

En revanche, cela ne semble pas vrai pour la culture bretonne qui puise son inspiration dans les racines de sa langue. P BLANCHET nous explique que « Les langues et expressions linguistiques contribuent à la constitution de ces relations sociales, à leur développement, à l'expression et à l'identification des appartenances, aux particularités et créativités de ces communautés »

Voici l'exemple de Pascal JAOUEN qui appartient à notre génération et qui nous dit  (33) : « N'ayons pas honte de le dire : nous sommes plusieurs à être amputés de notre langue. Alors j'invite tous les Bretons à en faire autant ( P JAOUEN à appris le Breton ) et à réintroduire cette langue dans le quotidien ». Conférence de Pascal JAOUEN, du 9/08/19, lors du Festival Interceltique de Lorient.

Pourquoi cherche t'-il à retrouver sa langue perdue ? Son travail a suffisamment de succès pour ne pas avoir besoin du breton. Et pourtant, la langue bretonne lui manque.

Et c'est la même chose pour Yann TIERSEN « Avoir appris le breton m'a permis de me comprendre et d'être plus calme ». Journal de la Bretagne N°4 14 mai 2019 (34)

Le mot « Amputé » utilisé par P JAOUEN se traduit par « divrec'hiet » en breton, c'est-à-dire, ne plus avoir de bras. Voici donc une image cruelle apportée par l'arrêt de la transmission du breton...Pour Pascal JAOUEN c'est une part de nous-même qu'on nous a enlevée... Et je crois qu'ici, il est question de notre manière de penser, de concevoir, de créer, qui nous a été aliénée. C'est l'esprit breton qui nous a été arraché. Dont on nous a détourné.

Et cela, dans le but de créer « l'identité française » et de coller, de force, cette nouvelle identité aux Bretons. Voici un autre passage du travail de P.BLANCHET

« Parce qu'à ce moment-là, dans ce château, le roi a décidé que tous ceux qui vivaient dans son royaume devaient parler français », Emmanuel MACRON, président de la République française, visitant une école, 16 septembre 2017, propos accompagné du tweet « Retour sur un acte fondateur de notre identité : l'ordonnance de Villers-Cotterêts ». « De tels propos paraissent dès lors légitimes, et évidemment légaux, renforçant la légitimation perçue de la glottophobie. »(32)

La dernière phrase du propos exprime très bien ce que j'ai essayé de mettre en avant, c'est à dire: « la trappe » que la troisième République a créée. Et qui explique l'expression que j'ai utilisée plus d'une fois: « La caution morale officielle française ».

Cependant, si l'identité française était une évidence, comment expliquer l'échec du débat initié par N. SARKOZY afin de préciser cette « identité nationale française » dont le but était probablement de définir l'identité des Français avec ce que cela peut impliquer par la suite : la disparition politique des peuples de France par exemple.

P BLANCHET Précise :

« En termes d'illégalité des discriminations linguistiques, la France a donc déjà pris depuis les années 1970 des engagements juridiques internationaux (qu'elle ne respecte pas). Il est à cet égard frappant que la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 ne comporte aucune mention de droits linguistiques, et l'on sait bien pourquoi : l'unicité linguistique a été construite à ce moment comme pilier de l'unité nationale, pensée comme ne pouvant fonctionner que sur la base d'une unification/uniformisation de la population.» (32)

(32) « Entre droit et glottophobie, analyse d'une discrimination instituée dans la société française » Philippe BLANCHET

(33) Conférence Pascal JAOUEN, artiste, le 9/08/19, Festival Interceltique de Lorient Agence Bretagne Presse

(34) Yann TIERSEN , artiste, Journal de la Bretagne N°4 14 mai 2019 (20)


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Or, il existe plusieurs peuples vivant sur le territoire et autant de langues.... Jean-Jacques MONNIER, historien nous rappelle cette réalité : Selon lui, il en existe huit dits originels ... Conférence du 4 Mai 2019, Rennes « Pourquoi l'histoire de la Bretagne est-elle si mal connue? Petite histoire de l'écriture et de l'enseignement de l'histoire de Bretagne. »


Malgré ces faits, l'uniformisation avance...

Que deviennent alors les idées que vous avez évoquées en ce qui concerne la langue bretonne ?

1) Une langue est rassurante :

- Le droit de savoir qui nous sommes ; d'où nous venons. Cela aide les gens pour diriger leur propre vie.

- La langue apporte plus de sérénité aux gens par ce qu'elle est liée à quelque chose de vrai.


2) Elle véhicule l'identité :

- La langue est liée à une culture, elle-même liée à une Histoire.

- Ce sont nos racines.

- Les Bretons forment un peuple.

- C'est un héritage.

- Cela donne l'envie de se rassembler et de défendre notre identité.


3) Elle s'inscrit dans l'humanité et le fait des peuples :

- C'est une manière différente de penser.

- La dignité, l'originalité et les contacts avec les autres.

- La diversité et la pluralité sont nécessaires à l'être humain.

- Grâce à la langue, les valeurs liées à une culture restent vivantes.



 

LE TEMPS DE LA LANGUE ET SON ÉVOLUTION ...


J'ai été très étonné quand j'ai appris à l'université qu'il existait, depuis des temps anciens, la terminaison « os » utilisée pour un certain nombre de mots. Cette terminaison pouvait se conjuguer et ainsi, changer le sens du mot. Voici un exemple qui nous est donné : le mot « mab », fils en breton.

« Mab » était « mapos » autrefois. Conjugué par exemple en « mapis » (du fils) ou « mapu » (au fils), etc. Quand cette terminaison tomba petit-à-petit entre le IVème siècle et le VIème siècle, du fait de l'évolution de l'accentuation, il fût nécessaire d'utiliser d'autres règles. Grâce à l'utilisation des prépositions, on redonna alors à la phrase son sens véritable, et pour longtemps, puisque les prépositions sont très nombreuses dans le breton d'aujourd'hui.

Je précise cela parce que c'est une marque de l'évolution du breton ( le predenneg à cette époque-là ) commencée il y a très longtemps et qui continue aujourd'hui encore... L'emploi des prépositions est une évolution importante. Les spécialistes peuvent la considérer comme une des évolutions principales de la langue ou non. On peut penser que c'en est une, compte tenu du bouleversement de la structure de la phrase.

Le « temps de la langue bretonne » est long, très long finalement avec plus d'une évolution qui ont changé la forme de la langue des bretons. Une durée de 15 siècles et plus encore certainement !

Voici pourquoi, il est plus sage, selon moi, de considérer chaque changement de la langue comme un élément de son évolution ; cependant, il y a des différences très importantes quand il est question d'une évolution qui est l'émanation du peuple lui-même ou quand elle est la résultante d'une influence venue de l'extérieur... L'influence du latin par exemple...


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L'histoire sociale de la langue bretonne est très fournie ainsi que l'histoire de Bretagne ; ces deux sources de réflexion encadrent l'histoire de la langue. Dans ces deux matières on trouve le rôle de l'idéologie française et son influence qui se veut prégnante dans la vie des bretons : sur la vie sociale, sur les choix politiques, sur l'identité, sur l'état de la langue bretonne comme sur le gallo...

Mais est-ce que l'influence française est réellement source d'une évolution ? Du fait de la destruction des langues minoritaires, planifiée par la révolution française, il est plutôt question d'élimination des langues. Et on peut considérer que les réactions qui se sont opposées au destin fatal du breton et celles qui existent encore aujourd'hui, pour garder notre langue vivante, marquent en quelques sortes l'évolution de la langue dans son aspect social avec tous les enjeux qui y sont associés. 

L'action en faveur de la langue bretonne est donc d'une importance capitale... Et c'est l'affaire de tous les Bretons que l'on peut supposés proches de leur identité et souhaitant un avenir serein pour la Bretagne.


P. BLANCHET rajoute par exemple :

« La majorité des décideurs politiques ignore les textes internationaux ratifiés par la France et ne voit pas que la politique linguistique française constitue un manquement grave aux droits humains. C'est que l'idéologie aveugle. Une idéologie, au sens gramscien*, est un système hégémonique d'explication du monde qui exclut toute alternative et toute discussion. Il relève de la croyance et non de la réflexion. Le français a été érigé en véritable religion d'État en France, totem central de l'unité nationale ( pensée comme une uniformisation autour d'une langue commune unique et unifiée ) depuis la Révolution, surtout à partir de la Terreur et d'autant à partir de la mise en œuvre d'une politique coloniale offensive aussi bien intérieure qu'extérieure, par la IIIe République. » (32)

Aux guerres qui ont apporté aux peuples la douleur, on associe, en Bretagne, les travaux d'écrivains qui ont essayé de peser sur l'avenir de la langue bretonne... Ils ont apporté des évolutions et l'unification du breton en est la plus importante. On peut rappeler que le « peurunvan » est un mode d'écriture ; Un mode d'écriture qui a commencé avec le rapprochement des dialectes entre eux : le leonard, le cornouaillais, le trégorois... et plus tard celui du vannetais. Avant cela, cependant, il y a eu d'autres correcteurs de la langue ... un siècle plutôt pour le moins.

Une langue standardisée ( le breton standard ) a été ainsi formée et elle est devenue la façon d'écrire adoptée par la majeure partie des bretonnants qui écrivent le breton aujourd'hui.

Bien évidemment, l'écrit n'émet pas de son... Mais une langue « standardisée » était nécessaire pour la survie du breton et pour celle des Bretons eux-mêmes en tant qu'un des marqueurs de leur identité... Il ne faut pas oublier que le breton était une langue soit disant arriérée et inutile, prête à mourir pour certains. Tous n'étaient pas d'accord avec ce destin, heureusement !

Il y a eu et il y a encore des enjeux. Voici le point de vue d'Albert MEMMI (23).

« Dans le conflit linguistique qui habite le colonisé, sa langue maternelle est l'humiliée, l'écrasée. Et ce mépris, objectivement fondé, il finit par le faire sien. De lui-même, il se met à écarter cette langue infirme, à la cacher aux yeux des étrangers, à ne paraître à l'aise que dans la langue du colonisateur. En bref, le bilinguisme colonial n'est ni une diglossie, où coexiste un idiome populaire et une langue de puriste, appartenant tous les deux au même univers affectif, ni une simple richesse polyglotte, qui bénéficie d'un clavier supplémentaire mais relativement neutre ; c'est un drame linguistique. »

(32) « Entre droit et glottophobie, analyse d'une discrimination instituée dans la société française », Philippe BLANCHET

(*) Antonio Gramsci est un homme politique du parti communiste italien. Il pensait que la culture est un outil politique de la domination des masses et de fait il a imaginer le rôle du communisme en ce sens, en opposition à l'emprise de la culture hégémonique bourgeoise.

(23) « Portrait du colonisé précédé du portrait du colonisateur », Albert MEMMI, écrivain.


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Quand on lit les résultats de la question : 3-6 La culture française était considérée comme plus élevée que la culture bretonne à cette époque ?, on constate qu'il y a 66% des réponses qui confirment que la culture française était plus élevée dans l'esprit des gens!

Malgré cela, nos grands-parents considéraient véritablement l'utilité du breton ; même si, la façon d'écrire n'était pas très connue parmi la population, il restait l'oralité de la langue bretonne comme mode de communication. Combien sont important, le rythme des phrases apporté par l'accentuation propre à la langue du pays, mais aussi, les liaisons de mots, l'esprit même de la langue, avec ses expressions singulières connues de tous et sa façon de penser, structurée par « les » différentes possibilités de former la phrase, si souple en breton...

De cette différence, une opposition s'est donc installée contre la forme du peurunvan et précisément contre la faiblesse du breton standard, qui en a découlé, dans sa façon de prononcer la langue bretonne. Une autre cause à cette opposition est le sentiment qu'une autre langue se formait, une langue qui ne correspondait pas à celle de nos grands-parents. Ainsi s'est invitée dans la triste histoire de la langue bretonne une diglossie qui s'y est profondément enfoncée, aggravant par la même l'état général du breton.

La réaction des gens par rapport à ce problème de déperdition de l' oralité apporté par la langue écrite est légitime et cela est nettement souligné dans certaines réponses. Mais, ces réactions deviennent irrationnelles quand elles dénigrent le breton standard sous prétexte de différences entre la langue parlée par les anciens et celle parlée par les jeunes de Diwan.

Cela prouve la méconnaissance du fait historique de la langue bretonne en ce qu'elle était par le passé relativement unifiée, déjà, dans son parlé jusqu'au 16ème siècle ( sauf le vannetais qui s'est éloigné des autres parlés à partir du 12ème siècle) et dans son écrit jusqu'au 17ème siècle.

Cela prouve aussi la méconnaissance de l'importance de l'écrit pour permettre l'inter-compréhension entre les Bretons qui souhaitent aujourd'hui, utiliser la langue bretonne dans toute la Bretagne historique.

En ce qui concerne l'histoire de la langue, voici, plusieurs passages de leçons données à l'Université de Rennes sur « les langues « predennek » (35) et sur les « formes et normes (de la langue) » (36):

« Goude koll ar silabennoù diwezhañ etre 400 ha 600, ar yezh-se a vanas unvan a-walc'h betek an XIet kantved. An dud en em gomprene kenetrezo eus Stratclut (Strathclyde, e bro Skos hiziv ) à betek Bro-Wened. Ne oa , e gwirionez, er mare-se, nemet disheñvelderioù rannyezhel. Goude an XIIet kantved, ar boulc'h etre ar c'hembraeg hag an div rannyezh arall a yeas da zonaat ha da ledanaat. En XIIet kantved, yezhoù disheñvel e oant, daoust d'ar gomzerien bout gouest da gompren an darn vrasañ eus ar yezh arall, da laras er mare-se Gerallt CYMRO ( Giraud De CAMBRIE) ur c'hembread desket bras, eus an XIIvet kantved ivez. Goude 1200, e krogas ivez ar c'herneveureg hag ar brezhoneg da vonet pelloc'h an eil diouzh egile. Daoust da se e vanent nes a-walc'h betek ar XVet kantved evit chom komprenadus (meizhadus). » (35)

ou

« Après la perte des syllabes de fin de mot entre 400 et 600, cette langue resta assez unifiée jusqu'au XIème siècle. Les gens se comprenaient entre eux de Stratclut ( Strathclyde, en Ecosse) jusqu'au pays de Vannes. En vérité, il y avait, à cette époque, seulement des différences dialectales. Après le XIIème siècle, la différence entre le kembraeg et les deux autres dialectes s'approfondirent et s'amplifièrent. »

(35) « Ar yezhoù predennek », Stephan MOAL, Maître de conférence université Rennes 2

(36) « Stummoù ha normoù », Stephan MOAL, Maître de conférence université Rennes 2


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Au XIIème siècle, elles étaient des langues différentes, malgré que les locuteurs pouvaient comprendre une grande partie des autres dialectes, selon Giraud de CAMBRIE, un érudit kembread du XIIème siècle. Après 1200, le kerneveureg et le breton commencèrent aussi à s'éloigner l'un de l'autre. Malgré cela, elles restèrent assez proches jusqu'au XVème siècle pour rester compréhensibles ( dans les concepts ) »

« Da eil e vo studiet penaos e teuas ar brezhoneg e-unan da vout rannet e rannyezhoù. Gorrek e voe al lusk da gentañ, tra ma chomas stad ar brezhoneg kreñv a-walc'h er gevredigezh. An diforc'h etre ar gwenedeg hag ar peurest eus ar brezhoneg a zerouas en XIIet kantved. Ret eo gortoz betek ar XVIet kantved evit gwelet rannidigezh rannyezhoù ar c'h-KLT. A-hend-all, e voe implijet ur yezh lennegel unvan betek deroù ar XVIIvet: penegwir ne oa ket kalz a ziforc'h etre ar rannyezhoù pellañ ; pa oa graet gant ar brezhoneg en holl zarempredoù, el lennegezh skrivet, er skolioù, ar yezh a vane difiñv a-walc'h, unvan a-walc'h. Goude ar XVIet kantved, pep rannyezh a ya buanoc'h-buanañ war un hent disheñvel ; Stad an traoù zo aet war washaat abaoe an XIXet kantved, pa ehanas ar gevredigezh vrezhoneg da vout unyezhek, pouez ar galleg o vezañ pouneroc'h war ar yezh gant red an amzer, dreist-holl abaoe 1900. Studi istor ar yezh zo ret, rak ne gomprener netra eus he stad a-vremañ hep klask en istor ar perag hag ar penaoz »(35)

ou

« en second on étudiera comment le breton lui-même se divisera en dialectes ; Le processus fût d'abord lent tant que l'état du breton resta fort dans la société. La différence entre le vannetais et le reste du breton commença au XIIème siècle. Il faut attendre jusqu'au XVIème siècle pour la différenciations des dialectes du c'h-KLT. Par ailleurs, on utilisa une langue littéraire unie jusqu'au début du XVIIème siècle ; il n'y avait pas beaucoup de différence entre les dialectes les plus éloignés ; quand on utilisait le breton dans tous les rapports humains, dans la littérature écrite, dans les écoles, la langue restait assez immobile, assez unifiée. Après le XVIème siècle, chaque dialecte s'éloigna de plus en plus vite. Les choses se sont empirées depuis le XIXème siècle, quand la société monolingue s'arrêta. Le poids du français de plus en plus lourd sur la langue avec le temps, surtout depuis 1900. L'étude de l'histoire de la langue est nécessaire, sinon on ne comprend rien de son état aujourd'hui sans chercher dans son histoire le pourquoi et le comment »

«... Dre ma yae war gresk an diforc'h etre ar rannyezhoù eo bet gwelet an doare skrivañ, hag a oa unvan a-walc'h betek ar 17 vet kantved, o kemer stummoù disheñvel hervez rannyezhoù ar skrivagnerien... » (36)

ou

« Du fait que les différences augmentaient entre les dialectes, l'écrit qui était assez unifié jusqu'au XVII ème siècle a pris des formes différentes selon les dialectes des écrivains»

« ...En 20vet kantved nemetken e voe klasket lakaat skritutioù ar rannyezhoù da dostaat en dro an eil d'egile ; Dre ma cheñche an distagadur e veze klasket reizhañ ar skritur, evel ma reas an Tad Maner e 1659, evit tostaat ar brezhoneg skrivet ouzh ar yezh komzet. Evit ar skriturioù modern ez eus bet klasket ivez, mui pe vui, derc'hel kont eus lod eus kavadennoù ar fonetikourien hag ar fonologourien. » (36)

ou

« Au XXième siècle seulement on a cherché à rapprocher à nouveau les dialectes l'un à l'autre ; Du fait que changeait la prononciation on a essayé de corriger l'écriture, comme le fit Tad Maner en 1659, pour rapprocher le breton écrit de la langue parlée. Pour l'écriture moderne, on a cherché aussi, plus ou moins à tenir compte de certaines trouvailles des phonologues et de la phonologie. »


Ainsi, l'histoire de la langue bretonne témoigne que le problème de l'écrit et de son adaptation à la langue parlée est un problème ancien. Ce n'est donc pas un problème qui date de la seconde guerre mondiale comme certains le laissent supposer, en présentant le « peurunvan » comme une langue hors sol et, pire encore pour d'autres, en cherchant absolument à lier ensemble nationalisme breton, collaboration avec les Nazis et standardisation de la langue bretonne.


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Voici, un autre passage d'une leçon sur le « Breton ancien » qui marque clairement l'inter-compréhension qui existait de part et d'autre de la mer de Bretagne :

« Skrivet e veze heñvel a-walc'h an eil ouzh eben, betek an XIvet Kantved, an holl yezhoù predenek kozh (henvrezhoneg, hengembraeg, hengerneveg) diazezet o skritutioù war al latin. »

ou

« Toutes les langues du predenneg ( l'ancien breton, l'ancien gallois, et l'ancien cornouaillais de la Cornouaille anglaise ) avaient une écriture basée sur le latin assez semblable l'une à l'autre jusqu'au XI siècle »

Cette écriture latine du breton a généré des problèmes d'adaptation entre l'écrit et le parler, déjà à cette époque lointaine. Certains sons qu'il y avait dans le breton ancien ( parlé jusqu'au XIème siècle ) n'existaient pas en latin. Il y a donc eu des difficultés pour symboliser des sons du vieux breton par l'écriture latine. Et, malgré les différences entre les modes d'expression, celle de l'écrit et celle du parler, on a conservé la vieille écriture jusqu'au XIème siècle.

On peut noter que le problème du « peurunvan » d'aujourd'hui est tout à fait comparable : faire ressortir les sons de la langue bretonne parlée par nos parents, nos grands-parents...


Voici un autre exemple concernant le « breton du moyen-âge » :

« Unvan a-walc'h e oa skritur ar c'hrennvrezhoneg dre vras, e-skoaz ar yezhoù all en Europa da vihanañ, peogwir ne oa hini ebet a gement a vez bet peurstabilaet he doare skrivañ d'ar c'houlze-se. Ur yezh unvan a oa neuze, anavezet gant an dud desket. Rannyezhoù a oa ivez d'ar mare-se dija, moarvat, met da grediñ zo ne oa ket ken bras kemm etrezo evel ma'z eus bremañ. Rannyezhoù bras an deiz-hiziv ez eo nevez a-walc'h o ferzhioù; Ar pezh n'haller ket gouzout resis avat, eo hag-eñ e oa disheñvelderioù all a vije bet kollet abaoe. »

ou

« L'écriture du breton du moyen-âge était, globalement, assez unifié en comparaison des autres langues européennes au moins par ce qu'aucune d'entre-elles n'étaient complètement stable sur le plan de l'écriture à cette époque-là. Une langue unifiée existait donc, connue par les érudits. Des dialectes existaient déjà, certainement aussi, à ce moment-là. Mais on peut penser que les différences entre eux n'étaient pas si importantes comme celles qui existent aujourd'hui. Les grands dialectes d'aujourd'hui ont un rôle assez nouveau : ce que l'on ne peut pas savoir précisément sont les différences qui ont pu disparaître depuis. »


Ainsi, le breton unifié fait donc bien partie de l'évolution de la langue bretonne, c'est un fait. Le «peurunvan» n'en est que la continuité. Il a ses vertus et ne s'oppose pas à l'oralité. Il faut cependant, aujourd'hui, continuer à rechercher la complémentarité des deux modes de communication... La difficulté perdure donc.

Aujourd'hui, bon nombres d'exemples soulignent l'utilité du Peurunvan.

1)-Dans l'émission « pesa mod 've lâr't? » sur RadioBreizh, serges BOZEG précise des règles de prononciations :

-Ainsi, la prononciation de « Ti rhu » : Ici se trouve renforcée le son de la lettre R parce que le mot « Ti » ( maison ) est masculin.

-De même, la prononciation de « un daol ruz » : Ici, le son de la lettre r n'est pas renforcée par ce que le mot « table » ( taol ) est féminin.

Il est donc difficile, voire très difficile, d'être compétent dans la prononciation lorsque le locuteur n'a pas été élevé en Breton. L'obtention d'un tel niveau ou le fait de s'en rapprocher, ne peut plus s'obtenir aujourd'hui sans la phase préalable de la maîtrise du breton standard...


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2)-Un autre exemple écrit dans le recueil de comptines « Kanañ a ri »: Précisément, le mot « madigeu » ( bonbons) entendu dans le breton vannetais.

L'écriture de « madigoù » en cornouaillais est différent de «madigeu» en vannetais.

Et la prononciation « maDIGoù » en cornouaillais devient « madigEU » en vannetais. Ce qui est très différent.  De plus le son « g » pour « maDIGoù » devient le  son «  dj » pour « madidjEU »

Aussi, il est difficile pour un Cornouaillais, par exemple, de savoir à quoi correspond la sonorité de « madigEU ». Alors qu'il est assez facile de le savoir par l'écrit. Le phénomène inverse est probablement vrai pour un Vannetais.

3)-Un autre exemple encore : J'ai remarqué que la forme grammaticale « dreist ambilh » ou l'anaphore ne semble plus vraiment connue en pays Bigouden. Ainsi, quand on dit à quelqu'un « Ar vartoloded a zo kalet o buhez » ( littéralement : « les matelots qui est difficile leur vie »  ) , la personne reste étonnée en entendant cette forme-là et utilisera plutôt «  Ar Vartoloded o deus ur b/vuhez k/galet »  ( les matelots ont une vie difficile ). Pourtant l'anaphore est une forme ancienne en breton et importante dans les phrases complexes. Le breton standard permet l'apprentissage de telles formes pour les nouveaux apprenants.

En définitive, le breton standard est tout aussi important que le breton parlé par les anciens... L'un n'exclue pas l'autre bien au contraire.


***


Finalement, je crois que cette diglossie, fait malheureusement le jeu des manières de penser qui ont tenté de taire définitivement les langues minoritaires.., des manières de penser qui n'ont pas complètement disparues.

D'un autre côté, elle est légitime dans l'obligation qu'elle fait au « peurunvan » de se parfaire encore et toujours...

Cependant, pour mériter cette légitimité, la diglossie d'aujourd'hui doit bien cadrer son influence finale dans la logique d'une évolution réellement interne à la langue écrite et parlée tout en évitant une évolution qui soit externe à la langue avec le risque d'être soumise aux détracteurs du breton.


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LES DIFFICULTÉS POUR LA GÉNÉRATION DE BRETONS NÉS APRÈS LA                                            DEUXIÈME GUERRE MONDIALE :


A- Des regards différents sur le breton unifié:

Il faut situer le rôle du « peurunvan » (ou le breton standard ou le breton unifié ou encore l'écriture moderne du breton). Certains, très opposés, disent que ce n'est pas « LE breton » par ce qu'il est trop éloigné de la langue parlée...D'autres attachent au « peurunvan » une forme d'idéologie nationaliste... D'autres, encore, considèrent que le breton s'est enrichi par la volonté de gens qui voulaient sauver la langue en soutenant l'utilité du « peurunvan ». Puis, d'autres personnes, ont accueilli le « peurunvan » sans laisser tomber le breton populaire... C'est le cas d'Angela DUVAL.

Voici ce qu'elle répond sur la qualité du breton écrit quand André VOISIN, en 1971, lui pose la question ci-dessous :(15)

« Est-ce que vous avez l'impression que c'est une langue menacée où que c'est une langue qui est très vivante ? »

« Oh ! Elle n'a jamais été aussi belle qu'aujourd'hui, le breton n'a jamais été si beau qu'il est aujourd'hui, aussi riche. On trouve presque à chaque page un mot nouveau, un mot charmant, un mot gentil... Un mot que vous n'entendiez plus les jeunes dire... Ça vous fait plaisir de retrouver dans une page.»

« Et vous avez l'impression d'exister ? Cela vous plaît ? »

« Il est toute ma vie... Il est toute ma vie. Je serais morte depuis longtemps si je n'avais pas eu ce breton-là... Enfin, j'ai l'impression que je suis encore utile à quelque chose. »

Angela DUVAL pouvait utiliser le breton parlé de ses parents ainsi que l'écriture pour vivre au mieux la langue bretonne. Ce qu'elle fit pleinement.


Cependant, comme l'écrit (BS): « il y avait à l'époque, chez nos anciens, une sensation de manipulation ». Il s'agit d'un sentiment de dépossession qui a pu être éprouvé par les bretonnants traditionnels. Ce serait la standardisation de l'écrit ne rendant pas fidèlement tous les sons de la « vieille langue » qui aurait véhiculé ce sentiment. Ainsi, cela a pu choquer nos grands-parents, nos parents... D'autant plus que sont apparus des mots inconnus, considérés alors par eux, comme une sorte de « breton chimique ».

Une bonne partie de la population se serait, alors, méfiée des intellectuels qui cherchaient à promouvoir le « breton unifié ». D'où cette diglossie profonde qui est venue fragiliser davantage encore la langue bretonne.


Personnellement, je ne crois absolument pas que le « peurunvan » ait cherché à prendre la place de la langue parlée par nos aînés. Jamais, je n'ai rencontré une personne, apprenant un breton standard, se moquer du breton de nos parents. C'est même plutôt l'inverse. Beaucoup d'entre nous qui avons appris le breton en bonne partie grâce à l'écrit, courront après la « mélodie » du breton parlé.

Je crois plutôt que l'écriture « peurunvan » n'est pas parvenue à ses débuts, à convaincre les Bretons et qu'elle a dû continuer seule son chemin sans l'avis du peuple hélas !

A ce moment-là, l'idéologie française nourrissait toujours sa caution morale officielle qui fût écoutée bon gré mal gré par les Bretons, hélas, là aussi. Les Bretons ont-ils été séduits ? Il est difficile de l'affirmer. Cependant, les conséquences de la seconde guerre mondiale, sur les populations, ont dû peser lourdement dans l'activation de cette caution morale française sur les esprits ?


(15) « Les conteurs » André VOISIN,1971.


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B-Le 2ème Emsav opposé au jacobinisme implose.


On constate l'opposition des différentes parties de l'Emsav qui jusqu'alors, prenaient part au sauvetage de la langue bretonne : L'Église, le parti communiste et Breizh Atav. Ils étaient, avant la seconde guerre mondiale, tous d'accord pour la sauvegarde du breton.

Mais, au moment de la seconde guerre mondiale ils ont tous évolué contre l'intérêt de la langue bretonne.

Certains qui ont collaboré et adopté l'idéologie nazie ont contribué à créer une image très négative de l' idendité bretonne dont celle de la langue elle-même.

De son côté le Chanoine FALC'HUN, représentant de l'Église, a créer au lendemain de la guerre, une écriture nouvelle du breton afin d'éliminer le peurunvan qui devenait une résistance trop forte à l'idéologie jacobine française.

De plus, le parti communiste a complètement changé sa politique vis-à-vis des minorités et, par conséquent, des langues. Par rapport à cela, le parti à décidé d'aider le Chanoine FALC'HUN dans sa promotion de l'écriture contre le peurunvan.

La fin de la guerre pouvait être une période dangereuse pour ceux qui ne seraient pas du côté de l'autorité française ou qui auraient des comportements à se voir reprochés. Des choix ont donc été faits par les composantes de l'Emsav en accord ou bien en opposition complète avec les autorités françaises et toutes ont malheureusement mis en péril l'avenir de la langue bretonne.


C-Contradiction entre l'identité des Bretons et le projet républicain:

Les influences décrites ci-dessus en se heurtant, ont pu rendre très difficiles les efforts faits pour sauver la langue bretonne. En effet, la caution morale française obligeait à la disparition des langues minoritaires et le « peurunvan » s'est alors placer en situation d'opposition évidente à l'idéologie française basée, en ce qui nous concerne, sur la disparition politiquement programmé du breton. Un dilemme qui peut expliquer le silence qui règne autour de la langue bretonne aujourd'hui encore. Comment peuvent se comprendre ceux qui ont adopté le projet républicain et ceux de leurs propres enfants qui estimaient juste d'être élevé en breton ? On perçoit ici une coupure intergénérationnelle qui reste bien silencieuse aujourd'hui encore...

N'y a-t'il pas ici une contradiction entre l'identité des Bretons et le projet républicain qui naît à la fin du 19ème siècle ?

Voici a propos des conséquences des lois J FERRY au moment de la IIIème république, une phrase que l'on peut lire dans la thèse de Anna TRESOHLAVA (22) : « Le monolinguisme devient la doctrine de l'État, quiconque s'y oppose devient (idéologiquement) suspect. » ; cette opinion est tirée de l'ouvrage collectif « Histoire sociale des langues de France », paru en 2013, écrit avec la participation de 70 universitaires, sous la direction de Georges KREMNITZ sociolinguiste réputé au niveau international..

Ainsi la mise en pratique du peurunvan au moment de la seconde guerre mondiale s'opposait de fait à la doctrine d'état décrétée sous la troisième république (1870 – 1940), puisqu'elle tentait de standardiser la langue bretonne, et de lui offrir une possible reconnaissance.

On peut peut-être considérer que l'écrit standard à été bien muselé dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale avec, comme « laisse » efficace, les liens de certains membres de l'Emsav qui ont pu être accusés de collaboration avec les Allemands.

Comme en témoigne (RD): « Ce n'était jamais très bien accepté, un jeune qui parlait breton pouvait être suspecté de sympathie avec le nazisme ou autre bêtise du genre autant par les sympathisants de gauche que de droite. »

(22) « Situation socio-linguistique actuelle en Bretagne», Thèse de Anna TRESOHLAVÀ.


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Cependant, le peurunvan s'est tout de même répandu et quand il a été adopté par Diwan au début des années 80 alors qu'il existait l'écrit de l'université de Brest, on peut imaginer la stupeur d'une partie de la population bretonne.

A ce niveau, il est intéressant de focaliser sur le choix politique breton au tout début de la troisième république et tenter de montrer la contradiction entre l'identité bretonne et les conséquences du choix politique effectué... et en même temps expliquer, peut-être, une bonne partie de cette stupeur...


Premier phénomène : Avant la transformation politique de la Bretagne, c'est-à-dire dans son « acceptation » de la République française, la langue bretonne est devenue un enjeu de pouvoir ; d'une part il est protecteur pour les conservateurs et d'autre part il est éminemment réactionnaire pour les républicains. La république n'est toujours pas acceptée à cette époque-là.

Voici ce que dit le collectif des professeurs d'histoire : Jean Christophe CASSARD, Loeiz LE BEC et Jean-Jacques MONIER (37) dans « La révolution et les Bretons, élan et déception » « Les Cahiers du Peuple Breton n°3 »

« La langue bretonne rejetée dans le camp de l'obscurantisme, devient un enjeu idéologique pour l'Église et une partie de de la noblesse qui tentent au siècle dernier de l'ériger en muraille de chine contre la pénétration des idées nouvelles : ces tentatives d'arrière-garde renforcent la conviction des républicains qu'elle est par essence réactionnaire comme toute la civilisation qui l'entoure, et les poussent donc à amplifier leur combat au nom des idéaux révolutionnaires de « progrès » et d'extension des « lumières ».

Au passage, cela explique peut-être pourquoi la première école de formation des maîtres, les hussards noirs de la République, se situait à Rennes. Peut-être pour qu'ils soient mieux installés au cœur de leur cible...


2ème phénomène : Après avoir refusé la politique républicaine, notamment sur la question religieuse mais aussi sur celle de la politique colonialiste mise en place vers la fin du 19ème siècle, les Bretons finissent par voter à gauche ( républicain ) au début du XXème siècle. Il faudrait vérifier la motivation du vote breton et particulièrement les raisons qui y sont associées : Les conservateurs, dans leurs attitudes, ont-ils poussés les Bretons vers l'adhésion à la République ? L'idéologie jacobine a t'-elle, à elle seule, séduit la population ou bien est-ce l'ensemble de ces deux questions qui, sur fond de luttes sociales, auraient renversé le monde politique en Bretagne ?

Voici ce qu'écrit Patrick GOURLAY, professeur d'histoire dans « la Bretagne en 1914 » (38) :

« Malgré les tensions politiques très fortes liées à l'application de la séparation de l'Église et de l'État (1905), le courant favorable à l'acceptation du régime républicain ne fut pas remis en cause. L'implantation de la République est l'aboutissement d'un long combat contre les conservateurs. Mais c'est à une République modérée que la majorité des Bretons adhère dans les années 1900. Cela est favorisé par le ralliement de nombreux catholiques, influencés par Albert de Mun. La voix de ces catholiques républicains s'exprime désormais dans le nouveau quotidien rennais L'Ouest-Eclair (1899).

A côté des agents de l'État qui diffusent l'idée républicaine, La dépêche de Brest, l'Avenir de Rennes, le Phare de la Loire à Nantes participent à la consolidation du régime qui, en 1914, n'est plus contesté que par une minorité de nobles souvent membres de l'Action française. En 1914, les républicains gagnent les grandes villes : Nantes, Brest, Rennes, Lorient, Saint-Malo, Vannes. Dans les cités ouvrières le mouvement syndical s'est développé, comme les idées socialistes. Brest est la première grande ville bretonne dirigée par ce parti (1904). Le premier député socialiste breton y est élu en 1910. »

(38) « La Bretagne en 1914 », Patrick GOURLAY, professeur d'histoire.

(37) « La révolution et les Bretons, élan et déception », Jean Christophe CASSARD, Loeiz LE BEC et Jean-Jacques MONIER dans « Les Cahiers du Peuple Breton n°3 »


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3ème phénomène : La gauche Française est purement jacobine, anticléricale et colonialiste trois caractéristiques qui s'opposent à l'existence du peuple Breton au début du 20ème siècle. Le vote est donc contradictoire et même suicidaire pour l'identité bretonne. On peut donc imaginer que l'injustice sociale ait pu pousser les Bretons à remplacer leurs anciennes élites.

Concernant la position idéologique de la gauche française, Loeiz LE BEC écrit, dans « La révolution et les Bretons, élan et déception » 1989 (37)

«...pourtant, la gauche française ... demeure jacobine dans son ensemble, elle s'accroche à son modèle d'état obsolète, alors que la plus part des états de la C.E.E. se régionalisent ou se fédéralisent. L' État et sa raison, la raison d'État, voilà ce qui lie la gauche à sa structure bourgeoise de commandement organisée par Robespierre et Napoléon, belles références démocratiques ! La gauche ne veut en France ni critiquer, ni changer les structures de cet état qui la fascine ; Elle lutte contre le capitalisme mais pas contre l'état qui le soutien et le défend. Aberration politique absolue si on ne savait pas que les hommes de la gauche française sont partisans d'une politique de puissance nationale tout azimut, interne et externe,*** analogue à celle des Français de droites qu'ils combattent sur d'autres terrains. Attaquer, critiquer l'état en France, vous n'y penser pas, c'est un tabou politique ! L' État centralisé, se renforce donc depuis 1789. Il crée au cœur de la démocratie française un centre autoritaire et irresponsable dont le pouvoir pour le pouvoir est la seule loi ; Les luttes politiques modernes de l'hexagone entre la gauche et la droite, continuent à s'emparer légalement de ce pouvoir, dans le but essentiel de le diriger contre l'adversaire de classe, jamais pour le transformer en vu du bien de tous et surtout des peuples périphériques que cet état, depuis deux siècles étouffe de son mépris. »

*** à ce propos, voici ce que disent GESLIN Claude et SAINCLIVIER Jacqueline, «  La Bretagne dans l'ombre de la IIIe République (1880-1939) », Rennes, Éditions Ouest-France, coll. Université, 2005 , (39)

«...Les camps cependant se reconstituent à propos de la politique coloniale, les républicains y étant favorables, la droite y restant dans l'ensemble hostile. Ainsi le scrutin visant, le 24 décembre 1885, à accorder des crédits destinés au corps expéditionnaire du Tonkin ( qui n'obtient qu'une courte majorité sur le plan national avec 273 votes positifs contre 267 ) ne recueille les votes que de 9 députés Bretons ( contre 33 ). »

La Bretagne est donc contre le colonialisme... Mais votera républicain peu de temps après..... Or « ...les hommes de la gauche française sont partisans d'une politique de puissance nationale tout azimut, interne et externe, »


La question est : le socialisme français a t-il évoluer au cours du siècle ?

On peut dire que non quand en 1971, Yves PERSON (17) témoigne très bien des barrages politiques aux tentatives de régionalisation proposées par Jean-Jacques SERVAN SHREIBER. Des oppositions s'élèvent dans son propres parti « Mr Servan Schreiber veut démanteler l'État. Substituer à un pouvoir national fort un ensemble de pouvoir principaux, c'est faire d'un coup une marche en arrière de plusieurs siècles » (le monde 19 mars 1970 ) ;  Mais à gauche et dans le parti radical lui-même,..., certains jouent à peu-près le même air. Dès le 15 novembre, le dr Bertran, président de la fédération radicale des Vosges invoque la tradition « jacobine » et s'inquiète pour l'unité nationale. M René Billières, ancien président du parti radical, hésite à assister au prochain congrès et M Marcel Perrin, ancien député du Vaucluse, déclare que : « La division de la France en régions me paraît absolument contraire aux traditions de la grande Révolution française et ramènerait la France à l'Ancien Régime. » ( Le Monde 27 novembre 1970 )

(37) « La révolution et les Bretons, élan et déception », Jean Christophe CASSARD, Loeiz LE BEC et Jean-Jacques MONIER dans « Les Cahiers du Peuple Breton n°3 »

(39) « La Bretagne dans l'ombre de la IIIe République (1880-1939) », GESLIN C et SAINCLIVIER J

(17) Conférence de Dakar Y PERSON devant le foyer Breton le 7 déc1970. Ar Falz , n°1 33ème année.


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On peut prévoir qu'à l'extrême gauche, certains se préparent à l'accuser de vouloir livrer les régions aux notables réactionnaires, voire à l'impérialisme. Quant à l'extrême droite, elle vient de se manifester en malmenant physiquement le coupable à Anger.»

...

« On retrouve ainsi une situation classique en France depuis que le régionalisme existe : la droite le rejette comme danger de l'unité nationale et la gauche comme rétrograde et passéiste »

Or comme l'explique encore Y PERSON, ces réactions de rejets sont typiquement françaises. Cela illustre la schizophrénie du système politique français dont parle Yves PERSON.

« Je crois qu'il est permis de dire que notre pays présente un caractère très particulier. La France est une nation schizophrène et la plupart de ses mythes s'expliquent ainsi...»

Je crois que l'on peut prendre le cas de la gauche française pour illustrer cette schizophrénie. Pourquoi la gauche plus particulièrement ? Tout simplement parce que les Bretons ont voté, au début du XXème siècle, en faveur des républicains, c'est-à-dire pour la gauche française de l'époque.

Ainsi, on se trouve en présence d'une gauche porteur de valeurs sociales, ce que l'on comprend. Mais, on se trouve aussi en présence d'une gauche instigatrice de la pensée colonialiste... Alors, on ne comprend plus ! Sauf à percevoir en fait une double personnalité politique de l'idéologie de la gauche en ce qu'elle prétend rendre plus juste la vie de chacun tout en lui refusant son appartenance identitaire... Vous ne pouvez être que Français... Le reste n'existe pas ou appartient au passé.


Par extension, cette schizophrénie politique n'explique t-elle pas le silence du peuple Breton quant à sa capacité de vivre sa nationalité Bretonne ?... On peut le penser puisque les Bretons, en votant pour les républicains, ont donné un blanc-seing à l'idéologie jacobine, leur supprimant du même coup la possibilité de revendiquer leur nationalité bretonne. Et cela même s'ils souhaitaient une république modérée comme le précise plus haut Patrick GOURLAY.

Quand on prend en compte les explications de Y PERSON, on comprend l'impasse politique dans laquelle se sont engouffrés les Bretons. Mais plus largement, on observe que tout l'échiquier politique français baigne dans cette idéologie, malheureusement réalisée jusqu'à aujourd'hui, du rejet irrationnel de l'identité des peuples originels de l'hexagone.

Ce rejet global de la classe politique française, s'explique par les notions de citoyenneté et de nationalité confondues par les constituants. C'est une des clés du problème des identités en France.


Voici l'avis de Per HONORE qui témoigne pour l'organisation « Ar FALZ » dans le film « Yezh ar vezh », archivé à la cinémathèque de Bretagne (40):

« La confusion en France n'est pas innocente, elle est bien voulue. L'appartenance à un état, à une société, ça s'appelle la citoyenneté et puis d'autre part, il y a l'appartenance à une communauté humaine naturelle qu'on appelle une nationalité... La nationalité ça n'est pas l'appartenance à un état obligatoirement, c'est l'appartenance à ce que qu'on appelle justement une communauté humaine réelle, vécue. »

Malheureusement, tout ceci s'oppose à l'« anti-communautarisme français »... Il serait intéressant de savoir à partir de quel moment, s'est forgé ce terme, par qui et pourquoi ?... Cette idéologie ne supporte pas le débat et, dans son caractère essentiellement péjoratif, elle est probablement faite pour déguiser la pensée nationaliste en France... Ainsi, on peut l'imaginer comme une sorte de bouclier idéologique aux critiques sévères sur l'irrationalité de la classe politique française...

(40) film «Yezh ar vezh », Pêr HONORE qui témoigne pour l'organisation Ar FALZ ; archive de la cinémathèque de Bretagne.acqueline,Rennes, Éditions Ouest-France, coll. Université, 2005.


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Par opposition, si l'Angleterre a aussi exercé une volonté destructrice envers des cultures, dans certaines de ses colonies ( Irlande, Canada...), l'Angleterre n'a jamais fait l'erreur d'ignorer les peuples et il existe, de fait, des possibilités d'évolution que l'on observe depuis longtemps et aujourd'hui encore pour les Ecossais, les Gallois, et même les Irlandais. Des évolutions qui se font, dans le cas du Royaume Unis, d'une façon démocratique...

Ainsi, la langue bretonne qui se meurt au début de notre génération n'est plus dangereuse pour l'état jacobin. En revanche, le «peurunvan» qui relance, dans les années 80, l'idée de la survivance du breton pouvait apparaître à ses débuts comme une issue aux idées jacobines et donc une action contre le système républicain français. De fait, l'accueil agressif fait aux écoles Diwan n'est plus un étonnement.

Quoiqu'en disent les détracteurs de la langue bretonne, la standardisation du breton par le «peurunvan» est le prolongateur de la langue de nos aînés. De fait, il construit le multilinguisme et il légitime l'identité bretonne qui est un rempart à l'uniformisation culturelle. De même, il rappelle aussi que la Bretagne fait partie des minorités nationales; terme que le langage politique a tenté et tente toujours d'étouffer.


***


D'autre part, la transmission de la langue à été arrêté par des bretonnants de naissances. Et, en même temps, le «peurunvan» devenait de plus en plus prégnant. Cela ne devait pas être facile pour les bretonnants de voir le breton changer de forme sans prendre part à cette évolution... Cela aurait-il pu, aussi, renforcer la diglossie entre le breton standard et celui de nos aînés? Personne ne le sait, mais une chose est sûr, c'est qu'il n'y a pas eu d'entente de caractère pédagogique mise en place à la fois par nos aînés et par les promoteurs du «peurunvan». Hélas, là encore, pour la langue bretonne. Et hélas aussi pour notre génération.

L'avenir du breton standard, dans sa capacité à sauver la langue bretonne est un véritable test pour la conscience de l'identité bretonne. En effet, on reproche par exemple au peurunvan son éloignement du breton parlé. Mais je crois plutôt que cette différence systématiquement mise en avant sert surtout à empêcher les Bretons d'être Bretons; En fait, il ne s'agit pas de dire qu'il faille parler breton pour se sentir Breton mais il s'agit de reconnaître l'importance de la langue dans la connaissance de son identité. Se sentir Breton à travers l'existence de la langue parlée par son voisin, par un jeune neveux, par la grand-mère d'une collègue de travail..., est une réalité. Les noms de famille ou la toponymie, participent du même sentiment. Cela n'oblige pas à son apprentissage. Cependant on s'y réfère consciemment ou inconsciemment. Si la langue meurt il y a de forts risques que l'identité meurt avec elle.

Anna TRESOHLAVA écrit dans sa thèse(22):

«Comme nous pouvons très bien voir dans l'exemple de la population bretonne, la langue peut avoir son importance comme symbole ethnique, sans pour autant être parlée ou même comprise par la majorité de la population. Dans de nombreux cas, comme celui-ci, l'existence symbolique d'une langue autochtone suffit pour constituer parfois un des plus forts éléments identitaires. M. Eastman et T. C. Reese parlent dans ce sens du concept déjà mentionné de langue associée. Cette langue est donc associée avec le groupe ethnique, sans devoir être le moyen de communication du groupe donné (Hoare 2003 : 81).»

(22) « Situation socio-linguistique actuelle en Bretagne » Thèse deAnna TRESOHLAVÀ.

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Le problème actuel pour notre génération est de savoir composer avec deux références ; celle de nos aînés ( la vie d'autrefois et la langue parlée ) mais aussi, celle de la jeunesse ( la vie moderne et le breton standard )... Nous sommes dans un « No Man's langue » parce que nous sommes incapables de passer au-dessus de la diglossie interne à la langue bretonne. C'est pourtant notre génération qui est la seule capable de l'arrêter... Et de ce point de vue, l'avenir de la langue bretonne dépend de nous. En quelques sortes, il est nécessaire de rassembler l'« autrefois » et l'« aujourd'hui » pour assurer une évolution sereine de la langue bretonne.

Quand à la problématique politique, il serait intéressant de mesurer la capacité de la population bretonne à savoir prendre ses distances... et à sortir de son propre « tabou » qui ne lui permet pas, aujourd'hui, d'être elle-même.


***


Finalement, ce qui a été difficile pour notre génération vient de la « double diglossie » que l'on a traversé sans même pouvoir prendre position, du fait de notre jeunesse.

- La première, ( plutôt un bilinguisme colonial ) décidée politiquement par la France s'apparente davantage à un « un ethnocide » comme nous l'explique Philippe BLANCHET.

- L'autre est une diglossie véritable qui s'est construite sur l'attitude des Bretons eux-mêmes, avec la première qui a probablement renforcé la seconde...

Nos grands-parents et nos parents ont été rattrapés par l'hégémonie française sur leur propre langue. Et nous-mêmes, sommes devenus les victimes de: « l'unicité linguistique ... pilier de l'unité nationale, pensée comme ne pouvant fonctionner que sur la base d'une unification / uniformisation de la population», le dernier stade du processus imaginé par l'Abbé GREGOIRE.(32)


On peut donc penser que la génération de personnes nées juste après la deuxième guerre mondiale est une « génération perdue » en ce qui concerne la culture bretonne et plus grave encore, on peut constater pour cette générations des traces de  « mal-être » psychologiques liés à la perte de leur identité.

Ils sont pourtant, les derniers qui ont pu vivre selon le modèle d'autrefois. De fait, ils sont donc les meilleurs témoins que l'on peut encore trouver sur les changements de la société bretonne...

Après le « symbole » pour nos grands-parents et nos parents, l'école s'est tue... Et, elle n'a rien fait ou presque pour encourager les jeunes à se ré-approprier leur langue. Jusque dans les années 1980, le silence était la règle ce qui confirme le rôle négatif des responsables scolaires en ce qu'ils tenaient la langue bretonne comme quelque chose d'insignifiant, ou même d'inexistant. La loi Deixone, en 1951, permettant l'introduction des langues et cultures régionales tout au long de la scolarité... Plusieurs circulaires ministérielles, jusqu'en 1976 pour la mise en place de la Loi. Puis le décret Guichard en 1971, permettant la mise en place de cours en langue régionale rémunérés au lycée, marquent le début d'un enseignement bilingue mais cela est resté dérisoire ou presque compte tenu des graves dommages causés aux langues régionales jusqu'alors. 

Les institutions laïques et plus tardivement les institutions catholiques ont gommé le breton de l'esprit de la jeunesse. 

Il faut, cependant, mentionner l'action de l'évêque de Quimper, Mgr DUPARC en 1930, "  qui ordonna l'enseignement du breton, de l'histoire et de la géographie de la Bretagne dans les écoles chrétiennes de l'évêché..." Ordres renouvelés en 1936. ( "Iliz hag Emsav" Gwenaël MAZE pages 78 à 85  )

Si l'évêque de Quimper s'est avéré être un ardent défenseur de la culture bretonne et de sa langue, particulièrement vis-à vis de la jeunesse, il n'a pas su défendre l'esprit breton qu'il revendiquait et répondre en même temps à sa mission de relever le catholicisme mis à mal par la IIIème République. 

"Dislavar leviadurezh an Ao DUPARC a c'haller krennañ evel-henn: diouzh un tu e rank Breizh bezañ parzh eus Frañs evit he adkatolikaat; Diouzh un tu all, ar gatoligiezh en ur Vreizh parzh eus Frañs zo kondaonet d'an diskar. Un arnod eo "spered breton" an Aotrou DUPARC evit dont er-maez eus an dislavar-se."( "Iliz hag Emsav" Gwenaël MAZE pages 98 à 99 )

Ou en français:

" La contradiction de la politique de Monseigneur DUPARC peut-être résumée ainsi : d'un côté la Bretagne doit être une partie de la France pour lui redonner son catholicisme ; d'un autre côté le catholicisme dans une Bretagne partie de la France est condamnée à la disparition; C'est une épreuve pour "l'esprit Breton " de Monseigneur DUPARC afin de sortir de cette contradiction"

On comprend alors que la politique anti-cléricale menée par la IIIème République et qui mettait en danger le catholicisme ait pu amener l'Eglise à se rapprocher du régime de Vichy d'autant plus que le gouvernement du Maréchal PETAIN donner à  croire qu'il y aurait un avenir pour les anciennes Provinces.

Mais, placée la Bretagne sous les principes du régime de Vichy pour sauver l'esprit Breton et le catholicisme en France à été finalement un échec.  Le breton de l'Eglise n'était pas celui de "Gwalarn", le régime de Vichy, accusé, représentait l'ancien monde et la République reprenait son pouvoir au lendemain de la guerre... 


Un silence aussi dans la population à propos du breton ; Cela m'amène à penser qu'il y avait un tabou dans la société bretonne et qu'il était préférable pour les gens de laisser les choses où elles en étaient. Ce tabou est toujours d'actualité et s'appuie, il me semble, sur le rôle des partis politiques que j'ai tenté d'évoquer dans les pages précédentes...

Pour apprendre la langue, de nos parents il fût nécessaire d'attendre un changement de mentalité qui prend son origine dans les années 70. Des avancées précieuses grâce à une poignée de personnes qui ont créé « Diwan », malgré les difficultés et les oppositions, comme d'autres qui ont cherché obstinément à creuser le chemin du bilinguisme. Une lutte politique a aussi eu lieu en Bretagne, jusqu'en 2004, pour obtenir un statut de langue officielle. Cette reconnaissance par les Bretons eux-mêmes qui a pris beaucoup de temps, est arrivée bien trop tard pour nous.

(32) « Entre droit et glottophobie, analyse d'une discrimination instituée dans la société française » Philippe BLANCHET, Professeur de sociolinguistique et didactique des langues. Les cahiers la LCD vol 7, n° 2.2018. pp 27-4.


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Le breton standard a divisé notre génération à cause de ses différences avec le breton bigouden, pour ce qui nous concerne. Ainsi un certain nombre d'entre nous ne sont pas prêts à accueillir le « peurunvan ». C'est malheureusement un véritable frein qui gêne les Bretons pour recouvrer leur langue...

Il est vrai que l'écriture du peurunvan ne permet pas d'entendre les sons nostalgiques de notre enfance.

Mais est-ce là le véritable enjeu ? N'est-il pas plutôt question de mettre un terme à la coupure inter-générationnelle, démarrée au tout début de notre génération et de permettre à nos jeunes de retrouver la culture dont on nous a nous-mêmes détournée ?

De son côté, est-ce que le « peurunvan » changera quelques unes de ses règles comme le conseille fortement Jean-Claude LE RUYET ( Skol vBreizh, 2012 ).

« Ne pas avoir peur du changement. Porter un regard critique sans tabou. »

« A ceux qui crient au "saccage" de l'orthographe que pourrait constituer la moindre modification du Peur-unvan-1941 en l'état, on peut désigner un autre saccage : celui de la langue parlée quand il est induit... par l'orthographe elle-même ! Mais, en réalité, il est parfaitement inutile de mettre sur pied ou d'adopter un nouveau système orthographique. (...) Il faut se baser sur le système unifié existant et majoritairement utilisé, car un système unifié est indispensable au breton aujourd'hui. (...) Le travail à faire, c'est de gommer ce qui, après 70 ans d'expérience, se montre contre-productif ». (41)

C'est peut-être cela qui pourrait nous rapprocher de l'esprit de nos aînés...

Mais outre l'amélioration du « peurunvan », dans quel stade se trouverait l'état du breton aujourd'hui si il n'y avait pas eu l'écriture moderne du breton ? Il n'y aurait plus qu'une langue malade accompagnant les derniers bretonnants. Aujourd'hui, les jeunes peuvent, s'ils le souhaitent encore, retrouver l'intimité de la « vieille langue ». Une langue un peu déséquilibrée qui peut se teindre à nouveau des particularités de la langue parlée. La diglossie qui a commencé avec nos parents est à dénouer maintenant. Et, cela dépend de l'attitude des Bretons vis-à-vis de leur langue dont fait éminemment partie l'attitude globale de notre propre génération.

Ainsi, je me sens moi, responsable d'encourager les jeunes à se ré-approprier la culture de leurs aînés et à composer avec ce malheureux déclin de la langue. Je crois aussi qu'il n'est pas nécessaire de parler breton pour cela.

Il s'agit surtout d'une prise de position que les jeunes doivent nettement percevoir ; une prise de position de leurs aînés à eux, c'est-à-dire notre propre position, qui va à l'encontre de celle de nos parents à nous.

Le mélange des histoires, celle du pays, celle de la langue et celle des gens est véritablement compliqué mais ce qui s'est passé, justifie pleinement la survivance de la langue bretonne. C'est une cause juste et terriblement moderne compte tenu de l'uniformisation qui risque de formater nos enfants.

(41) Jean-Claude LE RUYET, écrivain (Skol vBreizh, 2012).


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D-De véritables obstacles ont été dressés sciemment pour nous empêché d'apprendre la langue bretonne : Qui en porte la responsabilité ?


Quels obstacles ?

- L'acculturation qui est le premier responsable selon moi... et qui continue son œuvre aujourd'hui.

- Les seconds, intimement liées au premier, sont « la caution morale officielle française » et la « modernité » qui se heurtaient à la société bretonne... On peut ici parler de colonialisme... et aujourd'hui de mondialisme, soit de néo-colonialisme.

- En troisième lieu le manque de discours officiel en Bretagne qui aurait pu et dû convaincre les gens qu'il était primordial de garder vivants le breton et le gallo. Après l'aventure du CELIB, la Bretagne allait sortir de la pauvreté... Qu'est-ce qui empêchait, la population bretonne, dans les années qui ont suivi, de reconsidérer le breton à sa juste valeur dans la société ? Rien, si ce n'est l'influence de l'état français par l'entremise de ses groupes politiques, qui n'offrent de la république que la seule image pyramidale que l'on connaît.

- Puis, le fait de considérer les idéologies comme des vérités... Pourquoi les gens ont-ils donc besoin d'un prêt à penser pour s'autoriser à vivre... alors que d'une manière naturelle, ils possèdent un véritable garde-fou en ce qu'ils se sont adaptés, au cours du temps, à leur environnement et ont su ainsi constituer, leur culture, base de leur vie commune.

- Enfin, la perte de repères culturels a rendu la population bretonne « légitimiste » vis-à-vis de l'état français et de fait, elle a perdu le sens de la « démocratie bienveillante ». Son sens critique émoussé a accepté sans discuté le carcan politique qu'on nous impose. Ce sont en fait les expériences populaires et audacieuses, de l'enseignement du breton comme celle du renouveau de la musique et de la danse en Bretagne qui ont remplacés l'action de nos responsables politiques, et économiques. Ainsi, ce sont des militants et des artistes qui ont su rendre aux Bretons ce que l'État leur a toujours refusé : la conscience de leur identité.


Qui?

- Les institutions françaises...

- Des bretons et des bretonnes devenus opérateurs du changement au beau milieu de la population.

- Les pouvoirs : le monde politique qui a apporté des idées, dites, modernes. Ces groupes politiques sont directement responsables du passé colonial français en ayant véhiculé des idéologies néfastes qui prennent appui sur le racisme scientifique... Le racisme de la raison qui autorisait tout... Dont la destruction des langues et le mépris des cultures. De même l'Église catholique française qui, à un certain niveau de sa hiérarchie, a lutté contre ces idées modernes bien plus pour son avenir et celui du catholicisme qu'elle ne semble l'avoir fait pour défendre la langue bretonne.

Le breton était un enjeu pour les pouvoirs mais il n'était pas leur but et pour certains pouvoirs il fallait faire disparaître la langue bretonne, comme les autres langues d'ailleurs.



E- Réponse à la question :

Le point de vue de Fañch BROUDIG est-il vrai quand il écrit la phrase suivante ? (3) ; « Leur connaissance du Breton est, le plus souvent résiduelle, et ne constitue guère, en l'état actuel des choses, un point d'appui pour le maintien ou pour la progression de la langue régionale »


1) Sur le terrain de la langue parlée:

Des efforts ont été fait par un bon nombre d'entre nous ; 43 % ont amélioré leur breton. Cependant une autre partie, 23% a perdu un peu de son breton. Aussi, malgré les efforts qui ont été fait jusqu'à présent, le nombre de locuteurs dans notre génération reste trop faible pour aider directement l'avenir de la langue bretonne. A ce niveau-là, Fañch BROUDIG a raison, jusqu'à aujourd'hui tout au moins.

(3) « Parler breton au XXI siècle » Fañch BROUDIG, écrivain, journaliste.


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Cependant, ce n'est pas toutes les personnes de notre génération qui ont une « connaissance du breton,...,le plus souvent résiduelle ». Beaucoup comprennent très bien le breton bigouden sans pour autant l'utiliser, malheureusement : 55%

Et, l'envie de faire plus avec le breton est une réalité: d'après la question 12-1 Seriez-vous prêt(e) à apprendre un peu plus de breton ?, il y aurait 62% de personnes qui aimeraient aller plus loin avec la langue bretonne dont 9% d'entre-elles intéressées « exclusivement » par le breton bigouden. Pour l'heure, le nombre de locuteurs reste le même mais l'écrit est mieux connu ainsi que la compréhension surtout... Dans les faits, la prise de position de nos aînés vis-à-vis du breton n'est donc pas vraiment admise. 43% des personnes ayant souhaité améliorer leur breton est un chiffre important et il démontre un sentiment inverse de celui de leurs parents vis-à-vis de l'avenir du breton. En revanche pouvoir l'exprimer ouvertement ou mettre des mots sur ces différences de position reste probablement très difficile...Cela me semble pourtant un travail à faire sur nous-même car la langue bretonne n'y est pour rien.

Pour certains, le breton standard est un frein à l'envie d'aller plus loin avec le breton, d'autant plus que le breton est considéré par beaucoup comme une langue orale. C'est-à-dire, qui émane de quelque chose de très vivant vécu par notre génération pendant notre enfance, notre adolescence... Les grands-parents, par exemple, sont très importants pour une très grande partie d'entre nous. Voilà pourquoi, certains ont effectué leurs efforts, pour améliorer leur breton, grâce à un parcours plus individuel, sans l'aide du breton standard, trop éloigné, selon eux, de la langue de leur enfance...

Pour eux, il y a des conditions pour (ré)apprendre le breton:

- par exemple, créer des leçons sur le breton bigouden, proposées par des enseignants compétents sur la langue du pays

- offrir des causeries en bigouden avec des gens du pays

- il est ici nécessaire de mentionner qu'ils ne sont intéressés ni par la lecture, ni par l'écrit. Mais une fois la porte ré-ouverte sur la langue bretonne qui peut savoir jusqu'où ces personnes pourraient finalement s'investir ?

Cependant, il y a une autre partie de notre génération qui utilise déjà le breton standard, 17%. Ils sont plus tournés vers la Bretagne dans son ensemble et ne sont pas seulement intéressés par la société bretonne de notre jeunesse...


2) Concernant l'avenir de la langue bretonne.

La mentalité change, surtout quand il est question de son avenir. Voici les thèmes qui ont suscité le plus de réponses, jusqu'à 80% de participation:

- L'image de la langue : 96%

- La diversité linguistique contre l'uniformisation : 81,5%

- La langue bretonne et le monde économique : 80%


A propos des questions, précisément, jusqu'à 75% de participation, par ordre décroissant :

- Le sauvetage de la langue : 96%

- Garder l'identité bretonne vivante : 88%

- Faire du breton une langue officielle: 84%

- Apprendre plus de breton et pourquoi le faire : 82%

- L'emploi en langue bretonne : 80%

- La langue est une marque d'identité d'un peuple : 75%

- Les enfants ont-ils appris le breton : 75%.

A ce stade, on voit clairement que les personnes sont très sensibles à l'avenir de la langue... Bien évidemment, les réponses sont différentes selon les questions mais les résultats sont nets; Par exemple, « garder l'identité bretonne vivante »: Oui jusqu'à 96%

Ajouté au chiffre assez important de « 43% des personnes qui ont amélioré leur breton », cela me permet donc d'insister sur l'opposition qui existe entre la « conception » de nos parents en ce qui concerne la place de la langue bretonne dans la société d'hier et la nôtre aujourd'hui. Je crois qu'il est important que chacun puisse s'en rendre compte et mesure l'immense tâche qui reste à parcourir.


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Voici une remarque de F FAVEREAU vis-à-vis de la langue et de son abandon :

« La réaction de la population est bien difficile à sonder un siècle plus tard, même si l'on admet qu'elle adhéra à l'idéologie du « progrès » de la République sociale, tout en conservant sa langue, dans un premier temps, peut-être plus grâce à sa force d'inertie, que par choix délibéré » (9)

Dans un compte rendu réalisé sur l'ouvrage d'Eugène WEBER « la fin des terroirs, la modernisation de la France rurale 1870 - 1914 » (42), Marc ABELES propose une réponse à l'interrogation de F FAVEREAU , en voici un passage :

« D'après l'histoire officielle, l'unité de la France est une conquête de la révolution ; en fait tous les témoignages concordent et montrent le peu d'enthousiasme soulevée dans les Provinces par les guerres du Second Empire. Le patriotisme pouvait-il avoir un sens pour des populations qui apparaissaient, en 1847, à Adolphe BLANQUI « plus soustraites à l'influence française que celle des Îles Marquises ? » Tout se passe comme si les Français avaient difficilement assimilé leur propre identité. L'unité nationale serait alors moins le fruit d'une mobilisation collective des énergies, comme l'accréditait une certaine image post-révolutionnaire que l'effet d'un vaste et lent processus de colonisation intérieures.»

Par ailleurs, que dire du terme « République sociale ». Ne semble t'-il pas légitime de poser la question suivante : quelle est la valeur de cette république dite sociale quand le prix à payer est l'effacement inconditionnel de sa propre identité en tant qu' individu appartenant à une communauté dite "minorité nationale"?????

Aujourd'hui, nous sommes passés d'une situation où une large majorité de Bretons, bretonnants d'enfance, ont abandonné leur culture à une situation où des Bretons, en partie « débretonnisés », souhaitent recouvrir leur langue ou, pour le moins, qu'elle reste bien présente dans l'avenir de la société bretonne. Cette situation peut paraître aberrante pour certains et pourtant les enjeux sont tels que ce souhait est non seulement raisonnable mais doit absolument aboutir. L'avenir du breton repose sur la société bretonne entière et pas seulement sur la jeunesse. Et, on peut se poser la question suivante:

Avec l'ignorance, quasi absolue, des jeunes Bretons d'aujourd'hui sur leur héritage, quelle est l'attitude à adopter ? Continuer dans le sens de nos parents et laisser étouffer doucement la langue bretonne ? Ou mettre en pratique le fait que finalement nous voyons aujourd'hui un avenir totalement différent pour la langue bretonne en comparaison de celui de nos parents?

La première réponse nous fait complice d'un système hégémonique ; si, en leur temps, nos parents pouvaient ignorer les conséquences de leur choix, il se trouve en revanche, qu'aujourd'hui, nous nous savons... Ainsi, n'avons-nous pas le devoir d'expliquer aux jeunes quel est leur héritage. Je le crois véritablement. Une langue n'appartient pas à une génération. Elle est un vecteur de la culture d'un peuple et le témoignage de son savoir. Je ne vois aucune raison pour que ce savoir disparaisse et ou soit interdit, de fait, à nos enfants. Bien au contraire.

9) « Langue bretonne, nation française, république jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU, Revue internationale d'éducation de Sèvres [En ligne]

(42) « La fin des terroirs, la modernisation de la France rurale 1870-1914 », Eugène WEBER, compte rendu de Marc ABELES.


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Dans vos réponses, certaines choses exprimées profondément précisent le point de vue général de notre génération. Et, cela peut aider l'avenir du breton car ce point de vue est construit sur des valeurs qui peuvent redonner une place au breton. Par là même, on peut rajouter que notre génération peut-être utile à la langue bretonne que les gens soient capables ou non de la parler. Sur cet aspect-là, mon avis diverge totalement de celui de Fañch BROUDIG.

Malheureusement, chacun d'entre nous, dans son coin, se fait ou s'est fait son opinion sans forcément accéder à celles des autres. Il nous est ainsi difficile de se faire un point de vue général d'après les idées qui traversent notre génération sur la langue bretonne. Aussi, il me semble, qu'il y a ici un travail à faire. Pouvoir accéder à la pensée d'autres personnes de notre génération est le but de ce que je vous propose dans cette lettre. Cela peut-être pour vous une occasion de penser ou repenser l'avenir de la langue bretonne...


F-Des enjeux d'avenir :

D'après le point de vue de (RV) : « Dans notre société au nom du modernisme les choix qui ont été fait ont souvent occulté la valeur humaine en France mais aussi dans les autres pays appauvrissant nos cultures et aujourd'hui au nom de l'écologie nous essayons de sauver des plantes ou des races d'animaux en voie de disparition et l'homme est devenu un esclave sans racine de la surconsommation et de l'argent. »


Que dire du développement durable ? S'agit-il une façon positive d'imaginer l'avenir ou bien d'une manière hypocrite de cacher « le progrès » porteur d'une acculturation qui s'accélère ? Avons-nous besoin d'un tel modernisme ?

Il y a donc une autre influence qui nous vient du regard extérieur aux problèmes de la langue. Un regard sur notre manière de vivre. Et celle-ci est de plus en plus difficile à assumer au point que la société puisse se diviser en deux parties opposées.

Il y aura ceux qui continuent à croire en l'avenir de notre manière de vivre c'est-à-dire celle de l'uniformisation et les autres qui chercheront a résister grâce et pour les cultures, c'est-à-dire contre l'aliénation provoquée par l'acculturation généralisée.

« La langue fait partie de l' écosystème d'un pays ou d'un endroit. Elle s'est forgée avec les saisons, les habitants, les roches, l'herbe... Le secret d'un lieu se cache dans sa langue» Yann TIERSEN (34)

Voici un lien fait par Yann TIERSEN entre la nature et les langues... Et il est vrai que la diversité regarde la nature comme elle regarde les gens. La protéger est très important pour l'humanité... Sans elle qu'y aura t'-il?

On comprend la réalité de la diversité humaine, quand Albert DALGALIAN, lors du colloque de Vannes, du 13 janvier 2020, autour des langues, spécifie le fait suivant:

« Les gènes du bébé humain sont des potentiels quand d'autres espèces possèdent, elles déjà, des savoirs faire quand elles arrivent au monde. Le bébé humain se trouve soumis à des environnements qui sont très divers et qui diversifient les cultures et les manières de vivre. Voilà pourquoi, l'espèce humaine est la plus diversifiée de toutes les espèces animales. L'influence humaine sur l'environnement existe donc par les savoirs faire, les technologies, le développement du cerveau au cours du temps. Aujourd'hui, on « fait » pour le meilleur ou pour le pire, même, car il s'agit surtout de la destruction de l'environnement la plupart du temps ».

(34) Yann TIERSEN , artiste.Journal de la Bretagne N°4 14 mai 2019 (20)


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Voici maintenant le point de vu de Georges ROSSI, (43) géographe, professeur des Universités « l'environnement : la croisade de l'Occident ? » dans « Les Restitutions de la Conversation de Midi-Pyrénées » séance du 24 mars 2009

« Chez certaines populations de l'Amazonie et du Pacifique, des codes de vie interdisent certaines plantes pour certains types d'usage et l'on s'est aperçu que ce sont des végétaux dont la reproduction est extrêmement lente ; des interdits portent également sur des périodes de reproduction de certaines espèces. Ces séries de règles magico-religieuses regroupent l'expérience empirique de centaines de générations sur le fonctionnement de l'écosystème qu'avec notre science nous sommes parfaitement incapables d'expliquer ! »

Beaucoup d'exemples comparables sont ainsi donnés au lecteur par Georges ROSSI ..., qui précise par la suite :

« A l'inverse, il ne faut pas non plus considérer ces cultures comme des écologistes avant l'heure. Le rapport à la nature de ces populations est utilitaire – même s'il est codé sous forme religieuse – car leurs moyens techniques étant limités, elles doivent être certaines que leur écosystème va se reproduire. Ils sont fortement dépendants du fonctionnement des écosystèmes. »

Ici, on comprend que depuis toujours, les peuples tirent bénéfice de la nature mais ils sont limités par leurs propres cultures... Et il est plutôt question de prélever le juste nécessaire. Les cultures jouent un rôle limiteur sur l'instinct prédateur de l'homme que l'on perçoit bien dans le message d'Albert DALGALIAN. Les cultures équilibrent la place de l'homme au sein de la nature qui peut alors nous accepter comme un élément intrinsèque d'elle-même ; on peut alors parler d'harmonie naturelle qui rend inutile les concepts modernes tels que celui de développement durable...


George ROSSI exprime aussi que:

« La volonté d'expansion de la pensée occidentale qui, avec la colonisation, avait étendu son emprise politique et culturelle à un grand nombre de pays, et qui, aujourd'hui, maintient cette position dominante d'un point de vue économique, politique et médiatique. C'est entre les mains de l'Occident que sont les grandes organisations environnementales qui édictent les règles, avec pour conséquence la création d'une sorte d'apartheid homme/nature dans bon nombre de pays en voie de développement, ce que les populations locales ont eu, et ont toujours du mal à accepter. »

Cette pensée rejoint celle de Yves PERSON quand ce dernier nous dit toute la violence de la colonisation contre les manières de vivre de certains peuples dont les équilibres socio-économiques ont été complètement détruits.

Les cultures des peuples sont importantes pour l'équilibre du monde que ce soit pour la nature dont l'être humain est un des éléments ou bien que ce soit pour l'être humain lui-même à cause de sa diversité culturelle, preuve de son adaptation au monde... dont la langue en est le premier outil collectif.


(43) « l'environnement : la croisade de l'Occident ? » Georges ROSSI géographe, Professeur des Universités dans « Les Restitutions de la Conversation de Midi-Pyrénées » séance du 24 mars 2009.


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Il y a tant de choses à découvrir grâce aux langues. En ce qui me concerne, aller sur « les traces » du breton est pour moi une véritable aventure moderne. Au delà de l'émotion qui peut naître en soi, on peut retrouver le breton du pays en rencontrant les aînés, mais aussi, découvrir les œuvres littéraires, des textes anciens devenus accessibles... comme la possibilité de parler avec d'autres bretonnants dans toute la Bretagne ou même ailleurs, qui sait ! Telle sont les possibilités que nous apporte le breton standard ... Par ailleurs, il y a des enjeux liés à la transmission et le sauvetage des langues parce qu'elles sont, en vérité, la pensée de l'humanité.


Voici donc l'appel que je souhaitais faire entendre aux personnes de ma génération... Certains d'entre-vous y répondrons peut-être, un jour ou l'autre pour le bien de la langue bretonne.



POUR ALLER PLUS LOIN...



Tout d'abord, il serait nécessaire d'effectuer la passation du questionnaire pour chaque Pays Breton ( annoncée dans « la méthode utilisée » p14 ) qui utilisait naturellement la langue bretonne. L'idée est de préciser, confirmer ou infirmer les tendances qui se dégagent dans cette enquête et bien entendu d'émettre plus solidement un point de vue général de notre génération vis-à-vis de la langue bretonne.

Puis, il serait bon de compléter cette enquête à partir de certains documents, surtout à partir d'articles parus dans les journaux.

1- Économique : influence du développement sur la manière de penser de la population.

2- Articles de médias : influence directe sur la manière de penser individuelle.

3- Articles de loi à-propos de l'emploi de la langue pendant notre jeunesse et après : Quelle politique a été promue. Par extension il faudrait connaître les liens entre médias et pouvoir

4- Attitude de l'administration à-propos du breton...


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