
4 - Résultats du questionnaire Partie 2
Sainte Marine, "pays de la mer dans les bois", un petit paradis bien caché encore, dans les années 70 !
Il n'y avait pas de Pont de Cornouailles ni de port de plaisance ni de voie rapide qui emporte les gens vers Quimper aujourd'hui !

Deuxième Partie - LE BRETON QUAND VOUS ÉTIEZ ADOLESCENT(E) :
1 - EN FAMILLE
1-1 Profession des parents :
Les secteurs professionnels des parents entre 1954 et 1975 ont été regroupés selon : le travail réalisé par Thévenot LAURENT, administrateur de l'I.N.S.E.E. et conseiller scientifique au centre d'étude de l'emploi (en 1988), « Sources Persée ».
Ci-dessous, la répartition professionnelle des parents des personnes ayant répondu au questionnaire:

47 réponses : 92% = Ce pourcentage, caractérise la participation des gens et donc leur intérêt pour les différentes questions. Il est mentionné pour chaque question.
C'est le nombre des matelots et des ouvriers qui est le plus élevé (24%), après, on trouve, ensemble, celui des patrons pêcheurs et des artisans (22%) , puis vient celui des paysans (18%).
- 18 -
2 – LE BRETON A LA MAISON
2-1 Vos parents avaient (ont) le breton pour langue maternelle ?

87 % des gens avaient la possibilité de transmettre la langue.
13 % étaient totalement incapables de la transmettre.
Le nombre de femmes et d'hommes est comparable.
2-2 Vos parents vous parlaient-ils breton ?
Ici, les pourcentages sont faits à partir du croisement des réponses suivantes :
« l'attitude des gens vis-à-vis de la transmission » et « la profession des parents ».

.....4+(1) signifie qu'il y a une personne en plus qui s'est toujours adressée en breton à ses enfants ; cependant, sa profession n'a pas été précisée. Même chose pour 3+(2).... 86+(3) signifie qu'il a été tenu compte de ces trois personnes (1) + (2) pour calculer les pourcentages...
- 19 -
Par rapport à ceux qui avaient la possibilité de transmettre la langue : c'est-à dire 87% des gens :
1) – Ceux qui ont refusé de transmettre la langue. Il s'agit donc des 87% ( de la population qui utilisaient la langue ) x 46% ( d'entre eux qui n'ont pas souhaité élever leurs enfants en breton ) = 40%
2) – Ceux qui n'ont fait aucun effort pour transmettre la langue = 87% ( en capacité de le faire ) x 32% ( qui parlaient quelques fois à leurs enfants en breton...) = 28%
3) – Ceux qui avaient envie de transmettre la langue par ce qu'ils trouvaient naturel et/ou important de le faire = 9,3% ( souvent ) + 11,2% ( toujours ) = 20,5% ; Donc (87%) x 20,5% = 17,8% seulement des Bigoudens ont transmis la langue à leurs enfants.
4) – Les femmes ont fait plus que les hommes pour transmettre la langue : 11,6% d'entre elles ( souvent ) + ( toujours ) alors qu'il n' y a eu que 8,9% d'hommes ( souvent ) + ( toujours ).
Chiffres plus précis a-propos de la transmission : Sont croisées les informations suivantes : « les métiers » et « la place du breton à la maison ».
Seuls les 4 plus grands groupes sont mentionnés : les paysans, les ouvriers, les marins, les mères au foyer..

1) – La plus forte transmission a été faite par les paysans (35% d'entre eux). Cependant, le nombre de personnes qui ne l'ont pas transmise reste quand même assez élevé (41%) :
Le point de vue à propos de la langue n'était donc pas unanime.
2) – Puis, ce sont les mères à la maison (23 % d'entre elles) qui se sont adressées en breton à leurs enfants et une autre partie(38%) était habituée à utiliser la langue quelques fois. Ce n'est pas si mal quand on sait que les femmes ont été considérées, paradoxalement, comme « des agents de la modernité » en Bretagne ; Autrement dit, les femmes auraient très bien accueillit les idées nouvelles de l'époque dont le changement de langue… Peut-être n'étaient-elles pas, non plus, toutes d'accord entre elles… On peut mentionner ici une question du « Télégramme ».(8)
« Les femmes, responsables de l'abandon de la langue bretonne ? Marie-Thérèse LEGENDRE, écrivain et photographe, s'élève contre cette idée « un peu trop reçue » à son goût. »« En fait, je me suis rendue compte que les sociologues ou historiens qui ont travaillé sur le sujet reprennent quasiment tous les conclusions de l'étude que le chanoine NÉDÉLEC avait effectuée en 1946 qui mettait en avant, sans nuance, la responsabilité des femmes dans cette affaire. »
Pour elle, il est « trop simpliste d'exclure l'homme de la responsabilité de la transmission ». D'autre part, elle affirme : « Ce sont les couples, les hommes et les femmes ensemble, qui ont décidé de poursuivre, ou non, leur langue maternelle ».
(8) Une question dans « Le télégramme », par Marie-Thérèse LEGENDRE, auteure, le 17 janvier 2012
- 20 -
Voici le témoignage de RQ à ce propos :
« L'éducation des enfants était l'affaire des mamans et des grands-mères. A cette époque, les enfants aidaient les femmes et plus tard, ils gagnaient de l'argent quand ils étaient suffisamment âgés pour le faire, vers 10 ans environ ( il était d'ailleurs plus facile, pour les enfants, de trouver du travail sur la côte ).
Les familles avaient du mal à vivre parce qu'elles ne gagnaient pas d'argent et elles se trouvaient dans la misère à cause des temps difficiles, des maladies ou d'un bateau disparu.
Les mamans ont donc cherché à sortir leurs enfant de cette misère ; Elles pensaient que l'école en français aiderait leurs enfants à trouver un travail en ville dans des emplois administratifs ou de fonctionnaire.
Il n'y avait donc plus besoin du breton ; la pression due à la misère aurait ainsi rendu nécessaire ce choix social »
3) – Puis, on trouve les ouvriers (21% d'entre eux) ont transmis le breton mais ce sont aussi ceux qui ont le plus refusé de la transmettre (50% d'entre eux).
4) – Les marins, enfin, ne l'ont pas transmise beaucoup : 12% d'entre eux seulement. Le breton était parlé quelques fois par une moitié d'entre eux... Mais il est difficile de penser que cela pouvait être suffisant pour transmettre la langue bretonne à leurs enfants d'une manière pérenne...
Il serait intéressant de mieux connaître les mentalités qui régnaient à l'intérieur des groupes professionnels. Les façons de penser étaient, probablement, différentes les unes des autres. Les idées politiques, les syndicats, les milieux professionnels, le rang social, le poids de l'Église ... ont pu former de multiples points de vue dans la société bretonne.
2-3 Qui vous parlait breton en dehors de vos parents?

Ainsi, on peut comprendre que l'apprentissage de la langue n'existait pas (ou était nettement moins forte) en dehors des grands-parents qui devenaient alors la référence.., les grands-mères surtout...
Cependant, le fait de parler en français avec difficulté était une raison qui pouvait faire en sorte que les grands-parents s'adressaient plutôt en breton à leurs petits-enfants, selon les remarques suivantes.
(BC): Oui certaines personnes, grands-parents, tantes ne parlaient pas le français.
(RD): Certaines personnes âgées qui ne parlaient pas français.
(BG): Mes grands-parents s'exprimaient systématiquement en breton lorsqu'ils s'adressaient à mes parents. C'est en entendant leurs conversations que j'ai fini par comprendre le breton.
(NC):Mes deux grands-mères, surtout l'une des deux, qui ne maîtrisait pas du tout le français. Je lui répondais en français, elle comprenait...ou pas.
(NL): Ma grand-mère maternelle qui ne parlait pas le français.
(LL): Ma mamm-gozh (tu ma zad / Pluguen), bzg nemetken ganti. Mont a raen e galleg ganti ha hi e bzg ganin.
- 21 -
(JB): Pas vraiment, ou juste une phrase pour voir si on comprenait.
(LF): D'une manière générale tout l'entourage et l'ensemble des gens de Lesconil dans la tranche d'âge de mes parents étaient bretonnants. Sur le port, dans la rue on parlait principalement breton. Hélas tout comme mes parents, les gens me parlaient généralement en français, même ma grand-mère et les vieilles tantes et oncles, quoiqu'au bout d'un moment le breton revenait naturellement.
3-VOTRE SENTIMENT SUR LE BRETON À CETTE ÉPOQUE-LÀ
3-1 Échanges ou disputes à propos du breton.

Voici les témoignages présentés du plus positif au plus négatif : Il est question des problèmes mis en avant par les échanges et disputes que vous avez eu ou avez entendues à propos du breton. On peut remarquer que les échanges négatifs ont plutôt eu lieu avec nos parents : 24%, c'est-à-dire dans une famille sur 4.
(MPQ): Les personnes bretonnantes et principalement les marins appréciaient échanger en breton.
(BP): Mes parents ont participé pendant plusieurs années à des stages d'été en langue bretonne. Ma mère y appréciait les activités de danse ; j'ai vu des revues « Ar Falz » à la maison.
(AC): Oui je n'ai connu que ma grand-mère maternelle née en 1875 qui savait lire le breton dans les livres de messe : avec les petits enfants, elle utilisait alternativement le breton et le français. Frères et sœurs qui ne trouvaient pas normal l'extinction d'une langue populaire. Avec les parents notamment quand ils utilisaient le breton pour qu'on ne comprenne pas leurs conversations.
(CLF): Je n'avais aucun questionnement, pas conscient de l'importance de la préservation de la langue bretonne, pas de connaissance de l'histoire de la langue.
(NC): Tous les repas de famille étaient en breton, mais les enfants de ma génération parlaient en français, même s'ils comprenaient le breton.
(LLB): Goulennet 'm eus ez afent ganin e bzg met diaes eo dezho. N'eo ket naturel evito mont e bzg ganin.
(NC): Ils ne voyaient aucun intérêt à transmettre la langue. Lorsque, en seconde, j'ai évoqué l'idée de présenter le breton au bac, ils ne s'y sont pas opposés mais ont trouvé l'idée fantaisiste. Mon père, qui avait étudié le catéchisme en breton savait lire un peu et a pu m'aider légèrement. Ma mère ne savait pas le lire. Malheureusement, à la suite d'un changement d'école, je n'ai pas eu la possibilité de poursuivre le breton en première et terminale.
- 22 -
(BC): En 1979, j'ai travaillé à Lannion ; je me suis dit que le moment était venu de parler le breton avec ma mère ( père décédé ). J'étais souvent au Guilvineg ; ça n'a pas marché, elle ne comprenait pas ce que je disais ( sa version officielle ). Donc j'ai laissé tomber et dès que je parlais en français, elle me parlait en breton. Le résultat d'une éducation qu'elle avait reçue.
(PB): Oui ça ne te servira à rien...À Plozevet, sortir de sa condition difficile passait par la réussite à l'école et donc le Breton était un frein à cette réussite.
(MPQ): Mes parents me demandaient de parler en français, le breton « ne servait à rien ».
(RK): YA, ar brezhoneg ne servij da netra.
(SM): Interdiction de prendre option Breton avec ma mère.
(MK): Pas kalz ; tad ha mamm a lare e oa gerioù disheñvel e Kemper, ne grede ket en dazont ; Ma zad kozh a rae goap ouzhon 'blam na gomprenen ket e yezh.
(FC): Voisins, oui : incompréhension que l'on s'y intéresse.
(BS): Grands-parents et arrières grands-parents qui ne comprenaient pas que des intellectuels ou des préposés de l'état proposent et revendiquent l'enseignement d'une langue alors que les « mêmes » leurs interdisaient de la pratiquer, où pouvaient les humilier lorsqu'ils en faisaient usage.
(CI): Rejet de la langue bretonne, moqueries.
(FMD): Avec les touristes qui se moquaient de nous quand nous employions le breton entre amis.
(RT): En 1967, à l'école, insultés par des collègues, « ploucs ».
(RD): Avec des petits copains qui étaient convertis à l'antibretonisme.
(RL): Les scènes d'humiliation dans la cour à l'école primaire, pour l'enfant surpris à parler en breton.
3-2 Les gens pensaient qu'il fallait respecter la langue bretonne.

On peut remarquer que l'attitude des grands-parents était à l'opposé de celle de leurs propres enfants. Le constat est similaire pour les membres de la famille ainsi que pour les voisins. Il semblerait qu'une attitude nouvelle soit apparue à ce moment-là et la première génération qui aurait véritablement coupé la transmission de la langue est celle de nos parents.
Nos parents se sont trouvés partagés en deux parties à peu près égales ; quand on compare les chiffres, on comprend que les idées négatives sur la langue bretonne ont pris de l'ampleur entre ces deux générations ; pour (53%) de nos parents, la langue faisait partie du passé alors qu'elle restait une langue de communication pour nos grands-parents (61%). Le français devenait une réalité dans la société et était considéré comme nécessaire pour l'avenir...
Les résultats à propos des « Voisins » sont étonnants. On pouvait penser que le pourcentage de « Oui » 57 % ne serait pas si élevé que ça. La différence est significative avec celui de nos parents « Oui » 47 %. L'arrêt de la transmission de la langue était donc une affaire qui existait surtout entre les parents et leurs enfants, au centre de la famille et cela ne regardait personne d'autre.
- 23 -
Peut on alors imaginer une sorte de souhait inconscient des parents : faire de leurs enfants des francophones tout en souhaitant une société qui resterait bretonnante ? Si tel était le cas, pourquoi le bilinguisme ne s'est-il pas imposé ?
Selon les témoignages :
ILS NE PENSAIENT PAS QU'IL FALLAIT RESPECTER LA LANGUE BRETONNE !
a)- Il était nécessaire « d'aller de l'avant » :
- Il fallait attacher son histoire à celle du « progrès ».
- Il leurs était nécessaire de laisser tomber la langue pour ne pas rester eux-mêmes ou leurs enfants sur le bord de la société qui changeait.
- La sortie de la guerre avait stimulé l'avènement d'une autre mentalité.
- L'activité de « Breizh Atao » considérée très négativement par la société bretonne.
(FJC): Non pour tous, pour eux il fallait « aller de l'avant », il fallait l'associer à leur histoire.
(FD): Pas du tout ! Parce qu'ils avaient été contraints de l'abandonner, parce que la sortie de la guerre c'était, aussi, le besoin d'aller de l'avant et que des bretonnants qui se revendiquaient de la langue l'avaient sali par leurs actions avec les nazis.
(RD): Non, je pense qu'ils n'en voyaient pas « l'intérêt », tout convergeait vers le français, tout était devenu français, le breton devenait quelque chose de folklorique, le monde du moment au quotidien se faisait en français, et puis il y avait les précédents historiques qui faisait de la chose bretonne des « Breizh Atao », donc à proscrire. Par contre le sentiment de honte par rapport à la langue bretonne et au simple fait d'être né breton n'existait pas, au contraire, tout naturellement, nous étions fiers d'être ce que nous étions.
L'activité scolaire et sa mauvaise influence : ( entre autres, les « hussards noirs de la république » formés pour détruire les langues minoritaires ) ; Planifiée depuis 1830 bien avant les lois J. Ferry (déjà ? alors que l'école n'était pas encore obligatoire à cette époque là).
« Ensuite, à partir des années 1880 ( et surtout des lois Ferry de 1881-1889 ), va se développer une stratégie très cohérente visant à l'exclusion totale du breton comme des autres « idiomes ». L'article 14 du règlement des écoles primaires est très net à cet égard : « Le français sera le seul en usage ». Inspecteurs d'académie, ou inspecteurs primaires, tous donneront, en aval, des directives on ne peut plus fermes aux nouveaux « hussards noirs de la République » issus des écoles normales départementales nouvellement créées ( et succédant à celle, unique, de Rennes, au départ ). Ces rapports ont été étudiés et publiés récemment par Claude Le Du dans son Histoire d'un interdit : le breton à l'école ». (9) Francis FAVEREAU.
On peut se demander pourquoi cette école unique de formation des Hussards noirs était basée à Rennes ? Le pouvoir central considérait-il le breton d'origine celtique comme un danger ?
- La pratique du « symbole », extrêmement néfaste et barbare, utilisée par les instituteurs et institutrices.
« Pour la période 1912-1960, la grande majorité des témoignages recueillis ( hormis sept cas sur cent trente ) par Claude Le Du, conseillère pédagogique dans les Côtes-d'Armor, va dans ce sens. Un certain bilinguisme de fait fait exception, toléré plus qu'encouragé, car l'on a plutôt affaire alors à des démarches individuelles, ou plus ou moins militantes, marginales, et dont le laxisme est à l'occasion très vivement critiqué par les autorités académiques ». (9) Francis FAVEREAU.
(9) « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU Revue internationale d'éducation de Sèvres [En ligne], 03 1994,mise en ligne le 17 avril 2015. URL : https://journals.openedition.org/ries/4231 ; DOI : 10.4000/ries.423
- 24 -
- L'interdit absolu pour les écoliers de parler le breton sous peine de punitions…
- Le nombre des jeunes bretonnants qui a diminué et par conséquent la perte dramatique de l'utilisation du breton dans la société. Voici une Publication de l'observatoire déontologique de l'enseignement qui précise sur ce sujet, dans : « La bienveillance scolaire », (10) J PAIN 7, octobre 2012.
« Dans l'histoire de l'école, l'hostilité aux élèves n'a pas seulement consisté à contrarier les gauchers. Elle servi aussi des phénomènes d'acculturation de masse. Les bons maîtres de la troisième et de la quatrième république, ont instruit les campagnes en faisant ravaler leurs langues maternelles aux bretons bretonnants et aux Occitans patoisants. Par ailleurs l'acculturation des peuples colonisés ne donnait pas d'états d'âme et on n'ironisait pas jadis sur les ancêtres Gaulois des indigènes Sénégalais, Berbères ou Annamites. La scolarisation n'étant point une science exacte, l'éradication des idiomes ne fût jamais complète et les cultures autochtones ont pu ressurgir aussi bien dans les ex-colonies qu'en métropole. »
(LLB): Ket, Diaes e oa bet dezho erruout er skol hep gouzout tamm galleg. Bevet o deus fall ar mareoù gant "ar vuoc'h" e fin an devezh.
(BG): Non : lorsqu'ils ont été scolarisés, interdiction leur a été faite de parler breton. Donc pour eux, il était préférable que nous, enfants, maîtrisions le français plutôt que le breton.
(RT): À ce moment-là il était considéré ne plus être un problème par l'école, chute des pratiquants, ( seuls les groupes issus de la campagne l'utilisaient encore ).
- Le résultat de la diminution des locuteurs s'est traduit par une débretonnisation du pays suffisante pour amener à terme la disparition de la langue.
b)-La langue bretonne très mal considérée par la société bretonne :
- Les gens étaient attirés par le français.
- Des idées racistes sur la société bretonne, répandues volontairement, qui ont rendu les Bretons honteux d'eux-mêmes ; une société retardée, sensément, dont on perçoit des traces dans certaines réponses quand on lit le témoignage de (FMD) : « Avec les touristes qui se moquaient de nous quand nous employions le breton entre amis ». Ou avec le témoignage de (RT) : « En 1967, insultés par des collègues à l'école, « ploucs ». »
(PB): ils étaient conditionnés par le discours ambiant sur cette langue qui ne mène à rien ( une langue du passé ).
(LF): Je ne le pense pas. Ils s'exprimaient naturellement en breton. Sinon ils n'auraient pas privilégié le français pour nous parler.
(LLL): Ket 'blam d'ar vezh.
(PK): Non, parce que eux-mêmes avaient été élevés en français. Pour ma grand-mère, c'était sa langue maternelle, mais complètement déconsidérée comme la plupart des personnes de sa génération.
c)-Raison économique
- Perception de l'avenir ( Peut-être que le rôle des Américains et des Anglais qui ont permis la libération du pays a rendu l'anglais populaire! )
(RK):Deskiñ saozneg a oa gweloc'h.
(10) « La bienveillance scolaire », Jean PAIN 7 Publication de l'observatoire déontologique de l'enseignement, octobre 2012.
- 25 -
OUI C'ÉTAIT NORMAL DE RESPECTER LA LANGUE BRETONNE.
- Parce que le breton était leur propre langue.
- C'était une marque d'identité.
- La langue est devenue malgré elle une marque de résistance.
(VA): Ya yezh vamm hag en o bleud ganti.
(RV): Le breton était et reste notre langue.
(MCM):Oui, cela reste leur langue maternelle. Mais Pour mes parents, la priorité était donnée au français lorsqu'ils étaient à l'école, le breton était réservé aux conversations familiales et entre les proches relations. Je me rappelle de conversations en breton lors de visites de la famille et souvent avec des personnes plus âgées qu'eux.
(MPQ): Parfois, dans les années 70, j'avais réussi mes études et le fait de parler breton n'était plus un « handicap » mais une marque de reconnaissance de mes origines. Il leur arrivait de se dire fiers de mon apprentissage du breton que j'avais fait «en douce».
(BS): Oui, une manière d'affirmer une appartenance.
(RG): Pour mon père, qui a passé une grande partie de sa vie à défendre la lange bretonne, la Bretagne, Pont-Croix, et le Cap-Sizun. ( Evel ar C'hap n'eus bro ebed ! )
OUI ! POUR EUX MAIS PAS POUR LEURS PROPRES ENFANTS.
- Une coupure qui se profile du fait de l'influence négative de l'école...
(RC): Mes parents ne s'exprimaient pas sur l'importance de la langue, tout au plus ils parlaient des brimades à l'école s'ils parlaient en breton.
(NC) : Pas pour les générations suivantes, comme indiqué plus haut.
(NL): Oui pour eux mais pas pour nous les enfants car c'était leur langue maternelle, mais comme ils en avaient souffert à l'école, ils ne voulaient pas nous l'enseigner. Pour eux, elle n'avait pas d'avenir.
3-3 Le breton était considéré comme inutile ?

- 26 -
De manière générale :
Cette question correspond à la question précédente « 3-2 Les gens pensaient qu'ils fallait respecter le breton » avec le même constat : il existe une coupure entre nos parents et les autres personnes ( grands-parents, membres de la famille, voisins ).
La société considérait le breton toujours utile, à ce moment-là : près d'une moitié des personnes.
On constate cependant que 38% des gens, dans l'ensemble de la société, considéraient le breton inutile. Dans ce pourcentage, on trouve nos parents qui représentent le nombre le plus élevé de personnes 48% .
La réponse « entre deux » représente 15% des gens ; Il s'agit de personnes inconscientes de l'importance de la langue bretonne ou de gens qui ne s'en préoccupaient pas du tout...
On peut donc dire que la génération de nos parents était partagée en deux parties distinctes :
- Abandonner la langue bretonne était la plus importante, malheureusement.
- Et le contraire, celle qui considérait encore l'utilité du breton telle une langue de communication.
Le chiffre de 10%, « entre deux » pour les parents, montre que certains étaient inconscients de l'importance de la langue ( sur le plan culturel et du point de vue de l'identité ). Voici le témoignage de (RV) : « Non personne ne se posait la question c'était notre façon de communiquer ».
Mais ce chiffre-là, le plus bas par rapport aux autres résultats, confirme surtout une prise de position nette pour la majeure partie de nos parents. Environ 90% d'entre-eux ont mis en pratique les deux points de vue opposés bien ancrés : « l'inutilité » ou « l'utilité » de la langue. Il existait donc une séparation au sein de la génération de nos parents.
Une différence entre le point de vue de nos parents et celle de la société :
1)- Donc, 48% de nos propres parents trouvaient que la langue était inutile alors qu'il n'y avait que 35 % des gens, en moyenne, parmi les autres membres de la société...
De la même façon, 42% de nos parents considéraient le breton utile alors que les autres membres de la société le considérait utile jusqu'à 48%.
Une moitié de nos parents auraient considéré la langue bretonne comme une chose attardée quand le reste de la société faisait du breton quelque chose de bien plus valorisant : grands-parents 45% – famille 52% – voisins 48% ; c'est-à-dire, pratiquement une moitié d'entre eux.
2)- Le constat ci-dessus est étonnant parce que l'on pourrait penser que le point de vue de l'inutilité de la langue était admis dans la société entière ce qui, justement, ne semble pas être vrai.
Ainsi, on peut estimer que l'attitude au sein de la famille était différente du reste de la société !
Peut-être que les gens n'osaient pas vraiment s'exprimer à l'extérieur de la famille. Et un sentiment dérangeant et grave à la fois pouvait être attaché au fait de laisser mourir la langue bretonne ? Voici le témoignage de (BS) ( écrit plus loin ) qui met, selon moi, ce problème en avant : « Ça dépend, on sentait un vrai traumatisme suite aux interdictions de l'état français »
Peut-être même que rien n'était exprimé au sein de la famille : (MK) : « E Kombrid ne oa ket na talvoudus na didalvoud. O yezh a oa ; peizanted ' oant »
Et aussi, que c'était trop tard pour la langue... Voici le témoignage de (RD) « Les grands-parents ne se posaient pas ce genre de question ; ils pensaient que tout était joué, le breton n'avait plus sa place, le français était la seule issue linguistique ».
Ou bien les gens n'imaginaient pas que le breton était une chose importante pour maintenir la société bretonne vivante. Voici le témoignage de (RG) : « par la plupart des gens à qui l'on a fait croire que c'était une langue ( de plouc ) donc, la transmettre était une perte de temps ».
3)- Ne pas transmettre la langue était une chose mais exprimer son opinion était une autre affaire. Est-ce que cela signifie qu'un tabou se serait ainsi créé dans la société bretonne ?...
Il y avait un silence lourd au sein de la société, ce qui est vrai aujourd'hui encore si je m'appuie sur ce que je peux constater chez mes amis ; c'est-à-dire, chez des gens de notre génération.
- 27 -
Peut-être que seul l'effervescence de l'avenir attirait et séduisait les gens à ce moment-là ? Voici le témoignage de (LLB) : « Ya Divyezhek int met diaes eo dezho kompren c'hoazh eo un dra vat »... « Oui, ils sont bilingues, mais cela leurs est encore difficile de comprendre que c'est une bonne chose »... Ce genre de comportement est le résultat de préjugés sur la langue censée être devenue inutile.
4)- On remarque aussi que les raisons qui témoignent de l'inutilité de la langue sont plus nombreuses et plus précises que celles qui valorisent son utilité… Ce qui met le breton en posture difficile selon les réponses classifiées en trois rubriques : INUTILITÉ - UTILITÉ - ENTRE DEUX.
5)- À propos de nos grands-parents : Ils ont été une référence pour la langue bretonne et beaucoup d'entre vous ont entendu ou appris le breton avec eux. Cependant, un tiers d'entre eux pensaient que le français était déjà, bon gré malgré, l'avenir des Bretons. En revanche, ce nombre est nettement plus bas que le nombre de nos parents qui pensaient de la sorte.
Ainsi, il y a eu un lien très fort avec la langue grâce aux grands-parents ; Il faut tout de même mentionner que certains d'entre eux (21%) avaient plus de doutes à propos de l'avenir du breton en comparaison des autres membres de la société : parents (10%), famille (14%), voisins (14%). Il était pourtant question de leur propre langue...
Voici une question importante pour moi : On sentait que le breton était abandonné par un très grand nombre de personnes pour répondre à l'inévitable « progrès »... Ainsi, cela aurait été une évolution naturelle de la langue ?
N'est-ce pas plutôt l'oppression menée contre les gens qui aurait permis de diriger l'opinion de la population et d'obtenir ainsi la perte de la langue ? Soit, des problèmes considérés internes au breton mais venus en réalité de l'extérieur de la société bretonne.

On remarque que la société entière était séparée en deux parties nettes quel que soit le lieu de vie des gens : Sur la côte (5 pour 4), à la campagne (6 pour 5), en ville (6 pour 7)... Seules les personnes expatriées pensaient, en très forte majorité, que le breton était plutôt inutile (4 pour1).
Selon les témoignages :
UTILE :
Deux raisons seulement : Le breton était une langue de communication inter-générationnelle et l'avènement d'une période dynamique dans la société bretonne, celle des années 70.
(RD): Parce que c'était un lien incontournable intergénérationnel et toutes ces questions n'arrivaient jamais sur le tapis, c'est avec le renouveau culturel breton, le réveil de toutes ses possibilités économiques, sociales et culturelles qui passées par le tamis d'un engagement d'universitaires et de décideurs économiques bretons (C.E.L.I.B.) qui a permis cela et encore cela se résumait à une catégorie de population jeune et surtout étudiante, au rôle festif et à l'importance des « festoù-noz » comme lien social et moteur dans les années 70.
(MM): Parce que c'était leur première langue et ils le parlaient avec leurs familles et les gens de leur génération
(PO): C'était une langue intergénérationnelle.
(VA): Nann peogwir e veze komzet.
- 28 -
(AB): C'était leur langue de tous les jours avec les voisins, amis et famille.
(PC): Mon père un jour a vraiment voulu que je connaisse le breton. Il m' a dit vers mes 10 – 12 ans : « maintenant je ne répondrai à tes questions que si tu les dis en breton ».
(JB): Non, langue qu'utilisait mon père avec beaucoup de ses clients. C'était la langue des gens du pays, pour l'intégration c'était important, pour ne pas se faire passer pour un touriste.
(JPK): E vez boazied nemet brezhoneg.
(CLF): Non mes parents parlaient breton à certains et à d'autres la langue française ( au travail, avec les enseignants, avec certaines administrations, avec certains commerçants...)
INUTILE :
Plus d'une raison pour légitimer la disparition de la langue.
- Une langue du passé qui ne valait pas la peine d'être transmise.
- L'apprentissage des langues dominantes était meilleur pour l'avenir.
- Il n'y avait plus de place pour le breton… Inutile au quotidien et dans le pays ...
- Les interdits scolaires.
(BT): Oui, une langue du passé.
(RG): Par la plupart des gens à qui l'on a fait croire que c'était une langue ( de plouc ) donc, la transmettre était une perte de temps.
(LC): Peut-être : pour leurs enfants, il était préférable d'apprendre les langues étrangères.
(RC): Le français était nécessaire pour l'éducation et l'emploi, le breton devenait donc inutile pour leurs enfants.
(MP): Plus, ou moins ils pensaient qu'il valait mieux que leurs enfants parlent anglais.
(FD): Oui, parce qu'ils voulaient que nous parlions correctement le français pour avoir une « situation » plus élevée que la leur dans la société. Ma grand-mère n'avait pas vraiment exprimé d'avis, pour elle c'était naturel de parler breton avec ses enfants et surtout pour exprimer sa colère ou dire des choses que nous enfants ne devions pas entendre.
(PC): Oui, aucune utilité dans le quotidien et la vie locale.
(RD): Les grands-parents Ne se posaient pas ce genre de question ; ils pensaient que tout était joué, le breton n'avait plus sa place, le français était la seule issue linguistique.
(BLP): Oui, interdit à l'école.
ENTRE DEUX :
- Les gens étaient inconscients de l'importance véritable de la langue.
- Le bilinguisme n'était pas considéré comme une situation possible.
- Le nombre de pratiquants baissait.
- Il existait un traumatisme dans l'esprit des gens causé par les lois françaises...
(RV): Non personne ne se posait la question c'était notre façon de communiquer.
(NP): Pas inutile mais plus d'usage, mon père l'utilisait à l'accueil de la mairie et avec des voisins.
(RT): Ils n'exprimaient pas ce jugement, mais constataient le nombre déclinant de pratiquants. N'était pas considéré comme un atout pour l'école.
(MK): E Kombrid ne oa ket talvoudus pe didalvoud. O yezh a oa; peizanted ' oant.
(BS): Ça dépend, on sentait un vrai traumatisme suite aux interdictions de l'état français.
(LLB): Ya, divyezhek int met diaes eo dezho kompren c'hoazh eo un dra vat.
- 29 -
3-4 Le breton était-il une marque de culture dans la société bretonne, selon vous ?

13 % seulement des réponses montrent que le breton était considéré comme une marque culturelle « pour la plupart » des gens ... C'est-à-dire : 1 personne sur 7 pense que la langue avait une valeur culturelle, ce n'est pas beaucoup.
De surcroît 23% d'entre vous pensent que le français était la référence « il n'y avait que la culture française ».
Et malheureusement, il y a 30% d'entre vous qui pensent que les gens n'accordaient pas d'importance au fait que le breton puisse être une marque culturelle. Et cette façon de percevoir les choses annule les 28% qui donnaient toujours une place primordiale à la langue bretonne...
Selon moi, c'est ici que se situe la victoire du français sur le breton!!!… L'avenir accentuera le phénomène jusqu'à l'inversement de la tendance que l'on vit maintenant depuis quelques années....
Les témoignages
POUR LA PLUPART :
(RV): Pour tout le monde à part quelques pédants instruits.
(NP): Une dimension religieuse..., on chantait breton dans les pèlerinages de Lourdes et les pardons locaux.
(BS): Oui, mais je ne sais pas si on peut parler de « dimension culturelle » ; C'était plutôt une « survivance ». C'est ce qui restait, ce qui avait survécu aux interdictions.
(FYG): Oui, je le pense, mais la plupart de ces gens sortaient d'une période ou le bretonnant était traité comme un moins que rien et était brimé et insulté.
(VA): Ya sur a-walc'h.
POUR CERTAINS :
(AC): Oui, mais très peu nombreux.
(MPQ): Certains adultes commençaient à s'intéresser à la culture bretonne dans les années 70 ( regain des festoù-noz, musique… )
(RK): Ne vezent ket niverus.
(LF): Dans mon entourage, je n'en connaissais pas.
(PC): Uniquement pour les défenseurs de la culture bretonne minoritaire.
(CI): Oui, car c'était l'expression de notre culture.
(MFT): Pour ma mère, pour certains camarades de classe.
(MM): Pour certains peut-être.
(RL): Je suppose que oui mais pas dans mon entourage.
- 30 -
(JB): Oui, qui faisaient le choix de la transmettre, c'était le cas d'amis à mes parents qui ont parlé breton à leurs enfants en famille. Ils sont toujours bilingues à l'âge adulte.
NON:
(AC): Non, il servait surtout à s'exprimer au quotidien en milieu rural.
(JS): Je ne pense pas qu'ils en avaient conscience.
(LF): Je ne pense pas.
(RD): Comme je le dis précédemment, les seuls qui semblaient l'être étaient jeunes, lycéens, étudiants, le boum technologique des médias n'était pas encore arrivé.
(TQ): C'était une langue d'échange un peu privée, dans les autres communes les expressions changeaient.
(NC): Non pas du tout ! Pas dans les années 70 ; En tout cas, pas pour mes parents; c'était leur langue maternelle, c'est tout. Celle qui rendait les démarches administratives compliquées... Mes parents se sont toujours sous-estimés parce que selon eux, ils manquaient de vocabulaire en français ( ils me l'ont dit très tardivement, mais je n'ai jamais pensé de la sorte ).
(JB): Avec mon regard d'enfant dans les années 80 c'était naturel. A l'époque je n'intégrais pas la dimension culturelle de la culture bretonne puisque je baignais dedans.
ON NE TROUVAIT PAS CELA IMPORTANT :
(Rca): La plupart des gens vivaient simplement, ils ne voyaient pas ou ne voulaient pas voir ce qui se passait, ils étaient bretons tout simplement.
(AC): Oui très peu le trouvait important.
(LF): Dans mes souvenirs non.
(BG): Dans mon entourage, les gens ne s'y intéressaient pas.
(BT): Ils l'utilisaient entre eux mais sans qu'il y ait l'idée de culture.
La langue bretonne a été marginalisée à ce moment-là...
Cela peut expliquer la question posée plus tôt : « On sentait que le breton était délaissé par la plus grande partie des gens ; était-ce une évolution naturelle propre à la langue bretonne ? C'est-à-dire, choisie réellement par les bretons eux-mêmes »
Ainsi, si les gens étaient « inconscients » de l'importance de leur langue ou convaincus que le breton allait a sa perte, on peut comprendre que la langue bretonne n'ait plus eu pour eux de valeur véritable...
Oui, mais est-ce que ces idées négatives sur la langue sont venues des Bretons eux-mêmes dans leur entière liberté de penser ou bien ont-ils étaient entraînés à penser de la sorte ? Et pourquoi l'auraient-ils été ?
***
Les résultats croisés des trois questions ci-dessus montre que les Bigoudens étaient attirés par le français et qu'il n'y avait qu'une faible partie des gens qui pensaient que le breton était une marque culturelle. Et ces chiffres peuvent donner une réponse à la question posée ci-dessus. S'agit-il d'une évolution naturelle à la langue ? Était-ce un phénomène choisi réellement par les Bretons eux-mêmes?
En réalité il s'agit plutôt du contraire du fait que les langues ont été strictement compartimentées : Le breton dans la sphère privée, dans les champs.., ou en mer et le français à l'école, dans l'administration.., dans chaque lieu de décision ( et aujourd'hui c'est la seule réalité ).
- 31 -
Voici des témoignages, écrits plus loin : Celui de (JYK): « Ne veze ket keñveriet ar yezhoù etrezo, er skol e veze galleg ha brezhoneg er gêr » ( On ne comparaissait pas les langues entre-elles, à l'école c'était le français et à la maison, le breton ) : « ne oa ket da brederiañ war an dra-se», ( il n'y avait pas à réfléchir sur ça ). Et celui de(JB): « Nos parents et nos grands-parents n'ont pas vu à l'époque que la transmission était importante, et nous ont laissé parler le français avec eux. On a appris tout seul le breton en les entendant, ils ne nous l'ont pas enseigné. Vu que pour eux le breton était interdit à l'école ».
Pourtant, il n'y a que 7% des gens, mentionnés dans les réponses de la question « 3-4 Le breton était-il une marque de culture? » qui auraient été inconscients de l'aspect culturel inhérent à UNE langue. Il faut cependant mentionner que la pauvreté était élevée dans les années 1930 et que survivre était ce qui était le plus important.
Voici le témoignage de (FYG): « Non, mon père étant orphelin très jeune il a été éduqué par les curés, la langue bretonne ne faisant pas partie de l'éducation, il a, à ma connaissance, considéré le français comme la seul langue à utiliser. Même s'il comprenait très bien le breton, je ne l'ai jamais entendu le parler. Ma mère, son principal soucis c'était de nous faire manger, elle n'avait pas de temps à consacrer à autre chose, quand nous allions voir mes grands-parents ou mon parrain. Il lui arrivait de parler un peu, mais c'était pour ne pas que nous, les enfants, nous puissions comprendre. »
Le reste des réponses peuvent se séparer en deux parties distinctes : 41 % des réponses, « la plupart » + « certains », estimaient la part culturelle de la langue bretonne. En revanche, près de 53% n'avaient pas beaucoup de considération pour cet aspect de la langue. Une majorité de la population pensait donc que le breton n'avait pas vraiment de réalité culturelle et que, seul, le français était l'expression d'une marque de culture. Cette attitude n'est-elle pas le résultat d'une double propagande fortement menée par l'administration française : d'une part, le dénigrement machiavélique envers la langue bretonne et d'autre part la promotion de l'excellence de la langue française. On peut donc penser que la langue bretonne ne faisait pas partie des préoccupations des Bigoudens pour une bonne moitié d'entre eux...
Selon (FD): « La question de la langue n'était pas débattue, parler le français c'était tourner la page des jours sombres, aller vers le modernisme : la machine à laver, le téléphone, la TV, la mécanisation de l'agriculture qui perdait ses ouvriers trop mal payés, l'exode rural battait son plein, les petites exploitations vivotaient. le PROGRÈS était le maître mot et quand on connaît comment on vivait à la campagne dans les années 50, c'était heureux d'aller vers le progrès : on abattait les talus et remembrait, on drainait les prairies, on construisait des stabulations libres pour les troupeaux, les coopératives amenaient leurs conseillers pour faire toujours plus…on ne voyait pas que sur le même autel du « progrès » on sacrifiait la nature, les emplois de l'agriculture et la langue dont on ne voyait plus l'utilité ».
Ici, il est question d'éléments parmi d'autres qui soulèvent les problèmes internes à la langue et relatifs à l'état de la société bretonne à ce moment-là : «Autant dire qu'il est question de problèmes attachés à la langue bretonne depuis déjà longtemps : état de pauvreté de la société bretonne, inutilité de la langue considérée comme un frein économique etc...». Ainsi, la décision de la majorité des parents aurait été l'idée suivante : « Pour notre avenir, il devient nécessaire de laisser de côté notre langue maternelle...»
Oui, mais pourquoi était-il nécessaire aux gens de délaisser leur propre langue ? En raison de l'avenir économique en Bretagne ? Et qu'est-ce qui empêchait les gens de s'intéresser au bilinguisme et de le favoriser ???? Atteindre ce but-là aurait été tout à fait possible avec le concours de l'école... Malheureusement, le bilinguisme était très mal vu en France avant les années 1960… Était-ce pour une question de pédagogie ? Ou bien, plutôt, en raison de l'idéologie républicaine qui aurait, depuis longtemps, choisi le destin de la langue bretonne?...
- 32 -
De fait, il n'y a aucun doute : En 1925, Anatole de MONZIE, ministre de l'éducation nationale proclame: « pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître... » Et jusqu'en 1972, un inspecteur pouvait dire « il faut fusiller le Créole »... Qu'y a t'-il donc derrière ce concept de monolinguisme français? Les autres langues ne valent donc rien? Ou bien étaient-elles et sont-elles encore terriblement gênantes pour ce qui est d'influencer et de formater l'esprit des gens...
En vérité, le breton comme les autres langues, était un obstacle pour l'autorité française:
Voici le point de vue de Francis FAVEREAU, (9)
« La Révolution, nous l'avons vu, avait imposé dans les esprits l'équation « école = français ». On retrouve donc peu ou prou l'analyse de Barère, passée de nouveau dans les faits : aux Chouans, puis aux « Chouans » (en politique) et à leurs curés, leurs bas-breton ; à la Nation, à la République, au Progrès, la langue française et ses valeurs universelles. Telle est l'idéologie simpliste, mais terriblement efficace, qui va s'imposer à la fin du XIXe siècle et perdurer par la suite ».
Et je rajoute qu'est apparue, à ce moment-là, la « caution morale française »: Considérée de fait comme officielle... Caution «morale» qui sera plus tard le piège le plus important pour notre génération...
Pour le monde politique et les institutions aussi, le breton est un obstacle comme l'écrit F. FAVEREAU (9):
« Et cela d'autant plus facilement que la vie politique, au travers de la question scolaire notamment, verra se perpétuer une logique d'affrontement manichéen, héritée de la Révolution française, entre cléricalisme militant et laïcisme républicain. Gilbert Nicolas vient d'analyser dans un livre important cette politique de formation des instituteurs dans la première école normale primaire de Rennes entre 1831 et 1850 : ils se devaient d'être les relais efficaces d'un État qui entendait déjà, dit-il, « franciser le langage » et « moudre les différences ».
Et cet état d'esprit a aussi traversé notre jeunesse. Voici un exemple donné par F. FAVEREAU:
« Certains rappels historiques s'imposent car, apparemment, l'arsenal législatif et réglementaire hérité de la Révolution n'est toujours pas caduc, puisqu'il est parfois mis en avant par les autorités ( académiques ou ministérielles ), dès qu'il s'agit de reconnaissance officielle du bilinguisme. Ainsi, en 1981, les autorités finistériennes opposèrent-elles à des parents, désireux d'ouvrir une école Diwan à Pont-L'Abbé, le décret du 30 vendémiaire an II (21/X/1793), qui stipulait ( à propos des élèves des « maisons communes d'éducation » ) : « Ils apprennent à parler, lire, écrire la langue française » ( exclusivement donc ), ainsi que le décret du 7 brumaire an II : « Dans toutes les parties de la République, l'instruction ne se fait qu'en langue française ».
L' affaire du « Ñ » ou celle du « C'H » est très claire pour comprendre qu'il y a une opposition aux langues minoritaires encore aujourd'hui...Et jusqu'à la victoire définitive pour madame la Vice-procureure du tribunal de Brest qui a demandé aux maires, il n'y a pas longtemps, qu'elle soit informée des noms de chaque famille qui souhaiterait donner à leur(s) enfant(s) un prénom utilisant un « Ñ ». Pourtant, les procureurs de la république française ne sont pas reconnus en tant que véritable autorité judiciaire par la cour Européenne des droits de l'homme depuis 2008 du fait de leur statut totalement dépendant du gouvernement.
Pour ce qui concerne le monde religieux, on peut dire qu'il a, petit à petit, délaissé la langue bretonne. D'abord, par force, à cause de la loi COMBES (au début du 20ème siècle) qui lutta contre l'utilisation du breton dans le catéchisme et dans les prêches...
(9) « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU
- 33 -
Concernant les effets de la loi COMBES, voici un passage tiré du texte : « L'interdiction du breton en 1902 : une étape vers la Séparation » par Fañch BROUDIG, cité Par Francis FAVEREAU dans « L'évolution du discours sur la langue bretonne au XXème siècle. » (11)
« La première initiative en la matière, ..., date du 30 octobre 1890.., en principe le budget de l'État n'a pour but que de rétribuer des services accomplis dans la langue nationale et dans l'intérêt français ».
Cette initiative fut faite afin d'obliger les prêtres de Basse-Bretagne et d'ailleurs d'utiliser le français au lieu du breton ou d'une autre langue différente du français. Ainsi est dénoncé le catéchisme et le prêche fait en breton.
«... et provient du directeur des Cultes au cabinet d'Armand Fallières, alors ministre de la Justice et des Cultes : c'est celui qu'Yves Le Gallo appelle « l'inamovible et monomaniaque Charles Dumay ». En place depuis 1887, il l'est toujours au moment des événements de 1902. »
« La mesure, dans un premier temps, ne s'applique qu'aux Flamands. Dès le 26 mars 1901, Dumay s'adresse aux préfets de Bretagne et leur demande si « les mesures prises pour le Nord doivent être appliquées dans [leur] département ». La circulaire de septembre 1902 va précipiter les choses et « remuer profondément la Bretagne jusqu'en 1905 ». Car Émile Combes met très rapidement ses décisions en application. « À titre d'exemple », ce sont 31 prêtres qui, dès le 9 janvier 1903, sont suspendus de traitement dans l'évêché de Quimper et Léon, 10 curés-doyens dans celui de Vannes, et 9 recteurs ou vicaires dans celui de Saint-Brieuc et Tréguier : ce sont apparemment eux « les plus fougueux pratiquants (sic) du bas breton » et pour reprendre la terminologie du président du Conseil, « les plus compromis parmi les prêtres qui persistent à faire, de parti pris, usage du breton dans les instructions religieuses et l'enseignement du catéchisme .
À la fin de 1904, ce sont, au total, 87 prêtres finistériens qui auront été frappés de suspension de traitement pour « usage abusif du breton », et au 1er janvier 1905, il en reste 77 dont le traitement n'a pas été rétabli. En septembre 1905, dans les Côtes-du-Nord, 13 prêtres se trouvent sous le coup d'une suspension, mais 30 au total ont été touchés depuis 1902, la moitié d'entre eux faisant entre-temps l'objet d'un rétablissement. C'est dans le Morbihan que le moins de suspensions auront été prononcées pour ce motif : 10 curés-doyens seulement sont concernés. En tout, ce sont 127 prêtres qui, en l'espace de trois ans, auront subi les conséquences de la circulaire Combes.
(Ces chiffres ne prennent pas en compte les suspensions de traitement pour d'autres motifs.)
Cette circulaire suscite les réactions indignées de l'épiscopat et du clergé, de la droite parlementaire et de nombreux élus locaux, mais aussi d'un certain nombre de républicains. Tout le mouvement régionaliste et bretonniste intervient dans le débat, mais aussi la presse, tant locale que nationale. Le journal La Lanterne se signale par ses diatribes anti-bretonnes et antireligieuses : « il est nécessaire d'empêcher les ratichons de déblatérer en patois. Il ne serait pas inutile de surveiller avec soin les sottises que l'on imprime à l'usage des pauvres cagots bretons ».
Puis, le breton est aussi délaissé par le monde religieux du fait du poids du français qui augmente depuis les années 50 ; c'est à dire pendant notre enfance ou pendant notre adolescence. On peut souligner ici la contradiction de l'évêché de Quimper entre l'époque du « Breuriezh ar brezhoneg » très favorable au breton puis à celle de l'action du chanoine FALC'HUN engagé, après la seconde guerre mondiale, dans une dépréciation de l'écriture unifiée de la langue bretonne.
(11) « L'évolution du discours sur la langue bretonne au XXème siècle », Francis FAVEREAU.
- 34 -
On peut lire dans le journal « La Croix » que « L'attachement des évêques de Quimper, de Saint-Brieuc et de Vannes à la langue bretonne a duré jusqu'aux années qui ont suivi la deuxième Guerre mondiale. » (12)
Voici le témoignage de (NP) à propos du breton en tant que marque culturelle « Une dimension religieuse..., on chantait breton dans les pèlerinages de Lourdes et les pardons locaux ».
C'est vrai ( et aujourd'hui, cela revient un peu ) mais je pense que ce n'était, déjà plus, qu'un aspect de la langue bretonne.
Ainsi, l'influence de l'Église par rapport à la langue bretonne devint de plus en plus faible sur notre génération. On peut même penser que c'est plutôt le contraire parce que l'attitude de l'Église pouvait justement être prise pour une voie à suivre finalement...
Il faut mentionner le fait que l'Église était très proche du pouvoir central, il y a déjà fort longtemps ( depuis la lignée des Capétiens ) comme l'explique Yves PERSON... Il fallait lier le pouvoir religieux et celui du Roi afin de transformer aux yeux de tous, le pouvoir royal en un pouvoir divin. Ne dit-on pas ? « La France fille aînée de l'Église ». Une manière efficace de rendre la légitimité du Roi insoupçonnable à tous même si cela n'était pourtant pas une vérité.
Après la loi COMBES, les rapports furent très différents entre les deux pouvoirs justement et il fût nécessaire à la IIIème République de faire taire l'Église... Des luttes ont eu lieu autour de la langue... D'autant plus qu'il existait un statut officiel, pour la langue Bretonne, accordé par la papauté autrefois :
« C'est que le breton armoricain bénéficiait, depuis le XIIIe siècle, grâce à un accord entre le Duché et la Papauté, d'un statut de langue officielle ( la « règle d'idiome » ), qui imposait son usage dans toutes les relations entre l'Église et le peuple de Basse-Bretagne, y compris donc l'enseignement, totalement contrôlé par les clercs et les recteurs de paroisse. » Francis FAVEREAU.(9)
Ainsi, l'attitude de l'Église a été assez politique dans ses rapports au pouvoir royale puis républicain...Et il serait intéressant de comparer la stratégie de l'autorité religieuse à l'activité des prêtres. Les manières de penser et de faire leur étaient probablement différentes à propos du breton. On peut citer par exemple Y. TROAL, recteur à Treogat (1993), bretonnant et auteur d'un dictionnaire Français Breton.
***
Et du côté de la langue bretonne ? Est-ce qu'il y avait une autorité quelconque en Bretagne qui cherchait à convaincre les gens que le fait de garder le breton vivant, pouvait être une richesse ?
Cette question est légitime dans la mesure où la langue bretonne était encore une langue de communication, mais aussi parce qu'elle a subi des influences fortes et planifiées qui ont orienté l'attitude des Bretons… L'influence de l'école par exemple apparue à l'esprit des gens comme la caution intellectuelle et morale légitime. Et ce ne devait sûrement pas être facile d'échapper à cette « morale-là ».
En réalité, il n'existait pas de discours officiel offert à notre génération afin de dénoncer le dénigrement de la langue bretonne et l'accentuation du désintérêt des bretons pour leur propre langue. Il n'existait pas de discours officiel pouvant créer la volonté commune d'enrayer ce déclin.
Voici l'opinion de (JS) : «Nous étions formatés à l'école que ce soit en primaire ou en secondaire».
(9) « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU.
(12) « le renouveau de la culture bretonne un défi pour l'Église » Journal La Croix d'ar 16 a viz Ebrel 2016.
- 35 -
1 - L' « Emsav », ou l'ensemble des protagonistes engagés dans la défense de la Bretagne, existait mais il lui était difficile d'élever sa voix, efficacement, contre la disparition à venir de la langue bretonne à cause des rapports passés du second « Emsav » (situé dans la période des deux guerres mondiales) avec les Allemands…
(RD) écrit : « Ce n'était jamais très bien accepté, un jeune qui parlait breton pouvait être suspecté de sympathie avec le nazisme ou autre bêtise du genre autant par les sympathisants de gauche que de droite ».
Il est intéressant, ici, de faire référence à un passage du livre « Bretons, Indiens, Kabyles... Des minorités nationales ? », écrit par Ronan Ar C'HOADIG.(13)
Dans ce passage, il y a tout d'abord, la précision relative à la naissance de « l' Emsav » qui a pris jour au moment de la révolution française ( nous sommes plutôt habitués à entendre préciser les débuts de l' Emsav, à partir de Théodore Hersart de la VILLEMARQUE et son oeuvre le Barzhaz Breizh, au milieu du 19ème siècle, faisant des revendications bretonnes quelque chose d'assez moderne et donc plutôt politique). Si, en revanche, l' Emsav date de la révolution française, il s'agit au contraire d'une vieille affaire..., qui fait alors davantage référence à l'histoire et aux rapports conflictuels de la Bretagne avec la France depuis le Vème siècle
Ensuite, le passage explique la difficulté de pouvoir analyser précisément les intentions de chaque personne ayant participé à l'Emsav de cette époque et que, finalement, il est assez sage de détacher l'Emsav des différentes idéologies qu'il y a eu à ce moment-là... Ce qui est vrai pour l'un et faux pour l'autre...
Passage du livre de Ronan le Coadic :
« Erwann Chartier et Jean-Jacques Monnier attirent tous deux notre attention sur « un aspect méconnu de la revendication politique bretonne : ses débuts en partie progressistes. Erwan Chartier, qui embrasse la vaste période des « origines » du mouvement breton, allant de la Révolution française aux années 1930, souligne la complexité des itinéraires individuels et relativise la portée des héritages. Jean-Jacques Monnier, en revanche, concentre son attention sur l'antifascisme d'avant-guerre dans le mouvement breton, visant à démontrer que « les militants bretons ne sont nullement voués, par atavisme ou par conjoncture, à une évolution vers le fascisme ».
Ainsi certains points de vue de la génération de nos parents et de nos grands-parents étaient probablement trop fermés, sans discernement et peut-être liés à une couleur politique précise. Le poids des influences ou bien celui du silence vécu par notre génération ont pu former inconsciemment nos idées et notre attitude vis-à-vis de la « vieille langue ».
D'autres parents, quand même, ont pu s'éloigner de l'opinion générale envers la langue bretonne et élever, avec conviction, leurs propres enfants en breton.
Pourtant, dans les années 60, le « Centre d'études et de liaison des intérêts bretons » a eu une très forte influence dans la société bretonne et il s'est, d'une certaine façon, opposé au gouvernement français de l'époque : Connu sous le sigle du C.E.L.I.B., il a permis de telles avancées que cela a contribué à changer la mentalité des Bretons.
(13) « Bretons, Indiens, Kabyles...Des minorités nationales ? », Ronan Le COADIC (dir.)] [Presses universitaires de Rennes, 2009, www.pur-editions.fr
- 36 -
Beaucoup d'organisations ont suivi le dynamisme du CELIB, parmi elles, une partie venant du monde culturel.
Voici un passage de « Keleir, Fondation Culturelle Bretonne, KROAZ BREIZ », numéro 63, Septembre 1953, page 14 que l'on trouve dans le livre « Yezh hag Emsav » de Gwénaël MAZE, à propos de la Fondation Culturelle bretonne (F.C.B.); Il s'agit d' « une fraction du C.E.L.I.B. Chargée de trouver de l'argent pour aider le breton à l'école . Gwénaël MAZE précise: « on trouve aussi dans cette assemblée Kendalc'h ( qui réunit Bleun-Brug, Ar Falz, Bodadeg Ar Sonerion, Kelc'hioù keltiek Breizh hag arallvro ), une demi douzaine de conseillers, parmi eux : le chanoine FALC'HUN (au nom de l'Université de Rennes ) et Pêr HELIAS ( pour radio Kimerc'h ) ».
De fait, les problèmes de la langue ont été mis en avant mais sans qu'ils ne soient résolus. Et il s'agit davantage d'une protection du patrimoine de Bretagne. Cependant, grâce à l'esprit du C.E.L.I.B., il fût possible de donner de l'élan aux revendications nécessaires au sauvetage de la langue Bretonne... La « Charte culturelle de Bretagne » a été écrite quelques années plus tard.
Une sorte de « caution morale officielle » a donc existé, à travers le C.E.L.I.B., pendant une dizaine d'années mais elle s'est éteinte trop tôt pour étendre, d'une manière pérenne, son influence à chaque problème de la société bretonne.
A partir de 1970, l'identité des Bretons s'affaiblit du fait de la disparition du terme « Minorité nationale » ( ce qui est pourtant une évidence ) au profit de celui d'« identité culturelle », nettement moins significatif. Comment se fait-il que le terme « minorité » ait disparu du langage ? (Will Kymlicka, philosophe canadien, distingue les minorités nationales par le fait qu'elles constituaient des sociétés autonomes et territorialement délimitées avant d'être intégrées à un État ). Doit on comprendre que l'Emsav peu influent, pour ne pas dire contre-influent, à ce moment-là se serait satisfait de ce changement de terminologie ? Et ainsi, que des ententes existaient entre le pouvoir et les militants politiques afin de mieux faire accepter certaines revendications du moment ? Voici l'exemple du patrimoine de la France dans lequel on trouve, depuis 2008, les langues minoritaires parlées sur le territoire : Qu'est-ce que cela signifie finalement ? N'y a-t'il pas là, une hypocrisie qui existe pour effacer l'identité bretonne et éliminer son caractère national en même temps quand on constate que l'identité bretonne est mise sous celle de l'identité française comme si cela été une réalité ?...
2 - Sur le terrain politique, justement, il y a eu une personne, élue plus d'une fois, et considérée par bon nombre de personnalités bretonnes comme un ambassadeur de la langue bretonne. Il s'agit de Jean-Yves COZAN (14) :
Ti Ar Vro Kemper «:"... nous tenons également à rappeler quel défenseur de la culture et de la langue bretonne il fut tout au long de sa carrière politique et de ses différents mandats électifs. Il a ainsi permis, par son engagement et son soutien, notamment en Finistère, d'accompagner la création et de conforter la dynamique associative et culturelle bretonne dont sont issus, comme Ti ar Vro Kemper, de nombreux acteurs et structures de la langue, de la musique et de la danse bretonne".
Diwan : « Diwan rend hommage à l'action de Jean-Yves Cozan pour la transmission de la langue bretonne aux jeunes générations »
Kevre Breizh « Visionnaire et volontaire, il devançait les demandes du mouvement associatif, il les soutenait et fixait des objectifs... que ce soit les écoles Diwan, les écoles publiques et privées ou les associations de parents d'élèves Div Yezh ou Dihun »
Et pourtant, ce ne devait pas être facile de défendre la langue bretonne à ce moment-là. Voici le témoignage de Charlie GRALL, pour le Festival du livre de Bretagne de Carhaix :
" Le Festival du livre en Bretagne, qui fête cette année ses 25 ans, tient à rendre hommage à Jean-Yves COZAN, l'homme de culture, de conviction et le bâtisseur. C'est avec lui, lors d'une réunion secrète avec les services de l'Équipement du Finistère et des militants barbouilleurs de panneaux de S.A.B. ( Stourm ar brezhoneg ), que l'idée de ce salon a été émise la première fois et c'est avec son soutien indéfectible qu'il a pu grandir. La Bretagne perd une forte personnalité régionaliste, une figure, "une gueule" comme il aimait dire, un ami ".
(14) Télégramme du 16 juin 2015.
- 37 -
JY COZAN était par son engagement politique un défenseur véritable de la langue bretonne. En luttant pour la langue, il s'opposait à l'état mais l'affaire de Pont l'Abbé, mentionnée plutôt, nous montre que la véritable voix officielle qui s'arrogeait le droit de définir l'avenir du breton, dans le département, était finalement celle des «...autorités finistériennes...» « qui opposèrent à des parents, désireux d' ouvrir une école Diwan à Pont-L'Abbé, le décret du 30 vendémiaire an II (21/X/1793).(9)
3 - Et les gens instruits ?
D'après le témoignage de (VA) : « On dit qu'on a essayé de le faire disparaître ( le breton ) mais ici il y a eu des gens pour le faire vivre à travers la musique, les fest-noz, … Quelques écrivains ont aussi essayé de le faire vivre. »
Il est vrai que beaucoup d'entre eux pouvaient influencer la société bretonne par leurs écrits mais sont-ils parvenus à placer la langue bretonne dans le monde d'aujourd'hui ?
Il y a eu les écrivains de la première guerre mondiale très engagés pour la Bretagne, pour l'identité des bretons, pour la langue bretonne… Depuis les tranchées, certaines de leurs voix se sont fait entendre : Fañch ELIES – Jos AR BRAZ – Auguste BÔCHER – Yann-Bec'h KALLOC'H... « Kroaz ar Vretoned » était une revue qui donnait des nouvelles du front à ses lecteurs grâce aux textes devenus plus tard des témoignages importants, (A. BÔCHER ...). D'autres journaux paraissaient à cette même époque : « Dihunamp » ( Loeiz HERRIEU , Andre MELLAG) , « Ar Vro » (Taldir JAFFRENOU), « Brug » ( Emile MASSON – Erwan GWENOU )...
Mais, est-ce qu'il y avait assez de lecteurs ( quelques milliers ) par rapport au nombre de Bretonnants à ce moment-là ( près d'un million ), pour pouvoir parler d'une véritable influence sur la population ? D'autant plus que le breton n'était pas alors, une langue en danger, dans son expression orale pour le moins.
Il y a eu d'autres auteurs bien sûr : Youenn DREZEN, par exemple, et on peut mettre en avant, aussi, Hyacinthe KERNILIS, un bigouden comme Y. DREZEN, dont j'ai pu connaître la qualité d'écrivain grâce à une des réponses au questionnaire. Un écrivain paysan près du monde religieux comme beaucoup de personnes à cette époque-là.
À eux tous, ils ont exprimé des sensibilités politiques différentes... Ce qui pouvait contrarier l'expression d'une caution morale officielle bretonne.
Après, vint « Gwalarn » d'esprit engagé et nationaliste qui donna aux Bretons une littérature nouvelle, totalement différente de ce qui était écrit jusque-là. C'était le but principal. Pour « Gwalarn », il fallait changer la littérature « silencieuse » du siècle passé, endormie et construite sur le modèle français.., avec, après coup, l'adoption de l'écriture du « peurunvan ». Mais, du fait de ses rapports avec « Breizh Atav », aux débuts de la revue, l'équipe de la revue fût accusée de collaboration avec l'occupant.
Deux choses sont importantes :
- tout d'abord sur le terrain politique, l'esprit nationaliste a été globalement rejeté par la société bretonne : échec des élections des nationalistes ou « Républicains fédéralistes », à Guingamp en 1930, par exemple... La période de guerre a été traversée par des affrontements violents et haineux entre factions politiques bretonnes au point que Yves MERVIN, sur son blog « devoir de mémoire », n'hésite pas à décrire l'époque comme une période « de guerre dans la guerre en Bretagne ». Qui prendrait le pouvoir une fois la paix revenue ? (www.devoirdememoireenbretagne.wordprss.com)
- puis sur celui de la langue : Des questions ont pu être posées sur le « peurunvan »… par exemple: Quelle légitimité avaient les personnes instruites pour promouvoir cette forme du breton et cela de façon assez éloignée du point de vue de la population bretonne et de son intérêt vis-à-vis de la langue ? Et quelle légitimité a le « peurunvan » ?
(9) « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU , Revue internationale d'éducation de Sèvres [ en linenn ]
- 38 -
A propos de la langue, on peut constater que le « peurunvan » est une bonne partie, mais une partie seulement, de l'évolution du breton… Le « peurunvan » (« unifié » en français), influencé après coup, par « Gwalarn » est une des formes de la correction de la langue commencée longtemps auparavant avec le KLT ( Cornouaillais, Léonard, Trégorois ) au XXème siècle, plus avant, par François Le GONIDEG, dans la première moitié du XIXème siècle..., plus avant encore par Julian MAUNOIR ( an Tad Maner ), au milieu du XVIIème siècle.
Avec tous les écrivains qu'il y a eu, nos grands-parents et plus tard nos propres parents pouvaient être influencés, ou non, selon leurs propres sensibilités. L'ont-ils été ? Cela est difficile à mesurer finalement. Mais en ce qui concerne notre génération, je trouve important le témoignage d'Angela Duval à propos des écrivains qui existaient vers 1970. André Voisin, 1971. (15)
« D'où vous est venue l'idée d'écrire ? »
« Je ne sais pas... Parce que j'avais tellement de plaisir à lire les revues bretonnes. Je me suis dit un jour: mais quand même, je ne suis qu'un nourrisson, je me nourris de tout ce que les autres écrivent. Il faudrait que j'essaye d'écrire quelque chose, aussi, moi-même... pour aider un peu... Parce que c'étaient tous des bénévoles. Personne ne gagnait absolument rien en écrivant en Breton. Au contraire on est encore obligé de payer la revue après que vous avez écrit la moitié de la revue... Payer encore l'abonnement puisqu'il n'y a pas assez de lecteurs pour payer les frais d'imprimerie..., l'impression, il n'y a pas assez de tirages... Alors j'ai commencé à écrire mais je faisais des fautes... Je lisais depuis toujours le breton. J'avais jamais essayé de l'écrire mais je croyais qu'on écrivait ça assez facilement... Quand je lisais le breton, c'était pour savoir l'histoire...C'était pas pour savoir comment que c'était écrit. Mais alors quand j'ai commencé à écrire, j'en ai bavé et je faisais des fautes... Puis j'avais ça de particulier que les écrivains paysans sont extrêmement rares... Alors personne ne parle de la vie des champs pour ainsi dire... Je suis à peu près la seule à le faire...»
Les gens capables de lire en breton étaient-ils nombreux ? Ceux qui ont eu une éducation au catéchisme certainement... Et les autres ?
***
(15) Émission « Les conteurs », André VOISIN, 1971.
- 39 -
À ce qu'il semblerait, le breton, la langue de communication du pays n'était pas assez forte dans l'esprit des gens à ce moment-là pour s'opposer à l'opinion générale apportée par l'idéologie de la IIIème République et aux prémices de la mondialisation.
Il y avait mieux à faire que de s'occuper de culture, même s'il était question de la langue du Pays. La vie continue… Ainsi, une grande partie de la population a choisi de suivre ceux qui avaient le pouvoir que ce soit pour essayer d'y prendre part ou bien pour avoir la paix.
Mais…
Par ce « choix-là », l'acculturation commencée avec la colonisation, il y a longtemps sur le territoire français, comme dans d'autres pays, s'est renforcée pour de bon. Pour finir avec la caution morale officielle, uniquement présente du côté français, voici un titre que l'on trouve dans une proclamation de la région Bretagne publié le jeudi 4 avril 2018 :
« Ur stagidigezh kreñv, un anaoudegezh ofisiel e 2004 dija » ou en français : « Un ajout solide, une reconnaissance officielle en 2004 déjà ». Finalement, il y a eu une caution morale officielle bretonne afin de s'occuper de l'avenir de la langue... Malheureusement, cela est advenu bien trop tard pour notre propre génération...
Cependant, tout le monde n'a pas accepté cette reconnaissance de la langue bretonne... Voici un article paru dans Ouest France ( en Janvier 2013 ) : « Le breton : langue vivante ou langue morte ? » (16)
« Pierre MAILLE, président (PS) du conseil général du Finistère, a ravivé une polémique. Il n'envisage pas le breton comme langue de communication. »
Un combat existe encore qui traverse les idées politiques et empêche la Bretagne de retrouver sa langue. Un combat situé entre l'idéologie de domination et le problème de la survie du breton qui reste toujours une réalité malgré les lois internationales qui se multiplient petit à petit...
Voici l'avis bien tranché de Yves PERSON sur le sujet, dans sa conférence de Dakar, devant le foyer Breton, le 7 décembre 1970. Ar Falz n°1 33ème année (17):
« Que ce système, ( L'auteur parle de l'état français ) avec son autoritarisme théocratique, mais son indulgence pour les individus, ait une logique propre, c'est incontestable. Sans cela, il n'aurait pas duré. Mais on peut le juger sur le plan éthique comme destructeur de démocratie et au niveau culturel, de valeurs humaines. Comme citoyens français, nous en sommes évidemment responsables et avons le strict devoir de le combattre puisque en raison de l'influence de notre pays dans le monde, il contribue à diffuser un modèle néfaste surtout dans le développement des pays sous-développés ( conception absolutiste de l'État, notion de souveraineté absolue et négation des réalités ethniques, qualifiées de tribales ou régionales ). »
Après la reconnaissance officielle du breton, une image plus positive s'est développée quand même en faveur de la langue depuis la décision du conseil régional... C'est désormais plus facile de parler de la langue bretonne... Ce qui n'était pas évident auparavant.
De plus, la reconnaissance de la langue, par les élus, positionne le breton sur une autre marche plus proche de celle du français. Le statut de langue officielle est donc un outil important. Et, peut-être que la langue bretonne entraînera à sa suite l'avenir du gallo? C'est probable.
(16) « Ouest France », janvier 2013.
(17) Conférence de Dakar, Y. PERSON devant le foyer Breton, le 7 décembre 1970. Ar Falz n°1 33ème année, arroudenn diwar Ar FALZ n°89, 2016.
- 40 -
3-5 Il n'y avait que la culture française qui comptait !
23 réponses : 45%
les témoignages :
(RD): Vrai, pour la plupart c'était sans aucun doute le sens de l'Histoire, il fallait « aller de l'avant », le breton avait fini par comprendre que vu de Paris, il n'était qu'un attardé, c'était clair.
(JS): Nous étions formatés à l'école que ce soit en primaire ou en secondaire.
(AC): Oui essentiellement mais aussi les langues telles que l'anglais, l'allemand ou l'espagnol.
(MPQ): La seule qui permettait de « grimper » dans l'échelle sociale.
(RK): Hag an hini saozneg.
(BP): C'était assez marginal. Pour les jeunes avec le renouveau par la musique, au milieu des années 70, ça redémarrait. Une partie n'allait pas en boîte de nuit mais privilégiait les fest-noz ; L'effet se fait ressentir aujourd'hui, où les participants aux fest-noz ont bien vieilli.
(BT): Oui, mais plutôt en tant que culture dominante, elle était partout.
(BS): Mes parents et grands-parents ne voyaient pas l'intérêt d'apprendre cette langue à l'école. Seuls comptaient les moyens qui nous permettraient de nous « élever » socialement et à ne pas devoir aller en mer gagner notre vie. Donc effectivement la culture française ou internationale primait.
(JB): Non justement, on mixte les 2 sans problème.
3-6 La culture française était mieux considérée que la culture bretonne à cette époque-là?

Vos témoignages :
FAUX : Dans les années 70, la culture bretonne s'est réveillée et la langue en a profité à ce moment-là. Il faut cependant soulignait la contradiction qui est alors apparue : « Diwan » naissait mais contre une opposition marquée. On disait donc oui au breton de nos aînés mais non à la transmission.
(JS): Faux, ayant eu l'occasion de passer des concours administratifs, l'option facultative breton au niveau de l'oral dans les années 1970 même à la fac de droit de Rennes.
(RK): GAOU evel-just ; ar cheñchament a zegouezas goude-se.
(RT): L'expression en breton était populaire ( groupes sociaux : paysans, ouvriers, ...) alors imaginez la culture : En lycée à Quimper, dans les années 70, nous étions fan de Stivell et de Servat. Servat passait déjà dans l'arrière-salle des bars locaux, de beaux souvenirs.
(FMD): Faux , le Breton existait bel et bien puisque ma famille bretonnante l'utilisait au quotidien et avait "du goût" à aller au fest-noz ( attraction ayant remplacé, grâce aux estivants, disaient ils, les fêtes de ferme de type " terre battue " ) par contre, ils ne comprenaient pas beaucoup les infos en breton du " Léon " ( selon eux ) de Fañch Broudig sur télé Bretagne, et n'allant pas à la messe ne suivaient pas celle-ci en breton puisqu'ils ne fréquentaient, que rarement l'église du village.
- 41 -
(RL): Les chants religieux en breton fédéraient les pèlerins des pardons.
(NC): Si, mais pour moi qui ait vécu en ville, j'ai le sentiment que seuls, ceux qui avaient des origines paysannes s'intéressaient au breton, à des degrés variables.
(LLL): D'am soñj ket an dud tro dro din a oa gant an daou sevenadur.
(VA): On dit qu'on a essayé de le faire disparaître mais ici il y a eu des gens pour le faire vivre à travers la musique, les fest-noz, … Quelques écrivains ont aussi essayé de le faire vivre.
Il est intéressant de souligner la remarque suivante : « Quelques écrivains ont aussi essayé de le faire vivre ». En effet, des écrivains se trouvent très impliqués dans le processus de diglossie / glottophobie vécu très durement depuis plus d'un siècle et qui pèse encore aujourd'hui sur l'avenir de la langue bretonne... ( Mentionné P38-39 )
On peut résumer rapidement cette situation si importante de la façon suivante : L'hégémonie républicaine dont celle de la IIIème République surtout, a mis en pratique les principes apportés par la révolution : « la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue ( Abbé Grégoire ). » (9)
Alors, sont apparues des réactions pour la survivance du breton dont, celles des écrivains du XXème siècle. On trouve donc, ici, les « débuts » de cette diglossie / glottophobie « moderne » entre le français et le breton. Cela est d'autant plus compliqué qu'est apparue aussi une autre diglossie, interne à la société bretonne et qui marque les différences entre la langue populaire du Pays et sa version littéraire. On constate, aussi, d'autres niveaux de diglossie, socialement construit par les gens eux-mêmes, dont ceux basés sur les différences dialectales des différents Pays. En Pays Bigouden par exemple, on entend le « bigoudenneg » et plus local encore, le breton de Léchiagat où d'ailleurs (« Kant bro kant giz...» ou en français « Cent pays, cent façons...»). Enfin, la langue bretonne a été, aussi, confrontée à un combat entre le « breton de l'université de Brest » et le « peurunvan » qui s'est aplani aujourd'hui mais sans être, encore, tout-à-fait apaisé.
Voici pourquoi, la situation du breton est une affaire très complexe et difficile à dénouer ; des sentiments, des manières de penser et des enjeux politiques sont liés entre eux de façon très disputée. La langue bretonne est considérée comme un enjeu très important par certains pouvoirs ou à l'inverse, comme un obstacle dérangeant par d'autres pouvoirs. Ces différents pouvoirs, en place, sont ceux de l'Église, ceux du gouvernement français, ceux des groupes politiques, ceux des différents rangs sociaux, ceux des groupes de pression... Pourtant, une langue n'est pas un concept politique mais véritablement une intelligence sociale. Ce sont les pouvoirs qui en donnent le cas échéant et selon leurs intérêts, un profil politique positif ou négatif. Une langue est neutre, elle n'a pas de couleur politique.
Explications que l'on peut mentionner :
Tout d'abord, une confirmation de cette guerre de l'écriture, selon Hervé LE BIHAN (18).
« Rapidement une polémique naît autour de la naissance du peurunvan à cause de cette date de juillet 1941 évoquée plus haut : on y voyait la main mise de l'occupant. Ce qui s'est révélé être faux. C'est aussi à cette époque (1953) que le chanoine François FALC'HUN, nouveau professeur de celtique à l'Université, jette les fondements d'une nouvelle réforme orthographique sur des bases eugénistes ( en rapport avec sa théorie des différences très importantes entre le vannetais et les autres dialectes du breton : d'origine gallo-romaine pour le premier et celtique pour les autres). Ces propositions donneront naissance à une nouvelle orthographe en 1955. Cette nouvelle réforme, qui s' auto-proclame skolveurieg ["universitaire"], a été créée, en fait, pour des raisons idéologiques et politiques et non scientifiques. Ces principales caractéristiques en sont un nouveau recentrage sur le dialecte du nord-ouest (cf. la réforme de Le GONIDEC), le refus du signe cumulatif zh, excluant toute possibilité d'unification écrite avec le vannetais. »
(18) « Histoire graphique de la langue bretonne : la question de la norme » Hervé LE BIHAN, professeur université Rennes 2, directeur du département celtique.
- 42 -
Puis, voici des extraits des travaux de Gwénaël MAZE, ceux de Olivier MOLINER et ceux de Francis FAVEREAUX qui éclairent les oppositions sur l'écriture de la langue bretonne.
Tout d'abord ceux de G. MAZE qui jette un regard sur les pouvoirs opposés à l'Emsav, leurs intérêts et leurs objectifs : « Yezh hag Emsav », pages 221 à 225 et 237 à 241 (19). Cela nous informe sur les problèmes relatifs au breton dans les années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale.
1- Difficultés pour relancer l'enseignement du breton après la guerre :
Selon Jean-François AR FALC'HUN ( Yann-Frañsez AR FALC'HUN d'après son nom d'écrivain dans la revue KROAZ BREIZ ), professeur au grand séminaire de Quimper et cousin de François FALC'HUN ( Directeur du département celtique de l'Université de Rennes ; plus tard il créera le Breton dit de l'Université de Brest ), Mr STER, inspecteur de l'évéché de Quimper pour l'enseignement déclare en 1945:
« Ul lañs nevez zo ezhomm da studi ha kelenn ar brezhoneg en hor skolioù. Termal a ra meur a hini ( mistri skol eo ). Diskredik eo reoù-all ha dizesk un nebeud ; Evit ar re-mañ ez eus kentelioù dre lizher an Aotrou SEITE... Ar re-all o deus ezhomm : kredenn, abegoù d'o c'halonekaat ha d'o broudañ... »
ou en français:
« Un nouvel élan est nécessaire pour l'étude et l'enseignement du breton dans nos écoles. Beaucoup hésitent ( Il s'agit ici des maîtres et maîtresses d'école ). D'autres sont incrédules et manquent de connaissance ; Pour ceux-là, il y a les leçons par correspondance de Mr SEITE... Les autres ont besoin : de croyance, de raisons pour les encourager et pour les stimuler...»
On comprend que c'était difficile pour l'enseignement catholique de stimuler les instituteurs et institutrices pour l'apprentissage du breton dans les écoles comme cela avait été fait quelques années auparavant avec « Breudeuriezh ar brezhoneg er skolioù », mis en place par l'évêque de Quimper Msr DUPARC. G. MAZE précise quand même, à propos de cette organisation, que l'enseignement du breton ne fût pas très bien accueilli dans certaines écoles catholiques, à ce moment-là.
« Hep kontañ dievezh, dizeur, youl fall hag enebiezh renerien-skol ha mistri zo. » « Yezh hag Emsav », pajenn 155
Soit en français :
« Sans compter le manque d'attention, le désintérêt la mauvaise volonté et l'opposition de certains maîtres et maîtresses »
Yann-Frañsez Ar FALC'HUN rajoute en 1947 :
« Klasket ez eus bet liammañ an alouberien Alaman ouzh ar brezhoneg, a benn kaout an dizober eus an eil d'egile, kement ha ken bihan ma oa tu antronoz al liberation da grediñ e oa echu gant kudenn Vreizh »
« On a essayé de lier les envahisseurs Allemands au breton, afin de se débarrasser de l'un et de l'autre tant était faible, au lendemain de la libération, la possibilité de croire que c'en était fini avec le problème breton. »
(19) « Yezh hag Emsav » Gwénaël MAZE p155, de 221 à 225 et de 237 à 141
- 43 -
2 - Pal ar skritur Skol Veur Brest :
- Le rôle de l'écriture de Rennes à cette époque :
« Bloaz goude, G MAYER, Dean Skol-Veur Roazhon a embann ur gemenadenn, enni hetoù Rann al Lizhiri evit kelennadurezh ar brezhoneg hag a-enep ar reizhskrivadur peurunvan emglevet e gouere 1941. An eil gwech e oa d'ar Skol-Veur emellout e reizhsrivadur ar brezhoneg : e miz Du 1943, he doa dija klasket berzañ arver ar reizhskrivadur peurunvan er skolioù-Stad hag en arnodennoù, en aner, dislavaret ma oa bet kerkent gant ar maodiern. Ar wech-mañ, avat ez eus un nevezinti ; anv a reer eus « ur reizhzskrivadur savet war atiz an alouber (alaman) ». War atiz Rann ar C'heltiek, eleze d'an ampoent François FALC'HUN, e voe ouzhpennet ar bom diaoulekaer »
« Une année plus tard, G MAYER, doyen de l'Université de Rennes publie un communiqué spécifiant les souhaits du département des Lettres pour l'enseignement du breton et s'affirme contre l'écriture unifiée suite à l'accord de juillet 1941. C'est la deuxième fois que l'université se mêle de la correction de l'écriture : au mois de novembre 1943, elle avait, déjà cherché à prévenir l'utilisation de l'écriture unifiée dans les écoles et dans les examens en vain du fait qu'elle fût aussitôt contredite par le Ministre. Cette fois-ci, cependant, il y a une nouveauté ; il est question de « l'écriture corrigée construite sur l'instigation de l'envahisseur (allemand) ». Sur l'instigation du département de Celtique, autrement dit, au moment de François FALC'HUN, il fût rajouter cette bribe de mots véritablement diabolique »
« Meur a dra a vefe gallet rebech d'an hetoù-se moarvat », a skriv Yann-Frañsez ar FALC'HUN, kenderv Francois, e KROAZ BREIZ o c'houverkañ disolded an dagadenn »
« Plus d'une chose, certainement, pourrait être reprochée à ces souhaits-là » écrit Yann-Frañsez Ar FALC'HUN, cousin de François, dans la revue KROAZ BREIZ, en soulevant le fait que l'attaque est non fondée. »
- Rôle du groupe communiste:
« Pal strollad kommunour Frañs da heul an argad alaman a-enep an Unaniezh Soviedel, en hañv 1941 n'eo ket kemmet : kemer ar galloud, hag ar wech-mañ, da heul faezhidigezh Alamagn. »
« Le but du groupe communiste français à la suite de l'attaque allemande contre l'Union Soviétique, dans l'été 1941 n'a pas changé : prendre le pouvoir, et cette fois-ci, à la suite de la défaite de l'Allemagne »
« Ezhomm en deus en diarsell-se savelañ ( krouiñ en un doare stabil) un enebour a vo aze mudet pa vo aet kuit an Alamaned. Piv dilenn? Ar C'haolourion, a zo bet endorniet gant Saoz ha Stadoù unanet ? An Iliz Katolik, kenduad ha skor maréchal PETAIN hag e renad ? An Emsav, an nerzh nemetañ a stourmas ez digor ouzh renad Vichy ? ( Ul levr all savet gant G. MAZE : « Emsav hag Istor » a laka war-wel skridoù Roparz HEMON a savas a-enep ideologiezh c'hall )? Pourvezerion al luoz alaman ( Lod brasañ eus an embregerezhioù ) ? An amaezhiadurezh, ar polis ?...
N'eo ket an dibab, evit gwir, adal Eost 1944 berzet outañ pep arez ( neuz ) kehentiñ a-yoc'h ( a-gementad bras) – kelaouennoù – skinkomz – an Emsav zo ar boulc'h-aberzh eorizek ( eus ar c'hentañ ). Ar re o doa un dra bennak da lakaat ankounac'haat gaolourion, kommunourion, prefeded, amaezhierion, « ministred Doue » hag all a gendaol da savelañ an Emsav evel « an » enebour hep arvar da welout diskuilhet kammdro o zamalloù. Erziwezh, tamall an Emsav 'zo ur brouenn a résistance a dalvezo da c'housellidi ha tamalidi da emdennañ hep re a boan eus an trubuilhoù graet dezho war zigarez o c'henlabour gant an Alamaned, o skor da c'houarnamant Vichy, o c'harantez evit ar brezhoneg, evel Armand KERAVEL pe François FALC'HUN. »
- 44 -
« Cette perspective, a besoin de construire de manière stable un ennemi qui sera silencieux quand les Allemands seront partis. Qui élire ? Ceux qui seront aux mains des Anglais et des Américains ? L'Église Catholique, complice et soutien du maréchal PETAIN et de son régime ? L'Emsav, la seule force qui lutta ouvertement contre Vichy ( Un autre ouvrage de G. MAZE : « Emsav hag Istor » fait apparaître des écrits de Roparz HEMON contre l'idéologie française )? Les approvisionneurs de l'armée Allemande ( la plus grande partie des entreprises )? L'administration ? La police ?...
Ce n'est pas un choix, en réalité, l'Emsav est le bouc émissaire idéal, depuis Août 1944 on lui retire le droit de toute capacité de communication – revues – radio. Ceux qui ont quelque chose à faire oublier « gaolourion », communistes, préfets, administratifs, « ministres de Dieu » etc, contribuent à faire de l'Emsav « l' » ennemi, sans danger de voire dénoncer la malhonnêteté de leurs accusations. De plus, accuser l' Emsav est une preuve de résistance qui permettra aux accusés de se tirer sans trop de peine des troubles qui leurs seront fait en rapport avec leur collaboration avec les Allemands, leurs soutiens au gouvernement de Vichy, leur amour du breton comme Armand KERAVEL ou François FALC'HUN. »
- Une sorte d'entente entre les communistes et des représentants de l' Eglise
« Evelato o tiskar an Emsav ez eus arvar da ziskar an nerzh kevredigezhel ez eo un eztaol anezhañ. Penaos e atoriñ ? Evit-se ez eus ezhomm ul lerenn-rod : skoalerien Ar Falz. Int-i o devo da ledañ ar gredenn gomunour nevesaet er metoù breizhek : etrevroadelezh ha broadelouriezh c'hall. Adal ar niverenn gentañ, Ar FALZ ar goude-brezel a adkas mojenn an Emsav kenlabourer an Nazied, evel ma rae kamaladed goprlazher an Aotrou PERROT, evit kantreizhañ o muntr. E 1948, pa glaskent tarvañ gouelioù Bleun-Brug Kastel Paol – ar re gentañ abaoe 1942 – Yann-Hervé Liberal, kadoriad ar Bleun-Brug, en ul lizher digor a c'houlennas ouzh maer Skrignac degas e brouennoù : respont ebet. Ken goullo-all e oa sac'h KERAVEL, rener Ar Falz. »
« Cependant en démolissant l'Emsav, il y a un danger de détruire la dynamique sociétale qui est une de ses expressions. Comment y parvenir ? Pour cela il y a besoin d'une courroie de transmission : Les instituteurs d'Ar Falz. Ils auront à étendre la croyance communiste renouvelée dans les milieux bretons : internationalisme et nationalisme français. Depuis le premier numéro, Ar FALZ de l'après guerre reprend la légende de l'Emsav collaborateur des Nazis, comme le faisait les camarades, assassins de l'abbé PERROT, pour justifier leur meurtre. En 1948, quand ils cherchèrent a saboter les fêtes du Bleun-Brug de St Paol de LEON, les premières depuis 1942, Yann-Hervé LIBERAL, président du Bleun-Brug demanda, dans une lettre ouverte, au maire de Scrignac d'apporter des preuves. Il ne reçut aucune réponse. Tout aussi vide étaient les preuves de KERAVEL, directeur d' Ar Falz. »
« Nesaegezh ar chaloni FALC'HUN hag ar gomunourien a fetisa evit enebiñ ouzh ar reizhskrivadur unvan ; « reizhskrivadur savet war atiz an alouber » hervez kemennadenn Dean Skol Veur Roazhon, meneget uheloc'h. »
« La proximité du chanoine FALC'HUN et des communistes se concrétise pour s'opposer à l'écriture unifié ; « l'écriture corrigée sur l'instigation de l'envahisseur » selon le communiqué du doyen de l'Université de Rennes. »
« Ur stael skorour er Rann ar C'heltieg e Skol-Veur Roazhon 'zo da bourvezañ e 1949. E lec'h ober galv da Baol KENTEL, anavezet evit e labourioù war ar yezhoù keltiek ha darbennet gant Aotrou VENDRYÈS, ar c'heltiegour brudet, Per TREPOS eo a zo galvet gant ar c'helenner FALC'HUN. Hag eñ nebeut arroutet war ar c'heltiegoù, zo soutenet gant ar strollad Komunour. »
- 45 -
« Un poste d'assistant au département de Celtique à l' Université de Rennes est a pourvoir en 1949. Au lieu de faire appel à Paul KENTEL, connu pour ses travaux sur les langues celtiques et approuvé par Joseph VENDRYÈS, spécialistes reconnu des langues celtiques, c'est Pierre TREPOS, peu expérimenté qui fût appelé par le professeur FALC'HUN et soutenu par le parti communiste. »
« Kaset eo an argerzh-se pelloc'h e 1950 gant krouidigezh ar c'henvredad Kendalc'h. Bodañ a ra Ar Falz, Bleun-Brug, Bodadeg ar sonerion ( B.A.S. ), kelc'hioù Keltiek Breizh hag arallvro. Dreistkred eo gwelout en hevelep aozadur ar Bleun-Brug hag Ar Falz – kamaladed d'ar re o doa lazhet an Aotrou PERROT, krouer ar Bleun-Brug. »
« Ce processus à été plus loin en 1950 avec la création de la confédération « Kendalc'h ». Elle regroupe Ar Falz, Bleun-Brug, Bodadeg ar sonerien ( B.A.S. ), les cercles celtiques de Bretagne et autres. C'est inoui de voir dans la même organisation, le Bleun-Brug et Ar Falz – camarades de ceux qui ont tué J-M PERROT, créateur du Bleun-Brug. »
« E 1953, dek vloaz goude drouklazh an Aotrou PERROT : setu ar Bleun-Brug hag ar Falz, bodet er Fondation Culturelle Bretonne (F.C.B.)... Er bodad emañ ivez KENDALC'H hag un hanter dousennad kuzulierion, en o zouez : ar chaloni FALC'HUN – en anv Skol-Veur Roazhon – ha Pêr HELIAS – evit Radio Kimerc'h. »
« En 1953, 10 ans après le meurtre de J-M PERROT : voici le Bleun-Brug et Ar Falz, rassemblés dans la Fondation Culturelle Bretonne ( F.C.B). Dans ce regroupement se trouve aussi KENDALC'H et une demi-douzaine de conseillers, parmi eux : Le chanoine FALC'HUN – au nom de l'Université de Rennes – et Pierre HELIAS – pour Radio Kimerc'h. »
« Abaoe bloavezhioù edo ar chaloni o tougen ur skritur nevez, lesanvet « falc'huneg », a zo dambrest e miz Ebrel 1956 ha lakaet da dalvezout kerkent war BLEUN-BRUG Ebrel-Mae. Darbennet eo gant ar Skol-Veur ha gant ur bureviad er vaodiernezh, a lavarer. Dre se ar falc'huneg, gwisket warnañ dilhad aotrouniezh « skolveurel », eo ar skritur nemetañ aotreet evit kelenn ar brezhoneg. An alc'houezh eo, a lezer da grediñ, a zigoro d'ar brezhoneg dorioù ar skolioù. Hag evit bezañ suroc'h, gant prouiñ ( en un doare gouiziel, anat eo! ) e teu ar brezhoneg eus ar galianeg e vo rediet mat gouarnamant Frañs da lakaat kelenn ar brezhoneg en e skolioù. »
« Depuis des années le chanoine porte une écriture nouvelle, surnommée « falc'huneg », qui est pratiquement prête au moi d'avril 1956 est tout de suite utilisé dans le « BLEUN-BRUG » d'avril-mai. Elle est acceptée par l' Université et par un groupe de personnes du ministère dit-on. Grâce à ça, le « falc'huneg », habillé de l'autorité « universitaire », est la seule langue autorisée pour enseigner le breton. C'est une clé, laisse t' on croire, qui ouvrira au breton les portes des écoles. En prouvant que le breton est issu du gaulois on est plus sûr encore d'obliger le gouvernement français à faire enseigner le breton dans les écoles. »
-Rôle de la réforme de l'écriture de l'Université de Brest :
« Evit gwir, ar benveg eo ar skritur-se da sebeliañ Gwalarn hag al lennegezh vrezhon tarzhet drezañ, dre ziwrizennañ ar reizhskrivadur peurunvan a zo unan eus gounidoù diazez ar yezh en amzer-vremañ. »
« En réalité, en déracinant l'écriture corrigée du peurunvan qui est une des avancée de la langue aujourd'hui, cette écriture est l'outil pour noyer GWALARN et la littérature bretonne qui a vivement émergé grâce à cette revue. »
- 46 -
« Ouzhpenn reiñ dorn d'an embregadenn-se, e talc'h Ar Falz da glask atoriñ ar bountad breizhek e gounid ar gomunouriezh. An irienn savet gantañ e 1963-64, evit kemer penn Kendalc'h, kevredad tudetañ F.C.B., a dro da yod erziwezh. »
« En plus d'aider cette manipulation, Ar Falz continue à chercher à utiliser la poussée bretonne au profit du communisme. Le stratagème imaginé en 1963-64 pour prendre la direction de « kendalc'h » l'association oeuvrant ( tudetañ? ) pour la Fondation Culturelle Bretonne est un échec. »
- Echec de l'écriture de l'Université de Brest :
« Afer ar skritur « skolveurieg », douget gant ur beleg eus eskopti Kemper, zo un arnod c'hwitet da zont er-maez eus an dazeilad ( saviad ma n'eus dibab nemet etre daou dra a c'hall bezañ ) etre ar feiz kristen hag ar gredenn c'hall. Bezañs an Emsav ne aotre mui d'an eil kenvezañ diantek gant egile. Alese an hunvre : lazhomp an Emsav ha betek an eñvor anezhañ, hag e c'hellint kenvezañ diantek a-nevez. »
« L'affaire de l'écriture universitaire, portée par un prête de l' évêché de Quimper, est une expérience ratée en ce qu'elle ne parvient pas à s' extraire de son choix entre la foi chrétienne et la croyance française. L'existence de l'Emsav ne permet plus à l'une de côtoyer l'autre, de là le rêve : tuons l'Emsav jusqu'à son propre souvenir et elles pourront ,à nouveau, se côtoyer.»
3 – Apaisement (?):
« Arbenn-bezañ ar skritur « skolveurieg» e oa youl boutin dalc'herion ar gredenn c'hall en eskopti Kemper hag el luskad komunour, da ziskar an Emsav, kollet ganti pep arbenn-bezañ dre an enkadenn m'emañ ar gatologiezh e Breizh ha disac'hadur an Unaniezh Soviedel ez eo steuziet dioutañ e unan. »
« La raison principale de l'écriture universitaire qui était la volonté commune aux tenants de la croyance française de l'évêché de Quimper et de la dynamique communiste, de démolir l'Emsav, a perdu sa raison d'être et a disparue à cause de la crise dans laquelle se trouve le catholicisme en Bretagne et l'écroulement de l'Union Soviétique.»
Voici maintenant des explications plus globales qui nous sont donnés par O. MOLINER, G MAZE et F FAVEREAU sur l'implication du parti communiste dans la défense de la langue bretonne avec, en point de mire, une rupture de sa conception idéologique dû aux événements de la seconde guerre mondiale.
« Concernant le dilemme des idéologies » selon Olivier MOLINER dans son article « Les communistes français et la promotion des langues régionales dans la période avant et après la Seconde Guerre mondiale »(20).
L'auteur souligne l'évolution de la conception communiste française préalablement acceptée du modèle soviétique à un communisme à la française patriotique et nationaliste qui se contredit alors sur le fait de la nation mais aussi sur la place de la langue. Cette évolution de la pensée communiste est donc nettement marquée par deux différences : la nation et la langue.
La nation française, « incréée » selon Y. PERSON, exprime une construction de la nation quand l'idée soviétique caractérise une nation par une communauté de culture stable dans le temps qui puisse se référer à sa langue, son territoire, son économie et par sa formation « psychique ».
(20) « Les communistes et la promotion des langues régionales dans la période avant et après la 2nde guerre mondiale », Olivier MOLINER
- 47 -
Selon O. MOLINER, la langue française en tant que langue nationale n'est parlée, seulement en majorité, qu'après la première guerre mondiale. Pour la Bretagne, il n'est cependant pas soulignée la phase de basculement nécessaire aux « nouveaux apprenants obligés » et leur bilinguisme approximatif avant qu'ils n'arrivent à posséder réellement la langue française ; beaucoup de nos grands-parents l'ont maîtrisée entre les deux guerres seulement. On est plus proche de la seconde guerre mondiale. L'auteur écrit :
« A cette époque, en France, la langue nationale n'était pas un fait de masse comme le prescrivait la conception soviétique ». « Le français en tant que langue nationale était donc plutôt lié à un « fait administratif ».
Selon O MOLINER, il se profile un dilemme chez les communistes français qui éclatera pendant la seconde guerre mondiale. Pour illustrer ce propos, voici des faits marquants cette évolution :
1- Les premiers se situent avant la première guerre mondiale.
Ils montrent bien l'acceptation du fédéralisme dans la pensée communiste de l'époque. Il est relaté dans l'ouvrage « Emsav hag istor » de G MAZE pajenn108 (19) à propos de la destruction du monument représentant la Duchesse Anne agenouillée devant le Roi de France ( page 108) :
« La cellule communiste de Quimper, réunie le 23 septembre 1932, s'élève contre l'emprisonnement arbitraire des jeunes autonomistes de Rennes » de même « le journal L'HUMANITE écrit « Après « l'attentat » de Rennes, le mouvement autonomiste breton doit être défendu ! »
D'après O. MOLINER :
« le PCF poursuivit à partir de 1925 et jusqu'en 1936 une politique anti-impérialiste avec l'option d'une autonomie comprenant la possibilité de la séparation des régions d'Alsace et de Lorraine de la France ».(20)
Dans cette même logique, F. FAVEREAU explique dans son ouvrage : « L'évolution du discours sur la langue bretonne au xxe siècle »(11) qu'apparaît :
« un nouveau discours, laïc, progressiste et même « révolutionnaire », tel qu'il est élaboré à partir de 1933 dans la revue Ar Falz, « Bulletin mensuel des instituteurs laïques partisans de l'enseignement du breton », notamment par son responsable SOHIER qui tente de concilier ses positions autonomistes et communisantes – alors qu'il est proche de Marcel CACHIN, figure historique du PCF, par exemple –, qui sont pour ces dernières très majoritaires chez les « normaliens » de l'enseignement primaire. Parmi divers articles, retenons cette pétition lancée fin 1934 par les instituteurs laïques, qui montre cette double influence, à la fois nationaliste bretonne ( Breiz Atao ) et communisante. Dans le contexte de ces années trente, contemporaines de l'arrivée de Hitler au pouvoir, avant le Front Populaire, on note le slogan très engagé : « Formez un Front Unique de Combat », au bas d'un texte très virulent ( les termes soulignés l'étant, bien entendu, comme dans l'original ) »
En voici un passage: « ...
– La
langue bretonne est la langue d'un million et demi de Bretons. –
C'est une langue riche devenue aujourd'hui une langue de
culture moderne. – C'est par elle, et par elle seule,
qu'est possible l'éducation logique et rationnelle de nos
enfants, l'émancipation culturelle du peuple breton…
–
Le droit d'un peuple à instruire ses enfants dans la langue
maternelle est un droit imprescriptible et sacré. – Aucun
peuple, aucun gouvernement n'a le droit d'imposer sa langue à un
autre peuple même vaincu. – L'assimilation linguistique ne peut
être qu'un crime et n'est qu'une des formes les plus
dangereuses de l'impérialisme.
... »
(19) « Yezh hag Emsav », Gwénaël MAZE p155, 221 da 225 ha 237 da 141.
(20) « Les communistes et la promotion des langues régionales dans la période avant et après la 2nde guerre mondiale », Olivier MOLINER.
(11) « L'évolution du discours sur la langue bretonne au XXème siècle », Francis FAVEREAU.
- 48 -
2- Un autre fait situé cette fois, après guerre : Il démontre au contraire une conception nouvelle devenue alors très jacobine. O. MOLINER explique l'influence communiste dans le monde associatif (20).
« Pierre Hervé qui fut invité en 1947 à donner une conférence au Foyer breton de Paris (Kêr-Vreizh) s'exprima de manière à ne laisser planer aucun doute concernant son engagement patriotique : « L'indépendance de la Bretagne fut une période très brève de son histoire. L'unité géographique du sol n'existe pas, ni l'unité de race. La langue est le fait breton le plus important, mais les limites linguistiques ne correspondent pas aux limites historiques […] il existe donc une nation française, mais pas de nation bretonne […] La cause de la France s'identifie avec la cause du progrès et de la liberté. Pas de fédéralisme français ! » cité d'après Léon Toulemont 1947 »
« Ce genre de déclaration montre que les communistes eurent alors fort besoin de manifester leur patriotisme en plus de leur passé résistant – le mauvais souvenir de la collaboration, l'action du Parti national breton (PNB) et l'activité linguistique-nationaliste d'un Roparz Hemon étaient encore trop présents. »
Je pense que l'on peut rajouter à cela, les conséquences du « pacte germano-soviétique » ; elles sont désastreuses pour les communistes français et amène à l'interdiction du parti qui si il a surpris les communistes français, a contribué au basculement du parti dans son acceptation de l'idéologie jacobine.
O. MOLINER précise comme le montre aussi G. MAZE (19) :
« On note aussi que ce sont des militants, des universitaires et des députés communistes d'origine de Basse-Bretagne, tel que le linguiste François Falc'hun, Susanne Jaffrés, Pierre Hervé ou encore Marcel Cachin, qui, dès 1944, tentèrent d'accaparer les infrastructures culturelles bretonnes et non-chrétiennes situées à Paris. »
« L'emprise communiste ( Calvé 1994 : 231 ) sur le centre culturel Foyer breton de Paris ( Kêr-Vreizh ), qui était présidé à cette époque par Léon Toulemont[16], un important défenseur du breton et critique littéraire chez l'hebdomadaire La Bretagne à Paris, se poursuivit dès la Libération, principalement portée par des militants de l'association Bretons émancipés[17]. Cependant, cette mainmise se révéla de courte durée, les milieux conservateurs et nationalistes reprenant dès les années 60 le contrôle de ce lieu parisien... »
D'après le travail de Gwénael MAZE, O MOLINER et Francis FAVEREAU, par exemple, on comprend donc qu'il y a eu des forces qui se sont opposées et finalement, l'ensemble de l'Emsav à été mis en péril. L'élimination du « peurunvan » était la clé stratégique de la disparition de l'Emsav. Et on peut s'interroger sur ces graves oppositions, vécues dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale ; Ont elles été « la racine majeure » du cancer qui a rongé la transmission familiale du breton ? C'est probable quand on constate qu'il n' y a jamais eu, après la seconde guerre mondiale, une véritable caution morale bretonne pour défendre les droits des Bretons.
A chacun de se faire son idée à propos de cette époque si sensible dont les évènements suscitent la réflexion. Sauf que les personnes dont on a enlevé leur héritage culturel ont le droit de dénoncer les idéologies qui sont toujours élevées pour l'intérêt de quelques uns et jamais pour l'intérêt de l'humanité ni de la planète. Certains prétendent diriger le monde selon leur seul et propre point de vue. Ils utilisent la manipulation pour obtenir le pouvoir afin de dominer les autres. En ce qui nous concerne, cela s'est fait au détriment du breton et de notre identité.
(19) « Yezh hag Emsav », Gwénaël MAZE p155, 221 da 225 ha 237 da 141.
(20) « Les communistes et la promotion des langues régionales dans la période avant et après la 2nde guerre mondiale », Olivier MOLINER.
- 49 -
Quoiqu'il en soit, il semble que les choses soient aplanies aujourd'hui à cause de : « enkadenn m'emañ ar gatologiezh e Breizh ha disac'hadur an Unaniezh Soviedel ez eo steuziet dioutañ e unan... » ( « la crise dans laquelle se trouve le Catholicisme en Bretagne et l'écroulement de l'Union Soviétique qui a fait disparaître la raison d'être du Skolveurieg » ) comme l'écrit Gwénaël MAZE. Cependant la mondialisation effrayante, que l'on vit aujourd'hui rend à nouveau, très incertain l'avenir du breton.
(BS): Si elle existait et il ne s'agissait pas pour autant de renier nos origines, ni oublier d'où on venait ; Il restait d'ailleurs de bon ton de s'affirmer en tant que tel face aux touristes l'été, même si nous trouvions de bons potes qu'il nous tardait de retrouver chaque vacance scolaire.
(CLG): Pour moi, c'était une cohabitation. Deux mondes qui se chevauchent.
(FYG): Faux, je suis né en 1969, j'ai grandi avec le renouveaux de la conscience identitaire bretonne, pas un week-end sans un fest-noz et dès la Saint-Pierre arrivée, pas une semaine sans son pardon. À cette époque il n'y avait que le bal du 14 juillet à opposer à notre culture, mais paradoxalement ma famille n'est pas rentré dans ce mouvement. Encore une fois, je pense que c'est parce que leur principal préoccupation c'était de faire vivre la famille.
(MCM): Bien sûr que le breton existait et encore plus la culture bretonne. À l'adolescence je ne me posais pas forcément cette question. Pour moi, le breton et le français « cohabitaient » et je pensais probablement que ce serait toujours le cas...
VRAI : Par l'influence de l'autorité donc plus forte que les liens légitimes des gens avec leur propre langue. Ici, nous retrouvons « la caution morale officielle française » que les gens ont bien absorbée, hélas, bon gré, mal gré « Ce qui sera plus tard le plus grand piège pour notre génération dans notre rapport à la langue...»
(LC): À l'école nous ne parlions jamais en breton.
(NP): Il était minimisé.
(MFT): Le breton avait du mal à survivre.
(TQ): Ce sont les discours des curés et des instituteurs qui venaient de la ville.
(LG): Oui, c'est vrai et à l'époque, je trouvais cela normal.
(BC): Vrai à l'époque, vrai aujourd'hui, quoique...
(MPQ): Pour ceux qui avaient connu le « sabot » à l'école, le breton devait laisser la place au français
(FD): La question de la langue n'était pas débattue, parler le français c'était tourner la page des jours sombres, aller vers le modernisme : la machine à laver , le téléphone, la TV, la mécanisation de l'agriculture qui perdait ses ouvriers trop mal payés, l'exode rural battait son plein, les petites exploitations vivotaient. Le PROGRÈS était le maître mot et quand on connaît comment on vivait à la campagne dans les années 50, c'était heureux d'aller vers le progrès : on abattait les talus et remembrait, on drainait les prairies, on construisait des stabulations libres pour les troupeaux, les coopératives amenaient leurs conseillés pour faire toujours plus. On ne voyait pas que sur le même autel du « progrès » on sacrifiait la nature, les emplois de l'agriculture et la langue dont on ne voyait plus l'utilité.
(CLF): Je n'ai pris conscience de la culture bretonne ( musique ) que vers 15-16 ans par mon frère, les concerts, les fêtes bretonnes. J'ai pris encore plus conscience au moment de mon service militaire à Paris en 1973, dans les bars bretons de Montparnasse à l'époque de Stivell et Servat, Glenmor.
- 50 -
(LF): Hélas! C'était vrai.
(PC): Malheureusement oui à l'époque. Le breton ne faisait pas le poids face au français, langue de culture, excellence... Le breton faisait partie du folklore.
(CI): Le breton a été dévalorisé voir écrasé par la langue française.
(BT): Si, mais c'était la langue parlée des adultes avec leurs proches (parents-amis) ; L'idée principale était que les enfants réussissent à l'école et soient plus hauts dans l'échelle sociale, le breton n'avait pas sa place.
(PB):Tout était fait pour dénigrer cette langue et culture (seuls les « ploucs » parlaient encore breton, le breton n'était pas adapté à la modernité aux néologismes...) Le retour des festoù-noz a remis en route cette culture dans ma famille, il n 'y avait que les jeunes qui y allaient...)
(MM): Ceci est dû au fait que mes parents n'avaient pas le droit de parler le breton à l'école alors que c'était leur langue maternelle.
(FG): Je pense qu'il était écrasé par la culture française.
(BLP): Ma mère m'a très souvent dit avoir eu des difficultés à l'école, car elle parlait uniquement le breton, surtout pour les dictées et compositions françaises.
(NL): Le breton était accessoire.
(LL) :Evidon n'eus sevenadur ebet a zo uheloc'h pe izeloc'h. A-bouez eo bevañ gant sevenadur ar vro. Klask a ran displegañ d'an dud n'eo ket peogwir bevomp gant sevenadur Breizh n'hon dije ket plijadur da vevañ ivez gant sevenadur Bro-C'hall.
(JB) : Oui c'est sûr, il y avait notre quotidien baigné de culture bretonne à la maison mais pas relayé par les médias ni l'école, le français était la langue officielle. Nos parents et nos grands-parents n'ont pas vu à l'époque que la transmission était importante, et nous ont laissé parler le français avec eux. On a appris tout seul le breton en les entendant, ils ne nous l'ont pas enseigné ; vu que pour eux le breton était interdit à l'école.
AUTRE AVIS : La présence des deux cultures était naturelle à ce moment-là... Et il n'y avait pas d'idée de concurrence culturelle...
(RC): Le breton devenait optionnel ( après avoir été interdit officiellement à nos parents ), sans incitation, la plupart des enfants s'en détournent de fait.
(AC): Je me souviens que ma mère écoutait le dimanche après-midi les émissions en breton de Charlez ar Grall sur radio Quimerc'h et suivait celle de fanch Broudig et marie kêrmarec sur téléBretagne ; les inscriptions GALV fleurissaient sur les murs, mais c'est surtout à partir de Mai 1968 que le renouveau culturel s'est fait sentir avec Glenmor, Stivell... et que la revendication de l'enseignement du breton s'est largement amplifiée.
(PC): Je pense qu'ils ne se posaient pas la question, c'était une cohabitation naturelle.
(IL): Le breton était local; pour moi, c'était 2 cultures que je ne mettais même pas en parallèle, cela ne m'intéressait pas à ce moment-là.
(JYK): Ne veze ket kenveriet ar yezhoù etrezo, Er skol e veze galleg ha brezhoneg er gêr . Ne oa ket da brederiañ war an dra-se.
- 51 -
4 - À L' ÉCOLE – AU COLLÈGE – AU LYCÉE
4-1 Place du breton quand vous étiez à l'école?

L'école que vous fréquentiez ? :
La répartition des enfants à l'école est peu différente. Un peu plus de personnes à l'école publique : 10% de plus avec les filles surtout.
Parlait on du breton ?
Les jeunes ( 43% d'entre vous pense que l'on parlait effectivement de la langue bretonne « parfois » + 2% « souvent » ) beaucoup plus que les professeurs ( 8% « parfois » +2% « souvent » )
Qui parlait breton?
- Il y a une grande différence entre les adultes et la jeunesse. Un tiers des réponses montrent que les professeurs le parlaient et une moitié des réponses estime qu'une partie des jeunes s'exprimait encore en breton.
- Les professeurs n'évoquaient pas « du tout » le breton ce qui était totalement différent des jeunes qui en parlaient « parfois ». Une partie des jeunes ne niait pas l'existence du breton en revanche, on peut s'interroger sur le mutisme des enseignants.
- Parmi les réponses concernant l'attitude des jeunes ( 51% des jeunes le parlait ), on peut les partager de la façon suivante :
23% des réponses montrent que les jeunes étaient habitués à utiliser le breton.
9% des réponses montrent qu'il n'y avait seulement que quelques uns ou certains jeunes habitués à l'utiliser.
9% des réponses montrent que les jeunes comprenaient le breton mais sans l'utiliser cependant.
- On ne peut donc pas estimer le nombre de bretonnants ( celui des jeunes ou celui des professeurs ) et d'ici peu il ne sera plus possible d'en savoir plus sur ce sujet à cause de la disparition des gens . Il serait peut-être bon d'étudier cela précisément tant qu'il est temps.
Globalement, une personne sur deux aurait fréquenté des camarades d'école capables d'utiliser le breton... Mais la coupure était, en très grande part, faite par les professeurs.
Est-ce que les enseignants restaient silencieux pour obéir scrupuleusement à l'autorité de l'éducation nationale?
Ou s'agissait-il d'un choix définitif qu'ils auraient faits? Un choix politiques?
Ou ont-ils été influencés par la manière de penser et le modernismes?
On ressent ici la volonté de l'institution ; en restant silencieux, l'attitude des enseignants confirmait qu'il n'y avait plus aucune valeur à accorder au breton.
N'est-ce pas, là encore, le poids de la « caution morale officielle française »?
- 52 -
Les leçons à l'école ou au lycée :
- En regardant précisément les réponses ordonnées par rapport à l'âge des personnes interrogées, on remarque :
Avant les années 70, les leçons au lycée étaient très rares... Le premier d'entre vous qui a pu apprendre le breton grâce à des leçons est né en 1953 ; ainsi, il a passé son baccalauréat dans les années 1970/1971.
De plus en plus de leçons de breton ont été offertes au lycée, plus ou moins, à partir de 1981 : 66% des réponses mentionnent que des leçons existaient dans les années 80 alors qu'il n'y a seulement que 33% des réponses qui mentionnent la même chose pour les années précédentes ; c'est-à-dire 30% de plus en l'espace de 8 ans ( pour les personnes nées entre 1963/1971 précisément).
Il faut, cependant, garder à l'esprit le nombre de bachelier en 1970 : 20% des écoliers.
Voici le point de vue de F. FAVEREAU (9) d'après son article « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne »
« La Charte culturelle de Bretagne », signée en 1977, entre l'État et les collectivités locales en plein développement – la Région et les Conseils généraux – prévoyait, parmi d'autres mesures, un réel enseignement en collège, comme option, puis comme LV2 (en 1979), et des aides substantielles aux associations culturelles ainsi qu'à l'édition ».
J'ai moi aussi, comme d'autres jeunes, suivi des leçons de breton en 1978 au lycée ... Mais nous n'étions pas très nombreux, une poignée seulement. Et on ne parlait pas de ça...
4-2 Comment parlait-on du breton ?

- Un sentiment d'ignorance de la langue bretonne se retrouve dans une large part des réponses (60%) et principalement celles des garçons..
- Certains (22,5%) pensent que le breton était encore considéré positivement et cela est vrai plutôt pour les filles (75% des 22,5%). Ainsi certains jeunes étaient très attirés par le breton ou y étaient très sensibles.
- Quelques uns témoignent aussi du fait que le breton suscitait un sentiment négatif à son égard (17,5%) ; Cette vision des choses est plutôt mise en avant plutôt par les filles (70% des 17,5%)).
- On peut remarquer que le point de vue des filles était morcelé sur cet aspect de la langue bretonne.
Globalement le breton était ignoré à l'école ou au lycée... Et, il a été rejeté du monde scolaire parce qu'il ne fût pas enseigné jusqu'à la fin des années 70...
À ce moment, la transmission de la langue s'est complètement transformée ; Jusque là, cela passait par la famille et l'environnement proche cependant, à partir des années 70 il fallait aller à l'école ou suivre des cours du soir afin d'apprendre la langue bretonne. Les professeurs et leurs livres ont alors pris la place des familles.
(9) « Langue bretonne, nation française, République jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU, Revue internationale d'éducation de Sèvres [En ligne].
- 53 -
Vos témoignages :
EN BIEN :
(LF): Le succès d'Alan Stivell et la déferlante Breizh au début des années 70 a été le déclencheur de mon appartenance à la Bretagne, d'être breton et surtout d'en être fier.
(BLP): En bien avec Michel Le Roy, de façon ludique, bandes dessinées.
(RL): En bien, être bretonnant serait venu compléter votre identité bretonne militante.
(JB): Nous n'étions pas très nombreux au lycée à avoir choisi Breton. Les cours étaient dispensés par Mr. CHIQUIER, professeur d'anglais et de breton. Nous étions intéressés et motivés, c'était un plaisir.
EN MAL :
(LG): Plutôt en mal, réservé aux gens qui avaient peu d'instruction!
(RD): Ce n'était jamais très bien accepté, un jeune qui parlait breton pouvait être suspecté de sympathie avec le nazisme ou autre bêtise du genre, autant par les sympathisants de gauche que de droite.
Ce constat est assez triste et on peut penser qu'il est lié avec les conséquences du symbole dans la tête des gens… Le symbole a légué aussi à notre propre génération, mais à notre insu, une manière déplorable d'agir ou de penser.
Voici le point de vue du docteur Pierre BOCQUEL, médecin psychosomaticien, psychiatre, psychothérapeute. (réf: page 135) nous explique comment à été planifié « le symbole ». Cette stratégie a été mise en place par les autorités françaises, assez finement, derrière le côté autoritaire. Voici donc ce qui arrivait une fois dénoncé un fautif par un de ses camardes :
« Comment le jeune délateur pourra t'-il se reconnaître dans la bande de ses camarades de son village, ne bascule-t-il pas du côté de l'enfant conforme aux prescriptions requises par l'école? »
Ainsi, le breton était dénoncé parce qu'il représentait alors, sensément, un patois arriéré!..
« Et, dans ce passage au conformisme républicain, il va être amené à renier tout ce qui a trait à ses conditions d'origines, langue et terre natale. »
Aussi, certains enfants de la génération suivante bien formatés par l'histoire effarante de leurs propres parents, et devenus à leurs tours « conforme aux prescriptions requises par l'école », ont pu stigmatiser, eux aussi, le pauvre bretonnant, à cause d'une langue salie, cette fois ci, par quelques collaborateurs de l'Allemagne nazie !!! Mais combien de bretonnants se sont opposés aux Allemands ? Pourquoi ne le dit-on pas ?
(TQ): Une langue à éviter lorsque l'on est arrivé au collège.
(PB): À l'école primaire publique, nous avions interdiction de parler breton ( une fois mon frère aîné a été puni).
(FG): On se moquait de l'accent, on utilisait uniquement les gros mots.
(RL): En mal, les cours proposés au lycée, ne correspondaient pas à nos attentes, car trop scolaires.
(PC): C'était bien pour avoir des points supplémentaires au Bac.
(BS): Au collège ou au lycée, les professeurs pouvaient avoir des expressions, sans plus.
(LLB): Ma mignoned a gave "iskis". Ne oant ket evit kompren . Komprenet o deus diwezhatoc'h.
- 54 -
5 - DANS LE MONDE ASSOCIATIF :
5-1 Le breton était-il mentionné ?

Vos témoignages :
Globalement on évoquait le breton plutôt en bien mais le nombre de réponse est trop faible pour en tirer une information solide. De plus, une grande partie des associations mentionnées étaient (sont) proches de la culture bretonne...
Il y a aussi une bonne partie des réponses qui montrent que le breton était, la plupart du temps, ignoré comme à l'école finalement...
SOUVENT :
(JS): Je pratique le jeu de galoche depuis mon départ à la retraite et comme vous le savez, beaucoup de termes bretons sont utilisés. C'est un plaisir de pouvoir retrouver notre langue maternelle lors des compétitions avec des collègues même si c'est pour dire des bêtises; Souvent, nous comptons en breton et lors de l'après-match nous nous « chambrons » en breton. Je pense que grâce à ce jeu typiquement bigouden, le breton oral perdure encore, mais pour combien de temps ? Je n'ai jamais entendu dire du mal du breton même dans les associations de parents d'élèves.
(NP): Pour les noms de lieux à l'association mémoire de Penhars.
(LC): Au cercle celtique certains chants étaient en breton.
(BT): Dans les années 75/80 il y avait à Ploneour Lanvern le « Foyer Bigouden » qui était très tourné sur la culture bretonne.
PAS DU TOUT :
(NC): Pas du tout. Pourtant, quand j'ai rejoint ( complètement par hasard ) un cercle celtique de Quimper, en 1974, nous étions nombreux à écouter A. Stivell qui chantait en breton, nous fréquentions les festoù-noz et bals bretons du dimanche après-midi à la salle du Chapeau Rouge à Quimper, et nous cousions des petits gwenn ha du sur nos pulls marins. Mais personne n'évoquait la langue bretonne.
(RT): Inutile, freinait le développement social.
IGNORE :
(FD): Oui, ignoré, notre génération n'était plus concernée : l'intérêt en général était plutôt mis en ce qui me concerne ( monitrice de colonies de vacances ) sur les questions d'éducation, d'égalité, de développement de la société, de l'art, de l'ouverture vers les autres pays…
(NC): Totalement ignoré ; les écoles bilingues, comme « Diwan », n'existaient pas encore. Il y avait déjà un renouveau de la culture bretonne, principalement par la musique, un sentiment de fierté d'être breton réapparaissait, mais il me semble que l'enseignement de la langue n'est arrivé qu'un peu plus tard.
(MCM): J'ai appris la danse bretonne vers 1990 pendant une année avec un cercle ( mais sans souhaiter porter le costume et en faire partie ) et c'était très enrichissant pour pouvoir danser dans les festoù-noz. Je ne me rappelle pas de discussion en breton, hormis le nom des danses, mais il n'y avait qu'un animateur avec notre groupe de débutants.
- 55 -
AMBIGU :
(FMD): Plutôt en BIEN, à l'époque, puisque je choisissais les associations que je fréquentais. Et à présent, TRÈS en bien, mais par des populations récemment arrivées qui semblent le faire plus par snobisme ou besoin d'intégration que par goût véritable ( voir " l'enquête corse " ...)
EN BIEN :
(BT): En bien ( Foyer Bigouden ).
(NL): En bien, c'était une richesse, à développer. Le bureau du cercle celtique de Pont L' Abbé nous avait proposé des cours de breton pour pouvoir le lire et le parler.
(NP): Au bagad pour les titres des morceaux, pour le nom des suites de danse.
(RG): Une personne est venue de l'extérieur à l'école pour nous donner des cours de musique ( pipeaux, bombarde ).
(RC): Au club de foot, lors des banquets ( chansons, expressions, etc…)
(BLP): Le cours de danse bretonne commençait par des chants en breton, d'où les cours de breton pour pouvoir lire les textes.
6 - VOS SENTIMENTS SUR LE FAIT DE NE PAS PARLER BRETON A CETTE ÉPOQUE LÀ
6-1 Était-ce légitime de délaisser la langue ?

Un tiers d'entre vous n'avait pas conscience du problème de la langue et une moitié d'entre vous estime que cela n'était pas légitime...
LE BRETON N'ÉTAIT PAS DÉLAISSÉ :
(RV): La langue bretonne n'était pas délaissée, il était interdit de la parler à l'école mais pas dans la vie.
INCONSCIENCE :
(AC): Gamin, je m'en fichais, ado j'y étais indifférent, adulte les conditions de son apprentissage avaient alors pratiquement disparues.
(CLF): Non, Je n'étais pas du tout conscient de l'importance de la langue bretonne, ce n'est qu'en quittant la Bretagne que j'ai pris conscience d'une entité bretonne par les remarques des autres. Le fait que mes parents, ma famille, les enseignants ne me parlaient pas breton et ne m'incitaient pas à le parler à la fois ne m'a pas questionné mais je n'ai pas rejeté. Je n'étais pas du tout hostile, mais est-ce qu'on peut dire qu'ils m'ont incité à délaisser la langue bretonne, non ce n'était pas exprimé.
(PB): Je n'avais pas conscience de l'importance de préserver la langue.
(NL): Je n'avais pas conscience de sa richesse, ni de son intérêt.
(JB): Nous n'en avions pas conscience, c'était la langue des anciens, on ne se rendait pas compte alors que le breton parlé quotidiennement allait devenir rare!
- 56 -
NON :
(FMD): NON, c'est à mes yeux un génocide culturel et Jacobin.
(NC): Non et j'en voulais un peu à mes parents de m'imposer le français et uniquement le français.
(BS): Non, ce n'était pas légitime, mais mon sentiment est qu'il y avait chez les gens de la base (d'où je viens):
1) Une volonté d'ascension sociale pour leurs enfants.
2) Une non considération du breton comme vecteur d'ascension sociale ( donc pas d'intérêt à le mettre en avant )
3) Une incompréhension des mouvements orchestrés par les intellectuels* et les suppôts de l'état français** qui 50 ans en arrière pouvaient frapper ou humilier les enfants qui s'exprimaient dans leur langue; Et les mêmes qui désormais se ré-appropriaient cette culture et la préconisait.
* Intellectuel : Le Breton académique n'était pas forcément compris de nos anciens ( Bigoudens ). Au-delà de ça, ce sont effectivement parfois des intellectuels qui se sont radicalisés et qui pouvaient par exemple et c'est du vécu, empêcher l'accès à une fête bretonne à de non bretonnants.
**J'entendais par « suppôt » : le fait que la langue fut ré-instaurée à petite dose en option dès le collège, peut-être pour apaiser certains esprits. Bref, il y avait à l'époque, chez nos anciens, une sensation de manipulation.
Dans le livre de Hugues PENCOUTEAU « Le devenir bretonnant » (21) il est mentionné le passage qui suit, paru dans le « courrier des lecteurs », Ouest-France 23/07/2000 ; Il n'est pas facile de comprendre qui en est exactement l'auteur.., un étudiant de la langue bretonne probablement. Ce passage éclaire un peu le témoignage de (BS).
« Ce renouveau est monopolisé dans les médias par une minorité urbaine et francophone de naissance qui s'est redécouvert une identité bretonne et ignore souvent les réalités de la basse Bretagne rurale où survit encore l'authentique culture bretonne. […] Si renouveau de la culture il doit y avoir, il doit être le fait des enfants et petits-enfants de bretonnants de naissance, dans le cadre des communes rurales de basse Bretagne et non à partir des villes de haute Bretagne. Ou il faut alors être conscient que cette nouvelle culture bretonne moderne n'a que peu de rapports avec la véritable civilisation bretonne traditionnelle, condamnée par la modernisation des années cinquante. Il est stupéfiant de voir ce monde moderne reprendre à son compte une culture qu'il a détruite »
Afin de répondre à la remarque 3) précisée par (BS) je mets en avant, une fois encore le point de vue de Francis FAVEREAU (9) : Il situe les évènements qu'il y a eu à propos de la langue bretonne depuis la révolution française. Voici ce qui arrive depuis 1970 :
«...le décret Guichard 1971, une « conquête » typique prévoyant les cours rémunérés en lycée... Et encore s'agit-il là d'une « conquête » typique des années post-68, où le « pouvoir fort » des gaullistes alors à l'œuvre cédait déjà, comme à regret, à la pression des marches et des manifestations de rues, appuyées par les syndicats et les partis de gauche.
Georges Pompidou ne déclarait-il pas, en effet, en 1973 encore, qu'« Il n'y a pas de place pour les langues régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau! »
(21) « Le devenir bretonnant » H. PENCOUTEAU, courrier des lecteurs, Ouest-France 23/07/2000
- 57 -
Et l'hégémonie française qui pèse encore ici! Très lourdement. Mais après que fût établie la « Charte culturelle de Bretagne » en 1977, le breton devint un véritable enjeu.
« La question linguistique entra alors dans le débat politique, le PS épousant dans l'opposition les thèses d'un mouvement breton désormais nettement lévogyre ( qui tourne à gauche ). Et, de fait, les années Mitterrand seront marquées par diverses avancées notables, non sans luttes préalables et tensions multiples, car les mesures prévues se heurteront constamment aux résistances ou aux valses-hésitations ministérielles : Alain Savary a été le pionnier de l'ouverture, en comparaison du très jacobin Jean-Pierre Chevènement, et même de Lionel Jospin, théoriquement favorable, avant que Jack Lang ne fasse des déclarations très « prometteuses »... mais sur le tard ! Sans parler du ministère Chirac, peu enclin à des avancées malgré un préjugé favorable du ministre en titre, René Monory. Le béarnais F. Bayrou a, en 1993, élargi l'option « langue régionale ».
« Quant aux mesures concrètes de ces années 1980, ce furent, dans l'ordre, la licence de breton créée en 1981, le CAPES en 1984-1985 ( annoncé par François Mitterrand dans un meeting à Rennes ! ), puis le DEUG en 1989, ainsi que la création et le développement de filières bilingues ces dernières années. »
« Le statut d'écoles privées non confessionnelles sous contrat de l'État a été accordé tout récemment. »
« Il faut bien sûr accorder une mention spéciale aux écoles Diwan, créées en 1977, sur le modèle des premières ikastolak associatives et autogérées en langue basque. Ces écoles, créées hors du système, ont sûrement servi d'aiguillon à l'enseignement public, puis plus récemment à l'enseignement catholique qui vient lui aussi de créer plusieurs classes bilingues, avec un appui financier important de Conseils généraux ( Finistère, puis Morbihan et Côtes-d'Armor). Quelque 2000 élèves sont ainsi scolarisés en bilingue, alors qu'environ 21 000 (chiffres officiels, cités par Le Télégramme, 1994 ) bénéficient d'une certaine initiation à la langue bretonne. »
Ici, on perçoit toute la difficulté et le temps qu'il a fallu aux militants pour que la langue bretonne gagne un peu de place. Bien sûr, il s'agissait d'un combat politique plutôt que l'affirmation d'une volonté du peuple breton mais comme j'ai cherché à le montrer, il n'y avait pas de « caution morale officielle bretonne » qui défendait le breton.
Aussi, je pense que les « intellectuels » fortement convaincus, avaient leurs opinions en ce qui concernait l'avenir du breton ce qui pouvait créer un fossé assez profond entre l'opinion générale des gens et l'attitude des intellectuels impliqués dans la défense de la langue... Le témoignage de (BS) nous précise : « Il y avait à l'époque, chez nos anciens,une sensation de manipulation » .
Cependant, s'opposer à l'autorité française ne devait pas être facile. Je pense qu'il était très important qu'il y ait eu des gens capables de mettre en avant le problème des langues sur le territoire français et par voie de conséquence, de chercher à réduire ces problèmes... Peut-être que je me trompe sur l'interprétation du témoignage de (BS)...J'espère que non.
Et comment se passaient les choses dans la société bretonne ? N'y avait-il pas d'agressivité contre les personnes qui ont cherché à sauver la langue ? Peut-être que la réponse contre cette agressivité ( que l'on ressent parfois encore aujourd'hui, malheureusement ) a été justement des attitudes ( irraisonnées ? ) d'auto-protection finalement...
(9) « Langue bretonne, nation française, république jacobine et perspective européenne », Francis FAVEREAU, Revue internationale d'éducation de Sèvres [En ligne]
- 58 -
OUI ! C'ÉTAIT LÉGITIME :
(LC): A part à la ferme, nous n'utilisions que rarement le breton.
(MM): Ce n'était pas injuste car je le comprenais mais ne le parlais pas.
(AB): Les parents ne voyaient pas l'intérêt d'apprendre le Breton à leurs enfants ayant été punis souvent à l'école lorsqu'un mot en Breton leur échappait.
(FC): Mon enthousiasme a été vite refroidi lorsque j'ai été en possession de mon beau breton. Les bretonnants de naissance n'en voulaient souvent pas. Ce n'est pas le nôtre disaient-ils; Une vieille dame m'a même dit « ah non alors on nous fait abandonner le breton et on voudrait me faire adopter celui-là; J'ai l'impression d'être trahie une deuxième fois ».
Alors j'ai cherché à comprendre ; J'ai rencontré Françoise Morvan ( en procès avec Per Denez ), plus apaisée depuis ; Une vraie bretonnante lucide; J'ai lu, cherché, compris par qui avait été « unifié » ce breton cela ne m'a pas trop plu...
Ici, il est question du « peurunvan », pour le moins, mis à mal par la remarque de (FC) ; cette époque est plus que compliquée en vérité et bon nombre de choses ont été écrites sur elle. Voici quelques questions :
Est-ce que le « peurunvan » est seulement lié avec les nationalistes ou est-ce qu'il prend place dans l'évolution de la langue bretonne commencée il y a fort longtemps ?
Quels sont les racines du nationalisme en Bretagne ?
Et peut-on parler de nationalisme en Bretagne sans parler du jacobinisme français ? Du communisme ? Ou bien de toutes les influences qui ont traversé l'Europe pendant cette période ?
Sur un autre plan, il peut aussi être question de l'installation d'une langue standard dont certaines caractéristiques sont difficilement admissibles par les locuteurs de naissance, selon les propos de Philippe BLANCHET rapportés dans la thèse de Anna TRESOHLAVÀ : « Situation socio-linguistique actuelle en Bretagne » (22)
« L'instauration d'un code linguistique référentiel [...], parfois conçu comme absolu et déconnecté des variations sociales, n'est en fait souvent que le reflet de la domination ou de l'hégémonie d'un groupe social sur les autres et d'un choix idéologique adéquat ( une manipulation plus ou moins inconsciente du besoin de référent commun pour une communauté ). » Ce fonctionnement met en place une diglossie avec tout ce qui va avec (jugement des variantes, insécurité linguistique, etc.) et les langues cultures se trouvent donc menacées (Blanchet 2012 : 148). »
Cependant, il se fait la nécessité suivante selon Anna TRESOHLAVÀ :
« Il est certain qu'une langue peut exister et suffire à l'usage social complet de ses locuteurs sans être codifiée. Mais, dès que son existence se trouve menacée par une baisse de locuteurs et qu'elle fait l'objet d'efforts de revitalisation, il faut accepter cette partie d' « artificialité » pour l'aider à se remettre et à retrouver ses locuteurs et sphères d'usage – notamment à travers l'école qui en est l'une des institutions incontournables. »
On peut aussi lire, dans l'ouvrage de A. TRESOHLAVÀ, un témoignage qui démontre l'utilisation de la langue bretonne pour autre chose qu'elle-même. Cela me semble néfaste.
« Le militantisme des années 70 était différent de celui des débuts du mouvement breton. Les premiers Emsav s'intéressaient uniquement à la langue, éventuellement culture, bretonne. Lena Louarn décrit le changement : « C'est là que nous avons pris un chemin différent de nos parents, en liant la langue aux luttes sociales [...]». Elle apporte un exemple concret de 1980 : « Nous nous sommes tous battus à Plogoff, en breton, chacun portant un T-shirt, "Nann d'an distruj nukleel". Quand on chantait la Gwerz de Plogoff, tout le monde reprenait les paroles, car tout le monde savait encore le breton. » ( Danielloù 2015 ).
(22) «Situation socio-linguistique actuelle en Bretagne», Thèse deAnna TRESOHLAVÀ.
- 59 -
A partir du moment où l'on cherche à associer une couleur politique ( dans le cas de la langue bretonne : par exemple, au début du XXème siècle entre les conservateurs et les républicains, ou pendant les années de la seconde guerre mondiale...OU bien, encore, à partir du nouveau militantisme des années 70 ), on commet l'erreur, difficilement réparable, de connoter la langue d'un peuple d'idéologie(s) politique(s).
Je serais très étonné que la langue utilisée par les Mormons ne puisse pas exprimer autre chose que leur spectaculaire volonté de freiner l'influence du modernisme, dans leur communauté... Ce qui signifie encore une fois qu'une langue ne conçoit pas d'idée politique comme certains le laissent croire et comme d'autres se plaisent à le croire. Les idées viennent des rapports avec le monde, avec les autres... La langue les formule, c'est tout. C'est bien plutôt la récupération politique d'une racine profondément culturelle de ce même peuple que l'on essaie de colorer qui de droite, qui de gauche...selon des enjeux de pouvoir, sans tenir compte de l'intérêt global des peuples.
Dans le cas de la langue bretonne, il me semble donc très hasardeux de qualifier le Peurunvan de simple manipulation d'un groupe social sur l'autre, sans considérer et mettre en avant le besoin naturel pour les Bretons de faire survivre la culture et l'identité bretonne systématiquement combattues par les idées jacobines.
Dans le cas d'une association du Breton à une quelconque idéologie politique, on peut donc estimer que du second Emsav des nationalistes de 1940 au troisième Emsav des militants de gauche, voilà notre langue instrumentalisée pour tout autre chose que son propre sauvetage...Si le poids de ces idéologies ont des portés différentes, il n'en reste pas moins que la langue bretonne devient une variable d'ajustement socio-politique et de propagande idéologique...
De même que la récupération politique du mouvement social paysan de 1961 en pays Bigouden, nous assistons pour les partis hexagonaux comme pour les partis bretons, à une lutte de pouvoir qui se fait sur le dos des intérêts des Bretons. Ainsi, si le socialisme breton d'avant les années MITTERAND souhaite se démarquer du socialisme français afin de préserver les valeurs bretonnes, on constate qu'il lui est difficile de composer à son avantage avec le pouvoir centralisé de gauche hégémonique et colonialiste…
Il reste de tout cela une séparation systématisée de la société bretonne déjà très consommée vis-à-vis de la place de la culture bretonne entre la bourgeoisie d'une part et les gens du peuple d'autre part... Tout cela me semble avoir été très négatif pour la sauvegarde de la langue bretonne.
(FC): J'ai vu des montagnes de parutions dans les conseils généraux régionaux que les bretonnants avaient obtenu de faire imprimer et qui dormaient là. Je vois toujours à ces niveaux dans les parutions officielles des pages en breton ( traduites parfois à grand frais ) que pratiquement personne ne lira mais dit on c'est pour avoir la paix des bretonnants, idem certaines subventions...
Il y a peut-être eu des gaspillages mais pourquoi toutes ces impressions finalement ? Qu'est-ce qui en est la cause ?...Cela aurait-il eu lieu si la langue bretonne n'avait pas été la cible du pouvoir étatique centralisé ? À combien estime t'-on les dégâts causés par la destruction de la langue bretonne et par extension de toutes les langues volontairement détruites ? Quel est donc le prix du gaspillage organisé par le colonisateur ?
- 60 -
Voici un extrait du livre d'Abert MEMMI dans « PORTRAIT DU COLONISE, précédé du portrait du colonisateur », Petite bibliothèque Payot (23). A propos de la colonisation, ici celle de l'Afrique :
« Plus impardonnable est son crime historique contre le colonisé : elle l'aura versé sur le bord de la route, hors du temps contemporain. La question de savoir si le colonisé, livré à lui-même, aurait marché du même pas que les autres peuples n'a pas grande signification. En vérité stricte, nous n'en savons rien. Il est possible que non. Il n'y a certes pas que le facteur colonial pour expliquer le retard d'un peuple. Tous les pays n'ont pas suivi le même rythme que celui de l'Amérique ou de l'Angleterre ; ils avaient chacun leurs causes particulières de retard et leurs propres freins. Néanmoins, ils ont marché chacun de leur propre pas et dans leur voie. Au surplus, peut-on légitimer le malheur historique d'un peuple par les difficultés des autres ? Les colonisés ne sont pas les seules victimes de l'histoire, bien sûr, mais le malheur historique propre aux colonisés fut la colonisation.
À ce même faux problème revient la question si troublante pour beaucoup : le colonisé n'a t'-il pas, tout de même, profité de la colonisation ? Tout de même, le colonisateur n'a t'-il pas ouvert des routes, bâti des hôpitaux et des écoles ? Cette restriction, à la vie si dure, revient à dire que la colonisation fut tout de même positive ; car, sans elle, il n'y aurait eu ni routes, ni hôpitaux, ni écoles. Qu'en savons-nous ? Pourquoi devons-nous supposer que le colonisé se serait : figé dans l'état où l'a trouvé le colonisateur ? On pourrait aussi bien affirmer le contraire : si la colonisation n'avait pas eu lieu, il y aurait eu plus d'écoles et plus d'hôpitaux. Si l'histoire tunisienne était mieux connue, on aurait vu que le pays était alors en pleine gésine. Après avoir exclu le colonisé de l'histoire, lui avoir interdit tout devenir, le colonisateur affirme son immobilité foncière, passée et définitive.»
L'idée simpliste et largement utilisée par les autorités colonisatrices de l'apport d'un bienfait aux colonisés est ici mise en doute d'une manière tout-à-fait logique et il est temps effectivement de tenir compte des rythmes socio-économiques propres à chaque peuple... Comment peut-on avoir la prétention de ces apports ? Doit-on alors rappeler la richesse élevée de la Bretagne avant que les rois de France ne mettent la main dessus ? N'est-il pas légitime de faire un lien entre l'avènement de la pauvreté en Bretagne dont celle de nos grands-parents avec le système d'imposition centralisé et donc très avantageux pour le pouvoir central depuis François 1er?
Par opposition à cette prétention coloniale, il me semble que la volonté de conserver son héritage est parfaitement naturelle à un peuple quel qu'il soit et cela est légitime aux Bretons compte tenu de ce qui s'est passé : On ne leur a pas demandé leur avis sur l'avenir de leur langue ; «elle devait disparaître, POINT!» Ne pas vouloir disparaître de l'humanité est, justement, une réaction tout-à-fait humaine, même si la gestion de cette survie peut apparaître quelques fois maladroite.
Maladroite? Ou totalement bridée?
En fait, lors du colloque du Festival Interceltique de Lorient (5 Août 2022), le président CHESNAIS-GIRARD rappelait aux personnes présentes dans la salle que, compte tenu de la participation économique de la Bretagne à l'effort national, l'état français devait tous les ans environ 12 Milliards d'euros, hors la Bretagne en reçoit seulement 1Milliard 700 000 euros, à peine l'équivalent du budget de la ville de Rennes, et cela depuis combien de temps ? Le rythme socio-économique breton est donc de fait bridé volontairement, par la République aujourd'hui.
(23) « Portrait du colonisé précédé du portrait du colonisateur », Albert MEMMI, écrivain.
- 61 -
(FC): J'ai rencontré, peu c'est vrai, des élèves dans des écoles Diwan qui les avaient choisies pour de mauvaises raisons...
Je pense qu'il n'y aurait pas eu grand-chose en faveur de la langue bretonne, si il n'y avait pas eu la naissance de « Diwan »; Après « Diwan », sont apparues les filières « Div yezh » et plus tard « Dihun ». L'éducation nationale s'est trouvée obligée de proposer des cours en langue bretonne sous l'action de « Diwan ».
Voici un témoignage que j'ai eu avec (RT) , enseignante institutrice au début de « Diwan » :
« La première école à Lampaul Plougerne en 1978...en dehors de l'école de la République ; À ce moment-là, une ambiance très mauvaise s'élevait contre « Diwan ». Voici des réactions qu'il y a eu dans les débuts : « C'était un crime de mettre ses enfants à Diwan... », pour certains. Et « Diwan » était perçu comme un « Ghetto» d'autonomistes, liés..., au FLB... et autre »
« De façon étonnante, « Diwan » a été considérée, autour des années 2000, comme une école « élitiste » parce que les enfants étaient, soit-disant, sélectionnés...Cette idée-là était portée par les gens qui avaient des préjugés. »
« On allait au contact des personnes proches de la culture bretonne pour leur expliquer nos besoins et obtenir un peu d'argent...»
« Des évènements étaient organisés tout le temps afin de payer : les locations, les salaires des personnes non enseignantes, la cantine, les meubles etc...»
« Les écoles se sont quand même multipliées petit-à-petit. »
« Malgré l'opposition et toutes les difficultés, « Diwan » est parvenu à offrir aux familles une éducation sérieuse...Et cela n'était pas dit . »
(FC): De l'extérieur certains bretons jusqu'au-boutistes semblent cultiver l'entre-soi, le communautarisme et donc l'exclusion, le repli et l'intolérance...
Je ne peux pas dire le contraire parce que je n'ai pas d'exemple significatif, cependant j'ai toujours rencontré une tolérance naturelle et foncièrement bienveillante dans mes rencontres avec les bretonnants qui ont appris le breton sur « les bancs de l'apprentissage » ce qui n'est pas toujours vrai avec les bretonnants l'ayant appris sur « les genoux de leurs mamans ». Cette tolérance m'a toujours permis d'aller plus loin. Une condition cependant, celle de prendre la langue pour ce qu'elle est et non pas pour un vecteur politique. Mais pour dire la vérité il serait opportun de répondre à la question que je soulève, ci-dessus : « Comment était l'ambiance dans la société bretonne ? N'y avait-il pas d'agressivité contre ceux qui essayaient de sauver la langue bretonne ? Peut-être que la réponse à cette agressivité était justement ce genre d'attitude ( irraisonnées ? ) de se protéger finalement ? Qui peut savoir ?»
Par ailleurs qui avait intérêt à faire taire la langue bretonne ?... Taire le fait des peuples ? Et que dire de l'uniformisation ? La langue n'était-elle pas dérangeante pour certains quand il est question finalement d'une marque d'identité que l'on attache aujourd'hui à la réalité d'un peuple ?
(FC): Parfois énervée j'aurais aimé que les bretonnants apprennent le breton en dehors des circuits scolaires, que ces jeunes soient dans l'école de la République et que les subventions servent aux jeunes en difficultés et aux zones défavorisées.
L'enseignement est une chose et l'éducation nationale en est une autre... Il est infiniment plus sage de séparer les choses pour réfléchir sur le sujet...
- 62 -
(FC): Je suis navrée, j'ai dressé un tableau bien noir, avec la volonté aussi de mettre en lumière l'autre versant du problème partant du principe que répondraient à votre questionnaire des gens enthousiastes néo-bretonnants.
Encore une fois, il faut séparer les choses. Il existe dans l'apprentissage du breton aujourd'hui de vieilles formes du breton qui sont devenues inconnues des locuteurs natifs et qui ne demandent qu'à enrichir à nouveau le breton parlé... Qu'y a t'-il de mauvais à cela ? Je ne pense pas, par exemple, que la forme « dreist ambilh » ou « anaphore » soit encore une réalité en Pays Bigouden ( je suppose qu'elle l'a été! ). Le néo-breton n'est pas si jeune que cela à mon avis. Le terme « néo » appliqué au « peurunvan » est à relativiser. C'est plutôt un qualificatif politique que certains détracteurs de la langue bretonne tente de donner à l'effort de sauvetage du breton. L'idée est de rendre illégitime cette évolution pour taire la volonté de conserver le breton vivant, probablement.
La Critique sur les néo-bretonnants eux-mêmes est plus acceptable mais il faut l'attacher à la réalité et non pas à des préjugés. Le manque d'accentuation ainsi que l'utilisation de formes plus ou moins proches du français est une réalité. Cependant la réponse à ces malheureuses différences est à trouver dans les conséquences de la coupure de la langue et surtout dans l'idéologie française. Les « néo-bretonnants » jeunes ou moins jeunes ne sont pas responsables de cette évolution de la langue. Ils n'étaient pas nés pour la plupart.
Par ailleurs, est-ce qu'un « néo-bretonnant » est une personne qui a appris le peurunvan ou le breton de l'université de Brest ? Comment caractériser les gens qui ont entendu le « breton bigouden », qui écrivent ou qui ont envie d'écrire en langue bretonne ? Vrai ou faux leur breton finalement ?
(FC): Je vous souhaite le meilleur et une défense de la culture bretonne moins sous emprise, plus diversifiée, plurielle et réaliste et peut-être qu'un jour le tableau sera plus nuancé.
Il
est nécessaire de se détacher des faits, des évènements et
surtout des idéologies... Et chercher à mettre le problème des
langues sur une marche nettement plus élevée : celle de la dignité
humaine, pour le moins. Tout d'un coup et comme par enchantement,
la compréhension du problème devient nette...
6-21 Avez-vous été influencé(e) pour abandonner la langue bretonne ?

Beaucoup d'entre vous pensent avoir été influencés d'une façon ou d'une autre...
Pour préciser les choses, vous trouverez le tableau suivant réalisé à partir du nombre de personnes pensant avoir été influencées ( 30 personnes parmi vous ).
- 23 personnes ont fait une réponse précise
- et 7 ont fait une réponse multiple.
- 63 -

Le rôle de la famille est important :
1)-Pour nos propres parents : 33% ont découragé leurs propres enfants d'apprendre le breton. Et 22% des parents n'encourageaient pas non plus leurs enfants selon les réponses.
-Avec le tableau « 3-3 Le breton était considéré inutile ? », page 24, il est mentionné :
« Le breton était quand même utile pour pratiquement une moitié de la société bretonne... Inutile jusqu'à 38% pour le reste de la société dont le pourcentage le plus important est celui de nos parents : 48% »
Ainsi, l'influence de nos familles 33 % correspond surtout à celui des parents. Cette influence est dû au fait que les familles 34% ont dévalorisé la langue bretonne
De fait, l'influence de nos propres parents est très forte parce que 55% (33% + 22%) d'entre eux n'ont rien fait pour aider ceux qui avaient envie de pratiquer la langue de leurs parents. Comme il est mentionné dans la question « 2-2 Vos parents vous parlaient-ils en breton ? », page 17, il n'y a que 20,5% de nos parents qui auraient transmis la langue. La différence est donc plus que significative...
2)- Pour les grands-parents.
-Avec le tableau « 2-3 Qui, en dehors de vos parents, vous parlait en breton ? », page 17, il est mentionné « 52% de nos grands-parents qui ont transmis la langue. Ce qui est logique car il s'agissait de leur langue naturelle et beaucoup d'entre eux ne connaissaient pas bien le français ou même pas du tout pour d'autres. Le tableau « 3-2 Les gens pensaient-ils qu'il fallait respecter le breton? », page 21, précise que 61% de nos grands-parents respectaient la langue bretonne.
Ainsi, l'influence de nos grands-parents était bien plus positive que celle de nos parents et la décision de couper la transmission est, à ce qu'il semble, venue de la prise de position de nos propres parents.
De l'extérieur est venue aussi une autre influence négative: celle des professeurs 17% des réponses et celles d'autres personnes 22%
Les voisins ne semblent pas avoir amené ce genre d'influence aux jeunes : 6% seulement, ce qui répond un peu à la question posée dans la partie « 3-3 Le breton était considéré inutile ? »
« Peut-être que les gens n'osaient pas vraiment s'exprimer à l'extérieur du cercle familiale à cause d'un sentiment dérangeant et assez grave que l'on peut imaginer dans le fait de laisser tomber la langue du pays ? » Voici une remarque ( mentionnée plus loin ) qui, selon moi, fait apparaître ce problème. (BS) : « Ça dépend, on sentait un vrai traumatisme suite aux interdictions de l'état français »
On peut penser qu'il y avait un tabou dans la société et qu'il est malheureusement présent aujourd'hui encore... ce problème n'est toujours pas résolu et peut-être qu'il n'y aura pas de solution... Ce n'est pas une bonne chose pour l'avenir du breton.
- 64 -
6-22 Le breton était considéré inutile ? Par qui ? (selon le tableau page 24)
«... Est-ce qu'il y avait une attitude différente au sein de la famille de celle que l'on montrait en société... Peut-être que les gens n'osait pas s'exprimer sur le sujet en dehors de la famille? Est-ce que ce sont nos propres parents qui auraient décidé de nous couper de la langue Bretonne ...« 6-21 »
Ainsi, ce serait plutôt nos parents qui auraient décidé de délaisser la langue pour de bon...Le comportement en famille et en société était probablement différent... On ne parlait pas de la langue dans les endroits publics. Pourquoi ne s'exprimait-on pas sur son interdiction ?
On peut donc penser qu'il y avait un tabou par rapport à la langue bretonne ?... Et on peut poser la question suivante : pourquoi ne parlait-on pas de ça alors qu'une bonne partie des jeunes avait envie d'apprendre le breton.... Peut-être que les adultes n'étaient pas très à l'aise avec ce problème vécu comme une contradiction traumatisante.
Une opinion générale semblait diriger les esprits et il était préférable pour les gens de laisser les choses en l'état..,sans s'y opposer. Mais une autre question se pose : est-ce que tout le monde était d'accord avec cette opinion à ce moment là ?
MEMBRES DE LA FAMILLE :
(PC): Je dirais plutôt que la famille ne m'a pas incité à apprendre le breton.
(BG): Par les membres de ma famille, je n'ai ni été incitée à délaisser le breton ni été incitée à l'apprendre davantage. Pour mes parents et grands-parents, le français était plus important que le breton.
(MFT): Pas ouvertement mais ni ma grand-mère maternelle ( je n'ai pas connu mon grand-père paternel ) ni d'autres ont pris l'initiative de m'apprendre.
(MM): Non pas ouvertement mais personne ne m'a encouragée à l'apprendre.
(BLP): Non, mais pas d'encouragement non plus.
LES PARENTS:
(PC): Oui ça ne te servira à rien.
(IL): Ma mère a délaissé la langue au fil du temps, elle disait que c'était une langue de vieux, d'avant... Elle n'a pas trop compris que je prenne des cours à l'âge adulte.
(PB): Parents.
(FMD): Parents.
L'ENSEIGNEMENT:
(RL): Enseignants, oui ; matière non proposée à l'enseignement.
(FMD): Enseignants.
(MTQ): Je n'aurai jamais eu l'idée d'utiliser la langue bretonne à l'école !!!
DANS LA SOCIETE:
(VA): Non, ça c'est fait comme ça ! Les gens en général parlaient plus le français.
(FD): Ce n'était pas exprimé comme un abandon, juste un état de fait, comme on lavait au lavoir autrefois, maintenant c'était mieux avec la machine à laver, pour la langue on allait très bien s'exprimer en français et apprendre l'anglais, l'espagnol, on regardait vers l'Europe qui allait nous sauver des guerres, le breton n'avait plus d'intérêt, un vieil habit dont on se déleste !
(BC): Non pas besoin, le temps fait son œuvre.
- 65 -
D'AUTRES PERSONNES:
(CL): Des camarades.
(LF): Les filles et les petits camarades du bourg.
(TQ): Les touristes entre autre Quimpérois, qui se moquaient de nous.
(FMD): Les français que j'ai fréquentés hors de Bretagne, à part mes camarades Basques.
LES VOISINS:
(PB): Voisins.
6-3 Avez-vous décidé d'abandonner la langue?

Il s'agit ici du processus d'assimilation linguistique que seule notre génération à réellement vécue en terme de résultat et d'efficacité, hélas. Les réponses montrent toutefois que ce processus est subit par une large moitié d'entre nous : ceux qui ne le voulaient pas et ceux qui se sont trouvés obligés de s'y soumettre... Voici les propos de J. FISHMAN, sociologue, sur ce processus rapportés dans la thèse de Anna TRESOHLAVA(22)
« Joshua Fishman décrit ce phénomène comme long et cumulatif, qui va de pair avec un changement social plus large. Il voit ses sources dans trois « dislocations » de la communauté. Tout d'abord, il s'agit de dislocation physique et démographique, qui peut apparaître sous forme de transfert, émigration, conséquences de catastrophes naturelles ou humaines comme guerres, génocides, etc. Ensuite, il parle des dislocations sociales et culturelles.
A cela s'ajoute bien sûr la cause de la politique linguistique répressive ( Fishman 1991 : 55-65 ), comme par exemple pour les langues régionales en France. Dans leurs cas, elle avait pour conséquence d'abord la dislocation socio-culturelle, mais a été également accompagnée par l'émigration d'une partie de la population ( pour des raisons de pauvreté croissante ). »
C'est pourquoi je remets en cause la notion de « progrès » comme la seule raison qui expliquerait l'abandon de la langue...Que dire alors de la centralisation des impôts qui tenait et tient toujours la politique régionale pour quantité négligeable. Imposition qui a commencé au temps des Rois et qui perdure... Cela fait longtemps que les décisions sont centralisées hors de Bretagne... La paupérisation de la Bretagne ne s'explique pas uniquement par des difficultés internes. Les recrutements sur concours, par exemple, n'est-ce pas là une politique de centralisation voulue avec pour conséquence de soumettre la population bretonne.
« George Kremnitz (2013) écrit que l'assimilation linguistique était habituellement un processus de longue durée, mais aujourd'hui, « il peut subir des accélérations spectaculaires » à cause de la présence des médias. » (22)
(22) «Situation socio-linguistique actuelle en Bretagne» Thèse deAnna TRESOHLAVÀ
- 66 -
Il y a pratiquement une moitié de notre génération qui a décidé de délaisser la langue bretonne et 16% par obligation parce qu'il n'y avait aucune possibilité de l'apprendre ou de la parler. Les jeunes n'ont pas les mêmes raisons que leurs parents mais le résultat est le même finalement : ils se sont fait à l'idée, bon gré malgré, de ne pas apprendre la langue de leurs parents jusqu'à 64 % (48% + 16%), ils n'étaient plus attirés par la langue bretonne...
Cependant et malgré l'environnement plutôt hostile ou indifférent et du fait de conditions difficiles ( voir impossibles ) pour son apprentissage, 36% avaient pour projet de parler la langue bretonne qui était leur héritage naturel intime.
NON:
(RV): Non la langue bretonne m'a permis d'être à même de mieux apprendre d'autres parlers.
(JS): Non et je suis même fier de pouvoir tenir une conversation en breton.
(BP): Non mais je ne maîtrisais pas assez la langue pour que cela influe sur une telle décision.
OUI:
- Inconscience de l'importance d'une langue,
- Le breton n'était plus la langue maternelle et certains ne se sentaient pas assez légitimes pour la parler.
- La honte qui collait à la langue dite « arriérée »...
- La domination de l'opinion générale qui existait sur la jeunesse et qui a beaucoup influencé les attitudes de notre génération.
(RC): N'étant-pas la Langue que l'on m'a apprise en 1er, et n'étant qu'un gamin (bugel).
(NL): Je ne me sentais pas à l'aise pour la parler, je ne me sentais pas légitime.
(AC): Je n'y trouvais pas grand intérêt, j'avais l'impression que seul les vieux la parlaient.
(PB): Pas de conscience de l'importance de préserver la langue, j'étais sous l'influence de la pensée dominante.
(FG): Oui, le breton véhiculait un sentiment de honte.
PAR FORCE:
- Il n'y avait plus la possibilité d'apprendre le breton ; c'était même impossible pour certains. Les familles avaient commencé à arrêter la transmission de la langue et les écoles de breton n'existaient pas pour ainsi dire... 7% des réponses, seulement, ont mentionné qu'il y avait des leçons de breton à l'école. C'était mieux au lycée 45% des réponses mais, avant l'adolescence, cela restait impossible pour toute la génération pratiquement...
- D'autres n'étaient pas assez motivés, ce qui est compréhensible compte tenu de la mauvaise perception de la langue bretonne ou bien du fait qu'elle était ignorée à ce moment-là.
(PC): Il n'y avait pas de possibilité d'apprendre la langue.
(RD): Je dirais que c'est par la force des choses que « pratiquer » et même continuer à l'apprendre et l'étudier étaient « impossible » pour un jeune lambda.
(JB): Oui en 1980 / 1990 entre personnes de ma génération... Je suis allée poursuivre mes études à Brest, le milieu bretonnant était bien loin ! J'ai ensuite vécu à Brest de 1996 à 2009, aucune occasion de parler breton.
(MCM):Pas d'occasion de la pratiquer et sûrement pas de motivation suffisante de ma part non plus pour maintenir mes connaissances...
(RK): Ne oa ket amzer awalc'h evit deskiñ bzg.
- 67 -
6-4 Pour quelle raison?

La raison principale qui aurait incité les gens à délaisser la langue vient de l'opinion générale « c'était comme ça » : Le nombre de réponses « oui » est assez haut: 1 sur 2 et de plus, il n'y a pas de réponse négative...
La langue était considérée comme « arriérée » : Il y a (27%) des choix mais il y a plus de gens qui n'ont pas choisi cette raison-là... Malgré la raison principale « c'était comme ça », l'image d'une « langue arriérée » était aussi dans la tête de beaucoup de gens.
Après, c'est le sentiment de honte qui a influencé la décision d'abandonner la langue... (16%) mais il y a (9%) des réponses qui s'oppose à ce sentiment.
Puis, la langue vue comme un obstacle, (7%) seulement avec (11%) qui sont contre cette idée.
Quelques uns ont continué à parler breton : peut-être que l'on peut dire que pour eux, le breton avait une place tout-à-fait légitime puisqu'il était parlé au quotidien...
C' ÉTAIT AINSI :
(LC): Oui en dehors de la ferme.
(LF): Mes parents ne me l'ont pas transmise. Seul le français me permettait de m'exprimer...
(BC): Oui, le breton ne paraissait pas être l'avenir.
(FMD): J'ai dû m'expatrier pour gagner ma vie et l'anglais devint une nécessité professionnelle et sociétale pour moi tandis que le Breton devint plus un symbole de reconnaissance entre "pays" et pour cela, quelques mots suffisaient;
(PO): Les occasions de pratiquer ont diminuées ( disparition des pratiquants ).
(NL): Pour les jeunes, oui.
(GD): Plus personne ne parlait breton dans mon entourage et les habitants de Loire Atlantique que je côtoyais alors parlaient un peu le Gallo.
(VA): Je n'avais pas le choix, à part les personnes âgées personne ne me parlait en breton: C'était l'usage.
(CLG): Petit à petit.
(JB): Oui en 1980 / 1990 entre personne de ma génération... Je suis allée poursuivre mes études à Brest, le milieu bretonnant était bien loin ! J'ai ensuite vécu à Brest de 1996 à 2009, aucune occasion de parler breton.
(JPK): Evel just.
UNE LANGUE ARRIÉRÉE :
(CLG): Pour l'éducation nationale évidemment.
- 68 -
HONTEUSE :
(AC): Ya, les collabos des mouvements bretons avaient laissé derrière eux de très mauvais souvenirs, associés au mot Breizh Atao très mal vu alors et passant pour des défenseurs de la langue.
(FD): Un peu oui, c'était la langue que ceux qui n'avaient pas d'ambition allaient continuer à parler, dans ma famille je pense qu'elle était associée à des paysans ayant peu fréquenté le système scolaire.
(NL): C'était le vécu de mes parents.
UN OBSTACLE :
7% YA
(RC): Oui pour les études En 1960.
(AC): La question ne se posait même pas.
(RK): Ne oa ket amzer awalc'h evit deskiñ bzg.
11% NANN
(BC) : Non au contraire, Bilingue de naissance, on sait que l'on peut exprimer une même chose dans des langues différentes. Je parle mieux l'Allemand que le Breton. J'ai appris l'Anglais par moi-même.
6-5 Avez-vous essayé d'apprendre le breton?

Pour la première fois, l'apprentissage de la langue se faisait de manière « artificielle »... Les leçons, données dans les écoles, dispensaient du breton standard (repris maintenant dans les formations)... Ce qui s'avère très important pour le sauvetage de la langue aujourd'hui...
Ici, je vous prie de lire une lettre que j'avais écrite à une personne ayant répondu à l'enquête et avec qui nous avons échangé sur le problème actuel de la langue bretonne. Vous trouverez cette lettre à la fin de la partie « Références ».
6-6 Était-ce facile de dire aux gens votre envie d'apprendre le breton ou de l'utiliser?
24 réponses : 47%
Quelques uns ont répondu :
Une moitié d'entre vous estime que c'était facile.
Plutôt difficile pour un tiers.
D'autres ne savent pas vraiment.
NON :
(FC): Cela paraissait une lubie.
(TQ): Non, les parents en ont gardé le monopole, c'était leur moyen de converser sans être compris.
(PB): Non, on faisait l'objet de railleries.
- 69 -
(NC): Non pas dans les années 70.
OUI :
(LLL): Aes a-walc'h e oa, met kalz tud a rae goap ouzh an dra-mañ.
(JB): Oui, c'est une fierté, car c'est rare aujourd'hui.
(MCM): Ce ne me posait pas de problème au lycée.
6-7 Qu'est ce qui vous aurait amené à aller plus loin dans l'apprentissage du breton?
36 réponses: 70%
La culture..., rencontrer les autres..., l'identité..., les racines..., pour la langue elle-même..., les souvenirs de l'enfance... Si la réponse est assez précise pour certains, cela reste un ensemble de raisons pour d'autres.
CULTURE :
(FC): Comprendre de quelle manière elle survivait dans le français, comprendre la toponymie, comprendre certaines pratiques culturelles.
(FD): En 1983 lorsque j'ai côtoyé des personnes qui avaient conservé la langue très vivante en pays Bigouden, ici, c'était familier comme beaucoup d'autres témoins de la culture qui n'avait pas disparue (vêtements, organisation des fermes, tradition culinaire )
(RT): Les années 80, une fois à l'extérieur du territoire breton, une envie de lire cette langue. Mais la marche était trop haute, et les contraintes logistiques, professionnelles et familiales trop importantes; Une envie de connaître, être plus informé sur la culture Bretonne.
(NP): La chorale en breton.
(BP): Un challenge personnel. Depuis 2000, nous avons repris les cours de danses bretonnes que nous maîtrisons maintenant très bien.
(FG): J'aimais les sonorités de la langue ; j'avais une attirance pour les langues étrangères.
(BT): Les années 70/80 c'est l'effervescence culturelle en Bretagne ( musique, danse, langue...) pour moi c'était un tout, j'ai donc suivi des cours du soir.
(VA): Pour ma propre culture et par rapport au passé.
RENCONTRER LES AUTRES :
(RC): Belle famille Léonarde, pratiquant un breton difficile à comprendre pour un bigouden et proche du breton littéraire.
(CLF): A mon retour en Bretagne, prise de conscience de certaines expressions échangées avec mes collègues de travail ( plus au niveau blagues) et petit à petit, j'ai pris conscience de cette langue qui est toujours vivante et qui existe dans notre quotidien ; j'aime maintenant employer ces expressions.
(JB): Pouvoir participer aux conversations avec les anciens et comprendre les sketches en breton de Pierre Jakez Helias que mon père jouait avec son ami d'enfance : les deux compères « Jakez Krohen et Guillou Vihan » (dour kologne, butun kaoch marc'h...)
(MCM): Pouvoir connaître et conserver la langue de mes grands-parents, de mes ancêtres. Parler avec mes propres parents et peut être aussi mes futurs patients âgés (projet d'entreprendre des études d'infirmière).
(LT): Kejañ gant tudoù entant gant ar yezh. Ar pezh ' m eus graet diwezatoc'h.
- 70 -
(AC): Se réapproprier une langue oubliée, retrouver ses racines, mieux lire et comprendre les paroles, les écrits ; pouvoir converser un peu avec les petits-enfants scolarisés à Diwan ou d'autres personnes.
(RK): Evit kompren ma zut.
(FMD: Pouvoir échanger avec mes compatriotes.
LE SOUVENIR DE L'ENFANCE...:
(LL): Karout a raen ma mamm-gozh. Keuz 'm eus peogwir pa 'z on bet gouest da breg bzg ne oa ket ken ganeomp.
(AB): La nostalgie de mon enfance, de mes parents et tous les souvenirs qui vont avec.
POUR LA LANGUE :
(BLP): J'aime cette langue, belle, riche d'expressions, mais avec qui la parler ? Je pense que si mes grands-parents avaient été présents plus longtemps je l'aurai apprise du moins je l'aurais parlée plus facilement.
(BC): Je le parle comme je peux; je n'ai pas tous les mots, ni toutes les conjugaisons, mais ça me suffit pour m'exprimer. Je reste sur ma voie; ça reste du breton oral, naturel.
(JPK): Peogwir meuz preged breizhoneg dar wech , degouezh dalc'han peg.
(NC): Le fait que ce soit la langue maternelle de mes parents et de mes grands-parents. Je considérais cela comme une chance pour moi de pouvoir être bilingue.
RACINES et IDENTITÉ :
(PB): Mieux comprendre, retour aux racines ; le breton que j'entendais à la radio m'écorchait les oreilles, ce n'était pas le breton parlé de mon enfance, ça m'a freiné dans l'idée de prendre des cours. En même temps sans savoir lire ni écrire, c'était difficile d'aller plus loin. Je n'aurais pas pris de cours si le formateur n'avait pas l'accent (taol mouezh) correct, c'est très important pour moi ; Je ne reconnaissais pas le Breton parlé avec les nouveaux locuteurs qui ne prennent pas en compte cet aspect « accent » qui fait toute la musique de la langue.
(MPQ): Ne pas perdre ce que j'ai appris enfant, conserver mes racines.
(RL): Je ressentais la frustration de comprendre le contenu de l'échange des conversations, mais d'être bloquée pour l'oraliser. Je ne me sentais pas suffisamment en confiance, d'utiliser une langue identifiée comme « interdite ». J'étais dans la génération militante anti-centrale nucléaire à Plogoff, dans un contexte bretonnant musical (Stivell-Servat), les radios libres en breton... J'avais passé deux ans d'études en Lorraine. Je m'inscrivais donc dans la revendication de l'identité bretonne de ces années-là.
(NL): C'était mon identité, mes racines.
(GD): La recherche de mes racines.
(LLL): Pa m'oa bet bugale oa deuet a-bouez din treuzkaz yezh ma bro dezho. Ur staj c'hwec'h miz m'oa heuliet gant Stumdi, ha setu me o pregen d'am bugale e brezhoneg nemetken !
(RV): Pour moi il n'a jamais été question d'abandonner une langue sans laquelle je perdrais mes repères pour devenir un diplômé malléable et esclave d'une culture parisianiste prétentieuse.
(RG): Quand j'ai été en retraite et que j'ai embarqué, comme bénévole en 1992 sur le <Cap-Sizen> à Audierne avec des amis plus-anciens que moi. Quand ils se mettaient à parler breton il me manquait quelque-chose, BRETON tout comme eux je suis mais j'ai l'impression d'être amputé . Il me manque ma LANGUE, LE BRETON.
- 71 -
(LF): La découverte de mon identité bretonne, le fait que l'enseignement scolaire ait occulté voire falsifié l'histoire de la Bretagne, la lecture de « Comment peut-on être breton » de Morvan Lebesque, etc... L'exil, j'ai vécu 40 ans à Dijon. J'ai essayé un peu par « Assimil » mais je n'ai pas été très persévérant... n'étant plus en « immersion ». Par contre ça m'a permis de pouvoir le lire, du moins les mots usuels car ce n'est pas évident.
(PK): Le breton est pour moi une partie essentielle de ma culture. Hep Brezhoneg, Breizh ebet!
(RD): Je suis breton, né en Bretagne, mes gènes sont bretons, mon cerveau est un héritage, qui à « vécu, survécu en breton » pendant plusieurs siècles, voir plus, je ne sais pas, il me semblait évident de tenir à bien observer tout ça, de renforcer cet élément fondamental de mon humanité, le renier était pour moi inconcevable, plutôt mourir.
(MK): Ma identelezh vrezhonek: ne c'hallen ket lâret « me zo breton » hep ober strivoù evit en em bec'hennañ ma yezh kollet.
(BS): Faire survivre cette culture et ce mode de vie. Mais ce n'est pas seulement la langue qui y contribuera. Sur ma génération, environ 50% d'entre nous avons dû quitter le Pays Bigouden pour travailler; Les activités liées à l'agriculture et à la pêche ont été sévèrement amputées par un tas de facteurs; la vie et l'animation a en conséquence fortement changé ( il suffit de regarder la vie dans les bars actuellement et celle qui y régnait il y a encore 30 ans, l'aube des années 90 ; Plus rien à voir ) Par ailleurs dans les villages côtiers, la plus part des maisons sont rachetées par des gens venant de l'extérieur. Cette situation est également facteur de désintégration de ce qui reste de la culture, sachant qu'une partie de cette population passagère instaure au même titre que dans les villes dont ils sont généralement originaires, une somme d'interdictions : limitation des activités sur les zones portuaires ( parce que c'est bruyant! ), limitation des animaux ( parce que c'est bruyant également ) ; Tout cela n'est pas facteur de développement économique, ni d'un plus grand retour à la vie... et à la culture ou alors pas la même...) -----Je souhaite conserver mes quelques rudiments mais tel qu'on le parlait chez moi. ----- Je souhaite pouvoir transmettre ce que j'ai vécu dans mon enfance et contrer ces arrivants qui racontent l'histoire proche à travers des livres, et sont parfois insultants ; J'ai entendu un « conteur » expliquer à son public qu'il tenait ses anecdotes de personnes à qui il payait à boire... En plus, le Breton devrait être promu comme il le mérite en tant que dernière langue celtique parlée en Europe continentale. Il appartient au patrimoine de la Bretagne, de l'Europe et du monde.
Enfin, les anciens qui ont vus et vécus des situations qui pourraient témoigner, craignent par sentiments d'infériorité de se manifester face aux intellectuels qui théorisent et ont souvent envahit la place. Dommage...
(IL): La maturité et l'éloignement m'ont fait comprendre de la richesse de la langue de notre pays. Idem pour la culture. Après mon bac, je suis partie à Rennes, et j'y ai vécu plus de 30 ans. Je ne suis de retour au Pays que depuis un an. Nous venons d'emménager à Tréffiagat. A Rennes j'ai pris des cours de danse bretonne pendant des années ainsi que des cours d'accordéon diatonique, et j'ai suivi une formation intensive de 6 mois en Breton, avec Skol an Emsav. A Rennes et dans les alentours, il existe un vrai milieu de culture bretonne, avec un réseau actif. Je m'y sentais dans mon élément.
(CL): La fierté de mes racines.
***
- 72 -